(Intérieur nuit, deux jeunes femmes sur un sofa. Très fort accent caillera)
"Ton mec t’aime, ton mec m’a dit tu sais la miss c’est une reine et j’pourrais crever pour elle
J’te jure ton mec assure ton mec assume ton mec est pur il te trompe pas j’en suis sûre (…)"
A l’occasion de l’une de mes dernières insomnies je zappais mollement les chaînes de la Freebox pour essayer de faire passer le temps entre deux baîllements lorsque tout à coup je suis tombé sur un clip qui m’a littéralement sidéré.
Alors en gros et pour vous la faire courte, il est question de deux jeunes filles dont l’une est vachement dépitée parce-que son mec c’est un enfoiré et que même il regarde ses sms tous les quarts d’heure et que ça veut dire qu’il la trompe sûrement l’ordure, et l’autre pétasse elle essaie de la réconforter avec des mots vachement forts comme quoi faut pas croire mais son mec il est droit il est pur il ferait jamais ça, tout ça.
J’ai oublié de préciser que comme c’est un peu un clip de rap à la base, on a droit bien sûr à l’échantillon classique de la beauferie hip hop, à savoir l’inévitable Mercedes coupé à cent mille dollars, les images flash-back pseudo arty en noir et blanc au ralenti avec corps dégoulinants qu’on devine en train de forniquer dans la moiteur de la nuit mouillée, tout ça, aussi. Le truc super érotique quoi.
Et surtout, surtout, jamais vu.
"Tu l’sais pas toi, ça fait deux mois que j’sens son odeur
Elle laisse des messages tous les quarts d’heure
J’ai infiltré son répondeur
mon mec se tape une autre femme"
Là où ça se gâte c’est quand les deux jeunes filles, très très en colère, décident de prendre la Mercos justement pour aller se faire justice et aller retrouver le gros con et sa pouffe à leur hôtel. Là on atteint des sommets d’agressivité et de violence verbale, puis presque physique, vous savez cette façon de se gueuler dessus caractéristique des gens bien élevés, avec toute la gestuelle rap style qui va bien, les grands moulinets de bras, les doigts à la retourne, limite crise d’épilepsie…
La classe, quoi.
"Donne moi le cric, donne-moi une clé
Que je la raye sa BM
Que je la crève sa BM comme une tebê
Comme j’ai la haine là"
(notez que le gros con il a une Béhème, forcément, et que les filles elles vont se venger grave sur sa caisse parce-que ça ça va lui faire vraiment mal au gros con)
(Images de massacre de voiture la nuit sous la pluie, vitres qui explosent à coup de cric, sirènes hurlantes. Pas stressant pour un rond, un vrai conte de fée)
(fille à poil, chambre d’hôtel, lascar en boxer moule-burnes tous muscles dehors, ça sent la sueur et le QI de 5,2)
"Ferme ta gueule toi
Et si tu veux parler rhabille-toi
Franchement t’as pas d’honneur
T’as pas honte de toi
Prends ton string et tire-toi
(…)
Ferme ta gueule toi aussi
Regarde ça t’es en calcif putain"
(bousculades, injures, la fille se sent investie d’une mission sacrée de venger sa copine flouée par l’autre enculé, du coup elle en rajoute, gesticule, éructe, trop vénère, là. On sent que c’est la chef. La chef de tout, du clip, de sa rue, de sa bande, du Prisu. La chef. Ca sent le vĂ©cu, lĂ .)
Voilà, je viens de vous décrire tant bien que mal le dernier clip d’une artiste qui est en train de s’imposer comme une sorte d’icône des banlieues (et pas que, d’ailleurs) et qui s’appelle Diam’s.
On pourrait en sourire tellement on est dans la caricature, tellement Diam’s est grotesque dans cette vidéo (c’est pas la première fois cela dit), mais en même temps cette imagerie raccoleuse trimballe quand même une espèce d’idéologie qui me met assez mal à l’aise.
Je crois que le réalisateur de cette chose - qui légitime ouvertement la violence, voire l’auto-défense - serait bien inspiré de se poser la question de sa responsabilité dans ce clip putassier et raccoleur à souhait.
Parce-que là on arrive à une sorte de surenchère qui ferait limite froid dans le dos, vous trouvez pas ?
Mise Ă jour du soir (espoir) :
Mon attaque dans ce billet est virulente et il est normal que certaines rĂ©actions le soient Ă©galement. Dommage que certains se mĂ©prennent complètement sur mon compte et mes intentions, mais en mĂŞme temps c’est la règle du jeu, je donne la batte pour me faire battre
J’ai volontairement employĂ© un style un peu crĂ» afin de coller Ă l’ambiance agressive de ce clip telle que je l’ai ressentie, dommage que tout le monde ne l’ait pas compris comme ça.
Je suis aussi quand même sidéré que certains puissent défendre et justifier cette daube sans nom.
Mais c’est vrai que tout ça ne mĂ©rite peut-ĂŞtre pas autant de bavardages, ce n’est qu’un (mauvais) clip musical (et surtout commercial) pour ados après tout. En fait c’est ça qui me gĂŞne le plus : les maisons de disques sont prĂŞtes Ă toutes les manipulations pour vendre leur daube, y compris cautionner la violence sous-jacente de ce type de clip, je le rĂ©pète par pure dĂ©magogie et Ă des fins uniquement mercantiles.
Finalement ce n’est pas Diam’s qui est Ă blâmer, ok, c’est tout ce business de la haine qui fait son fond de commerce sur la baston.
Je ne voulais choquer personne dans ce billet, tout simplement parce-que j’Ă©tais loin d’imaginer que parmi les lecteurs de ce blog il y avait des gens qui puissent apprĂ©cier cette vidĂ©o, que je croyais plutĂ´t rĂ©servĂ©e aux lecteurs de Skyblogs.
Je n’attaque pas le rap ou le hip hop (j’ai beaucoup Ă©coutĂ© NTM et les premiers rappers US Ă une Ă©poque), j’attaque une certaine forme de cynisme qui rĂ©cupère sans scrupules le malaise des ados et qui s’en nourrit, Ă un moment oĂą l’on “cĂ©lèbre” un triste anniversaire.