25 ans du web : ce qui a changé en 15 points

Comment le web a-t-il changé et comment avons-nous changé ?

Ce dimanche 28 aoĂ»t, j’Ă©tait l’invitĂ©e d’Alain Gerlache pour aborder le thĂšme des 20 ans du web dans Les DĂ©codeurs, aux cĂŽtĂ©s de Nicolas Debray et Jean-Claude Verset.

Présentation : Alain Gerlache ¿ * C'était il y a 25 ans : internet devenait accessible au public. Pour le meilleur et pour le pire. A-t-il vraiment changé nos vies ? Que nous réserve l'avenir ? On replonge dans l'histoire de la toile avec nos invités : Nicolas Debray - Semetis, Alexandra Giroux - Presse Citron et Jean-Claude Verset - RTBF

Les DĂ©codeurs RTBF : Internet fĂȘte ses 25 ans
23 aoĂ»t 1991, il y a un quart de siĂšcle, l’internet est ouvert au public.

Inventé par le chercheur Tim Berners Lee, le web a révolutionné la maniÚre dont nous vivons. Mais au font comment a-t-il changé et comment avons-nous changé ?

Norman video internet

1 – Utilisation limitĂ©e : temps et lieux

Au dĂ©but du web, il fallait installer un CD-Rom et s’Ă©quiper d’un modem au son inoubliable pour avoir accĂšs contre quelques francs au prĂ©cieux sĂ©same « Internet »… Ă  raison de quelques heures par mois !

L’installation d’un compteur pour vĂ©rifier que l’on ne dĂ©passait pas son forfait s’avĂ©rait d’ailleurs souvent fort utile. Pendant que l’on surfait sur internet, la ligne tĂ©lĂ©phonique Ă©tait occupĂ©e et nos parents ne pouvaient donc pas passer d’appels.

En plus d’ĂȘtre liĂ© au temps, internet Ă©tait liĂ© Ă  certains lieux. Le tĂ©lĂ©phone portable servait principalement Ă  tĂ©lĂ©phoner (oui !). L’accĂšs sur tĂ©lĂ©phone Ă©tait timide, mĂȘme si le WAP (wireless application protocol) permettait de consulter quelques donnĂ©es avec beaucoup de patience. Twitter s’utilisait d’ailleurs en envoyant des SMS.

Maintenant internet n’est plus uniquement disponible sur notre ordinateur. Il se greffe Ă  nos mobiles, nos tĂ©lĂ©s et mĂȘme nos brosses Ă  dents.

2 – Internet ne servait Ă  rien 

Les pionniers d’internet dĂ©couvraient une terre vierge oĂč tout Ă©tait Ă  construire. Il est donc normal qu’au dĂ©but on ne savait pas quoi en faire. Il fallait chercher dans la presse des idĂ©es de sites web Ă  consulter. Tout le monde n’avait pas internet et encore moins une adresse e-mail. Les nouveaux modĂšles Ă©conomiques Ă©taient Ă  crĂ©er et les logiciels anti pop-ups Ă©taient trĂšs utiles pour lutter contre la publicitĂ© invasive. Dans le musĂ©e d’internet on retrouve en vrac le poke, le livre d’or, le compteur de visite, le chat sur caramail  ou la question « est-ce sĂ»r ? » lors du premier achat sur internet (personnellement une VHS sur ibazar).

3 – Le rĂȘve de l’accĂšs facile Ă  l’information

Internet, c’est le rĂȘve du Mundaneum, le rĂȘve de la bibliothĂšque de Babel. Un savoir absolu Ă  portĂ©e de clic. Avant Google (apparu en 1998 et Ă  l’Ă©poque uniquement moteur de recherche), il y a eu Altavista, Lycos ou encore Copernic. Ca vous rappelle des souvenirs ?

L’information disponible en un clic ? Pas Ă©tonnant que le bottin ait eu du mal Ă  survivre Ă  une telle concurrence.

4 – Donner une voix à tout

Internet a donnĂ© une voix Ă  ceux qui n’en avaient pas pour le meilleur et pour le pire. Avant la dĂ©mocratisation des rĂ©seaux sociaux, les blogs (de Skyblog Ă  Geocities) permettaient de partager ses pensĂ©es avec le monde.

Mais le rĂȘve de « parler avec quelqu’un Ă  l’autre bout de la planĂšte » sera vite remplacĂ© par « rencontrer des femmes de sa rĂ©gion ». Coucou Meetic et Tinder.

Les entreprises doivent aussi s’adapter : prĂ©voir un Service AprĂšs-Vente en ligne, gĂ©rer les commentaires sur Glassdoor ou Trip Advisor, rĂ©compenser les ambassadeurs, etc.

5 – La structuration, vĂ©rification et le stockage de l’information

Au dĂ©but d’internet, il Ă©tait plus facile d’avoir un site bien rĂ©fĂ©rencĂ© compte tenu du peu de sites web en ligne. On trouvait les sites que l’on recherchait via des classements de blog ou via des annuaires. On rĂȘvait de la page d’accueil parfaite avec des widgets qui nous prĂ©senteraient toutes les informations dont nous avons besoin. Un simple changement de mise en page de Facebook provoquait des plaintes et la crĂ©ation de pĂ©titions via les groupes Facebook.

Comme on ne pouvait pas encore profiter du cloud, on stockait nos donnĂ©es sur CD (CD souvent devenus illisibles entre temps). A l’universitĂ©, utiliser Wikipedia (nĂ© en 2001) au lieu d’Encarta Ă©tait une petite rĂ©volution mĂȘme si beaucoup d’enseignants voyaient cet outil d’un mauvais oeil. En cours, les Ă©tudiants ne prenaient pas note sur des laptops mais sur de vulgaires pages de papier. Il Ă©tait impossible de live twitter un cours, de vĂ©rifier ce que le prof venait de dire ou de collaborer facilement et en direct sur un document.

6 – Les inventions qui sont arrivĂ©es trop tĂŽt

Certaines inventions sont arrivĂ©es trop tĂŽt. En 2008, LoĂŻc Le Meur crĂ©Ă© Seesmic, une plateforme de chat vidĂ©o. La technique ne suit pas : lenteurs, crashs, qualitĂ© de la webcam,… et les utilisateurs ne se sentent pas tous Ă  l’aise avec la vidĂ©o. Quelques annĂ©es plus tard, Snapchat (2011) dĂ©boule et cartonne en proposant une application trĂšs similaire. Un exemple qui montre que le timing est un Ă©lĂ©ment crucial dans le succĂšs d’une application.

7 – L’impact sur notre travail

Internet a facilitĂ© notre maniĂšre de travailler : il est maintenant plus facile de travailler depuis son domicile. De la mĂȘme maniĂšre il y a interpĂ©nĂ©tration du privĂ© dans le professionnel quand une notification Whatsapp interrompt notre travail au bureau. Une nouvelle complexitĂ© Ă  gĂ©rer mais Ă©galement une belle opportunitĂ© pour l’Ă©quilibre vie privĂ©e / vie professionnelle.

Avec l’avancĂ©e de la technique les entreprises peuvent aussi beaucoup plus exploiter le canal internet dans leur communication. Plus d’images, plus de visuel, plus de vidĂ©o… et allĂ©luia on peut jeter la majoritĂ© de nos guides utilisateurs compte tenu de la mine d’informations prĂ©sente sur Youtube.

8 – Internet a perdu son innocence 

Avec la professionnalisation des mĂ©tiers, internet a perdu de son innocence. Les community managers pourront tĂ©moigner du nombre de demandes de partenariat qu’ils reçoivent. Une pratique qui n’existait pas il y a quelques annĂ©es.

De la mĂȘme maniĂšre, les Youtubeurs (ou Dailymotioneurs) n’avaient auparavant pas de rĂ©elle stratĂ©gie de contenu contrairement Ă  aujourd’hui.

9 – La prĂ©sentation de soi

Nous ne nous prĂ©sentons plus sur les rĂ©seaux sociaux comme nous le faisions auparavant. Au dĂ©but, la construction de Facebook faisait que l’on Ă©tait invitĂ© Ă  parler de soi Ă  la troisiĂšme personne. Si l’on ne postait pas pendant une journĂ©e, nos proches se demandaient si nous allions bien. Au dĂ©but, nous Ă©tions « friends » avec nos amis puis sont arrivĂ©s famille, collĂšgues et ancien copains de classe. Une bonne raison pour en dire beaucoup moins sur soi et pour prĂ©fĂ©rer le partage de lien. Un changement que Facebook ne voit pas d’un bon oeil car c’est ce que nous disons qui est le fond de commerce de la plateforme. C’est pour cela que Facebook nous rappelle souvent nos « bons souvenirs », nous incitant ainsi Ă  continuer Ă  partager du contenu personnel et unique.

2016-08-28 13_55_50-souvenir facebook - Recherche Google

La prĂ©sentation de soi a souvent Ă©galement provoquĂ© mĂ©fiance entre critique des blogs et mĂ©pris du selfie,… pratiques pourtant maintenant tellement gĂ©nĂ©ralisĂ©es.

10 – Le web et les enfants

Au dĂ©but d’internet, les futurologues prĂ©disaient que cette nouvelle technologie allait renforcer la fracture numĂ©rique et que les enfants de riches auraient ainsi plus d’opportunitĂ©s d’accĂšs au savoir. Quelques annĂ©es plus tard on constate que de nombreux dirigeants de la Silicon Valley inscrivent leurs enfants dans des Ă©coles Montessori oĂč il n’y a pas internet. De quoi nous faire rĂ©flĂ©chir sur nos pratiques.

Aujourd’hui l’Ăąge moyen d’acquisition du tĂ©lĂ©phone portable est estimĂ©, par les parents, Ă  11 ans. Le parent hĂ©licoptĂšre peut ainsi tranquillement vivre sa vie de parent drone. Du baby phone vidĂ©o connectĂ© Ă  internet aux logiciels espions de surveillance installĂ©s sur les smartphones, le contrĂŽle a augmentĂ© lĂ  on pourrait imaginer que les risques n’ont quant Ă  eux pas changĂ©.

11 – DĂ©matĂ©rialisation

En 2008 apparait Spotify. Je me demande ce que je dois faire de mes CD gravĂ©s. Quand Evernote me propose d’avoir sur mon mobile ou mon ordinateur tous mes documents web ou scannĂ©s, j’en conclus que je peux faire le tri dans mes armoires. Notre rapport aux choses a changĂ©. Notre rapport a la gratuitĂ© a Ă©galement Ă©voluĂ© compte tenu de la disponibilitĂ© de beaucoup d’informations en ligne. Merci le cloud.

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12 – Notre cerveau a changĂ©

Comme la quantitĂ© de contenus en ligne explose, notre cerveau a appris Ă  lire diffĂ©remment. En effet, nous sommes sans cesse distrait, ce qui a totalement changĂ© la façon dont nous apprenons.  Autre changement : apprendre Ă  chercher une information devient aussi voire plus utile qu’avoir de la mĂ©moire.

13 – Tout est cyclique

En 2003 apparaissait MySpace, ses gifs, ses dĂ©gradĂ©s et ses autoplays… Ă©lĂ©ments qui vous semblaient kitsch et qui pourtant reviennent Ă  la mode. Il suffit de voir le logo d’Instagram.

Tout est cyclique. Frappant Ă©galement, ces sites dont le design n’Ă©voluent presque pas au fil des ans (le bon coin, ebay,…) probablement pour ne pas perturber les vieux utilisateurs.

14 – Encore de beaux dĂ©fis

Internet a encore de beaux dĂ©fis devant lui, qu’il s’agisse de la sĂ©curitĂ©, de l’accĂšs aux donnĂ©es ou encore de l’exploitation des donnĂ©es. Acheter tous ses billets de transport en ligne, pouvoir payer rĂ©guliĂšrement via Paypal ou un QR code, consulter sur son smartphone ses donnĂ©es mĂ©dicales… des fonctionnalitĂ©s qui arrivent doucement et qui nous facilitent le quotidien. Dans les prochains annĂ©es il est probable qu’internet soit de moins en moins considĂ©rĂ© comme quelque chose mais comme une option des objets qui nous entourent.

15 – Comment nous devons changer

Mais il n’y a pas qu’internet qui doit encore Ă©voluer. Il y a aussi nous. Nos mĂ©tiers doivent s’adapter tout comme l’enseignement : par exemple les Ă©tudiants doivent apprendre Ă  faire du design compatible avec les contraintes informatiques. Les mĂ©tiers qui existeront demain n’existent pas aujourd’hui et la formation continue est donc essentielle.

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Et vous, comment percevez-vous l’Ă©volution d’Internet ?


8 commentaires

    • Si j’avais su que j’aurais l’honneur d’Ă©changer avec vous grĂące Ă  internet, j’aurais priĂ© pour ĂȘtre tĂ©lĂ©portĂ©e en 2016. 🙂

  1. Bonjour
    Et bien tout cela est bien joli, mais pas un mot sur le dĂ©tournement des donnĂ©es privĂ©es et sur la surveillance Ă  travers la navigation, la gĂ©olocalisation, les objets connectĂ©s ? Et puis la phrase : « En cours, les Ă©tudiants ne prenaient pas note sur des laptops mais sur de vulgaires pages de papier. » Franchement ! Le terme vulgaire est non seulement mĂ©prisant pour un paquet de gĂ©nĂ©rations, mais aussi stupide, car une prise de note papier permet des choses qu’une prise de note numĂ©rique ne permet pas, et notamment une structuration graphique de sa page, l’utilisation de symboles personnels…

    • Le mot « vulgaire » Ă©tait naturellement employĂ© au second degrĂ©. La prochaine fois, je penserai Ă  utiliser un smiley. 🙂
      Concernant le dĂ©tournement des donnĂ©es et la surveillance c’est une bonne idĂ©e pour un prochain article.

  2. DĂ©solĂ© de ma rĂ©action un peu prompt ! J’aurais du saisir. Je crois que le problĂšme est cette entrĂ©e du tout ordinateur et tout connectĂ©. Entre les consĂ©quence sur les transformations de la mĂ©moire (non plus mĂ©moire des connaissances mais mĂ©moire du rangement des connaissances) et une certaine façon d’apprĂ©hender le travail, je crois qu’il est important de relativiser ce qui devient (puisque non relativisĂ©e) une dĂ©pendance plus qu’un outil.
    Merci pour la précision.

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