Et voilà, ça devait arriver, forcément.
Nous autres occidentaux et nos bons sentiments en bandoulière, qui n’en finissons pas de battre la coulpe de nos aïeux pour nous excuser et nous excuser encore du colonialisme et de notre train de vie de nantis, partons maintenant faire notre marché aux enfants, en inventant l’adoption en gros, par containers de 103.

Cons d’occidentaux qui avons définitivement et unilatéralement décidé qu’un enfant africain ne pouvait, ne devait pas être heureux en Afrique, qui plus est à proximité du Darfour (même si on ne vérifie pas vraiment, c’est pas grave, il y a un petit darfouri dans tout enfant africain), et qui avons défini une bonne fois pour toutes la norme universelle du bonheur sur terre, qui doit forcément passer par l’éducation, la contraception, et un iPod pour tout le monde.

Ca devait arriver. Et c’est arrivé.
Les chevaliers blancs de l’Arche de Zoé (ça aurait pu être une autre association, pas de bol c’est tombé sur eux), bravant tous les avertissements, et au mépris des règles régissant l’adoption, se sont auto-investis d’une mission : faire le bonheur de 103 petits tchadiens.
Que ces derniers le veuillent ou non. Sans leur demander leur avis, ni celui de leurs éventuels parents.
Sans même vérifier s’ils en avaient d’ailleurs, des parents.

Cette dictature du bonheur très judéo-chrétienne, relayée sur place par un gloubi-boulga d’associations au grand coeur et autres ONG de plus en plus incontrôlables, commence à me filer la nausée.
Même si ces gens sont honnêtes (je le crois) et bardés de bonnes intentions, qui sont-ils pour décider comme ça de l’avenir d’enfants qui n’ont certainement rien demandé à personne ?

La voilà la dérive du tout-humanitaire, cette nouvelle forme de colonialisme (ou de parternalisme) qui a commencé à s’ancrer dans les esprits avec le docteur Kouchner et son sac de riz, et qui continue avec Madonna : l’overdose médiatique culpabilisatrice sur le Darfour nous fait perdre raison, et donne au premier venu ce sentiment que toute action sur place qui consistera à “faire un geste”, fut-il d’exfiltrer 103 gamins, ou d’en acheter un, est forcément légitime.

Le problème c’est que nous avons notre propre conception de la légitimité…
Le problème aussi (et surtout) c’est que les membres de l’Arche de Zoé, mais également les journalistes qui les accompagnaient, risquent maintenant de moisir plusieurs années dans les géôles tchadiennes, et ça personne ne va non plus s’en réjouir.

La taule en paiement des bons sentiments, ou comment l’enfer est pavé de bonnes intentions.

P.S. : la meilleure illustration sur le sujet a été publiée hier dans Le Parisien sous la forme d’un dessin de Ranson, où l’on voit deux humanitaires hébétés devant une famille africaine assise tranquille, dont le père lâche d’un air blasé “file-leur un peu d’argent qu’ils nous foutent la paix”

Suite à quelques demandes, je vous propose de continuer la discussion sur ce sujet dans le forum Presse-citron

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