Hasard du calendrier, comme on dit dans les journaux, deux faits d’actualité de ces derniers jours s’entrechoquent un peu et me font m’interroger sur un certain état d’esprit à la française.

Tout d’abord il y a l’affaire Société Générale vs. Jérôme Kerviel (ou l’inverse, c’est selon).
Voilà un petit gars au physique TomCruisien dont le complexe d’infériorité n’a d’égal qu’un égo démesuré - si l’on en croit les experts qui l’ont rencontré en tout cas - et qui pour se faire briller auprès de ses collègues et de sa direction, et accessoirement viser une prime de 600000 Euros, pète les plombs et s’enferme dans une spirale infernale de pertes.
Oh pas grand-chose, même pas de quoi mettre sa banque en déficit, et juste 3 fois le budget du plan Alzheimer.
Une broutille, donc.
Même s’il n’y a pas eu volonté de nuire ni enrichissement personnel, Kerviel a quand même agi de la sorte pour d’abord servir ses propres intérêts, au détriment de son employeur, de ses collègues, et des clients de sa banque.
Ce qui en soi constitue déjà une faute lourde, dont il est le seul responsable.
Après, que le système de contrôle de la Société Générale ait été défaillant, que la direction et l’encadrement aient également leur part de responsablilité, personne ne le niera, loin de moi l’idée de prendre la défense de grands banquiers pour lesquels je n’ai que très peu de sympathie.
Mais enfin zut, à l’origine c’est quand même Kerviel qui est le premier responsable. Responsable comme le gars qui grille un feu rouge l’est de l’accident qu’il provoque, même si la chaussée était glissante, même si celui qui arrivait en face allait trop vite.
Même si. Etc.
Or que voyons-nous ? La starisation de jérôme Kerviel est en route : le gars est tout simplement en passe de devenir l’idôle des foules, des profils Facebook au tee shirt à son effigie, tout la panoplie de la Kervielmania s’est mise en branle durant ces derniers jours.

Responsable mais pas coupable. Oh et puis non, pas responsable non plus, en fait.

Avec comme bouquet final l’inévitable sondage à la con du jour, qui fait apparaître ce constat ahurissant : les français “ne sont que 13% à juger que Jérôme Kerviel est le premier à incriminer”.

Le retour de la revanche
A mettre donc en parallèle avec un reportage tout aussi surréaliste entendu ce matin sur une grande radio périphérique, dans lequel on entendait que l’ancien Maire de Cannes Michel Mouillot, qui a quand même purgé 3 ans de prison ferme pour avoir été impliqué dans diverses affaires de corruption et de pots-de-vin, avait été accueilli en héros lors de sa visite à un meeting électoral près de la Croisette.
Oui, en héros, avec scènes de quasi-hystérie, vieilles dames en pleurs et autres effusions.
Un héros, l’ancien élu tombé pour corruption avérée (sa peine d’origine était de 6 ans fermes, faut vraiment avoir trafiqué du lourd pour prendre autant).

Bien sûr, chacun a droit a une deuxième chance quand sa dette à la société est payée, et je suis le premier à défendre ce principe de remise des compteurs à zéro.
Mais quand même, il y a des limites aux limites comme dirait l’autre : c’est quoi cette société où les magouilleurs et les voleurs deviennent des héros nationaux ?

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