J’ai toujours pensé que si j’exerçais mon activité (création, conseil et formation web) dans un pays anglo-saxon – ou peut-être même en Europe du Nord – à périmètre comparable et toutes choses égales par ailleurs, je gagnerais mieux ma vie qu’ici.
Je dis j’ai toujours pensé, ce qui signifie que c’est une impression, je ne prétends pas que ce soit la réalité.
Pourquoi ? J’y vois deux raisons principales :

- en premier lieu le montant des charges qui accablent les entreprises (et les particuliers), vieille antienne franco-française à laquelle je souscris (toutefois avec modération, je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il faut purement et simplement supprimer l’impôt). Quand vous avez par exemple passé la moitié de sa semaine à peaufiner un job pour chérir un client qui vous verse un acompte de 1500 Euros, et que le même jour vous recevez un courrier d’appel de cotisations URSSAF de 1600 Euros à régler avant la fin du mois, je peux vous dire que vous avez assez facilement des envies de meurtre, et que vous imaginez avec un certain bonheur l’agent de l’URSSAF (et son ministre de tutelle) flottant entre deux eaux au fond de l’étang le plus proche, les pieds pris dans un bon vieux bloc de béton armé. C’est pas le fait de payer des charges qui m’agace, c’est le fait de travailler 6 mois sur douze pour renflouer le déficit chronique d’un état mal géré depuis des décennies.

Mieux : si j’avais la garantie que les comptes publics étaient gérés correctement et au mieux des intérêts de chacun, je ferais mes chèques aux différents organismes qui tondent la laine sur le dos des PME gèrent les prélèvements fiscaux et sociaux avec tellement de plaisir que je mettrais même avec chaque chèque une poignée de fleurs dans l’enveloppe (alors que là j’ai plutôt envie de mettre une mygale).

Exemple concret de la différence de traitement entre la France et un pays plus libéral comme l’Angleterre (j’ai dit plus libéral, je n’ai pas dit ultra-libéral, ce qui de toute façon ne veut pas dire grand chose…) : un membre très proche de ma famille vit et travaille à Londres depuis plus de dix ans, comme caméraman-producteur indépendant. Il possède donc un statut et une ancienneté proches des miens et un volume d’affaires comparable (à cela près qu’il fait le tour du monde plusieurs fois par an…). Nous comparons régulièrement nos niveaux de revenus une fois toutes les charges déduites, et le constat est sans appel : à revenus bruts équivalents, il a un pouvoir d’achat supérieur au mien d’environ 30%. Bien sûr nous sommes conscients du fait que certaines prestations sociales non couvertes sont plus onéreuses qu’ici, que les trains (blabla vieille rengaine sur la supériorité de la SNCF publique sur le réseau privé merdique briton, etc).
Mais quand même… ces disparités entre deux pays européens et voisins ne laissent pas indifférent, et je suis poli.

seconde raison : le manque de valorisation des prestations intellectuelles dans notre pays (mais aussi peut-être dans l’ensemble des pays latins, je ne sais pas…). J’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer ici, il est quand même assez difficile par ici de vendre à leur juste valeur des honoraires de création et de conseil (je ne parle pas là de la formation, qui est assez bien reconnue et prise en charge). Et d’après ce que je lis et constate lors de discussions avec des homologues anglo-saxons (il suffit de parcourir les blogs et forums de webdesign US), il semblerait que ce type de prestations soient vendues à des tarifs sans comparaison par exemple de l’autre côté de l’Atlantique.

Au lieu de cela par ici il faut se battre sans cesse contre une concurrence sans visage (le fils du cousin de la secrétaire du patron qui est en première année d’école d’arts graphiques et qui va vous faire un site web vachement bien pour pas un radis et deux paquets de M&M’s que même après il le mettra dans son portfolio qui lui servira de référence pour vous piquer d’autres clients…), ou avec un visage à gerber (les Pages jaunes et leurs méthodes de marchands d’aspirateurs qui entubent à qui mieux-mieux des rues entières de commerçants mal renseignés…).
Tout cela ne contribue pas à une juste valorisation des prestations d’une web-agency, et je pense d’ailleurs que c’est encore plus vrai en province. Bien sûr ce métier a tendance à se spécialiser de nouveau en même temps qu’il s’ouvre, mais il faut de solides arguments pour démontrer la valeur ajoutée que l’on peut apporter sur un projet.

Qu’on ne se méprenne pas : je ne suis pas en train de me lamenter.
Au contraire, étant d’un naturel plutôt positif, je me dis toujours que le meilleur est à venir (mais pas trop tard quand même si possible), mon activité tourne plutôt bien, je suis heureux ici, j’adore mon job et ma vie et je ne rêve pas d’un monde sans concurrence (j’ai plutôt tendance à avoir plus de travail que je peux en produire), bref, tout va bien.
 
Mais tout pourrait aller encore un petit mieux pour certains d’entre nous si nous ne traînions pas ces quelques boulets qui pourraient décourager même les plus aguerris.
Vous voyez ça comment, vous ?