Blend Web Mix 2014 : des startups, des idées, des entrepreneurs et une bonne dose d’humanité

La deuxième édition du Blend Web Mix s’est clôturée hier soir à Lyon dans la joie, la bonne humeur et la dégustation d’un bon gros gâteau au chocolat. Retour sur ces deux jours particulièrement enthousiasmants.

Une audience qui monte en flèche

L’édition 2013 du Blend Web Mix avait rassemblé 1600 visiteurs payants sur les deux jours. Forte progression pour cette cuvée 2014 puisque les organisateurs ont annoncé lors de la keynote de clôture les chiffres officiels : 1361 billets vendus, soit 2800 visites sur les deux jours. On retiendra également que le hashtag #BlendWebMix a été trending topic sur Twitter pendant les deux jours de la conférence, ce qui démontre que cette dernière a déjà dépassé le cadre d’une manifestation purement régionale. De fait je crois qu’il n’est pas présomptueux de dire que désormais Blend compte déjà comme l’une des plus importantes conférences francophones sur le Web. Et nous n’en sommes qu’à la deuxième édition.

Côté décor, la scène reprenait l’ambiance, la déco et l’esprit des plateaux de talk-show TV américains à la Jerry Springer ou Jimmy Fallon, un cadre chaleureux et convivial pour les intervenants.

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Un bon Blend ne peut pas démarrer sans une bonne vue de Lyon

Des startups qui envoient du pitch

Comme il est de coutume sur ce type d’évènement, la part belle est faite aux startups avec le traditionnel concours, devenu incontournable dans toute conférence Web digne de ce nom. Ce Startup Contest version Blend tenait ses promesses avec un joli plateau de finalistes évidemment lyonnais. Profitons-en pour leur redonner un peu de visibilité ici avant de présenter plus en détail les trois finalistes et le vainqueur :

Vu mon agenda sur les deux jours, je n’ai pu assister qu’au pitch des trois finalistes, et je dois dire que j’ai été bluffé par la qualité des présentations : c’était clair, concis, intéressant sur le fond et la forme. La forme justement : depuis que je suis des présentations de startups, en tant que simple spectateur ou parfois de membre d’un jury, j’ai vu évoluer ce point de façon très significative. Les speakers qui aujourd’hui font le pitch de leur startup sont généralement très à l’aise dans leur présentation, connaissent leur business par cÅ“ur, et se font rarement piéger par les questions du jury. Même si on a parfois du mal à l’admettre, la forme est importante car elle envoie un message qui indique que les responsables de la startup maitrisent leur sujet et leur marché et sont au clair avec leur différents indicateurs.

Sur les trois finalistes, deux visent un marché professionnel (BtoB) et le troisième s’adresse au grand public, mais garde un pied dans le BtoB puisqu’il met en relation le public et des professionnels. Ces trois finalistes étaient donc :

  • Upfluence, qui fournit aux marques la possibilité d’identifier ceux que l’on appelle aujourd’hui les influenceurs (blogueurs, personnalités à forte audience sur les réseaux sociaux, youtubers…) les plus en phase avec leur marché, à l’aide d’un outil de place de marché et d’un moteur de recherche d’influenceurs.
  • Shippeo, une plateforme professionnelle qui met en relation des transporteurs et des clients « chargeurs » qui ont du fret à expédier. Un projet éminemment BtoB, en mode SaaS dont la pertinence est probablement difficile à évaluer si l’on n’est pas vraiment du métier.
  • Hellocasa, une plateforme web de mise en relation entre particuliers et artisans pour la réalisation de petits travaux. Particularité de cette plateforme : il ne s’agit pas à proprement parler d’une place de marché puisque les particuliers achètent des services sur la base d’un prix déterminé à l’avance par un algorithme et paient d’avance de la même façon qu’on le fait sur un site marchand. La plateforme se charge ensuite de transmettre la commande au bon professionnel et prend sa dime au passage. Une bonne idée à mon sens, et c’est vers Hellocasa qu’allait ma préférence (même si en tant que blogueur je ne suis pas insensible au modèle Upfluence, normal hein).

Et le gagnant est : Shippeo. Bravo à eux, pas facile de présenter un service aussi pointu et finalement assez éloigné de ce que l’on a l’habitude de voir sur ce genre de concours. Je crois que c’est plutôt bon signe pour leur futur, avec une solide barrière à l’entrée pour une éventuelle concurrence, me semble-t-il.

shippeo

Des idées, de la simplicité, et des designers qui se jettent du haut d’une falaise

Parmi les interventions auxquelles j’ai assisté et qui m’ont marqué, celle de Geoffrey Dorne (ouais, le frérot du camarade Manu aka Korben). Designer de métier, Geoffey Dorne a un point de vue passionnant à partager sur la question. Dans son pitch, le titre est déjà tout un programme en soi : « Petit design pour grande humanité« . Purée j’adore ce titre. L’idée est que le designer (au sens large, pas seulement le webdesigner) fait partie des gens, et qu’il n’est pas « au-dessus ». En clair ? Halte aux grands concepts fumeux de « grands » designers. Pour le designer honnête, le concept de madame Michu n’existe pas puisque de designer fait partie des gens et travaille à rendre la vie plus commode avec de petites choses. On retiendra aussi que souvent le terme de « design » est d’abord un malentendu du fait de la duplicité du mot selon la langue : en anglais, il signifie « conception », alors que chez nous il est compris dans le sens de « dessin ». Ce qui évidemment ouvre la porte à quelques confusions qui peuvent devenir de véritables non-sens. D’où le préambule : « Le design ce n’est pas rendre beau, c’est rendre utile et agréable à utiliser ».

Design

Bref, tout l’inverse de ce que nous connaissons du design d’un Philippe Stark par exemple. J’en ai discuté avec Geoffrey : je me rappelle d’une époque ou Stark parlait de « design honnête ». C’était son crédo, et même une sorte d’étendard : le designer devait proposer des objets simples et efficaces, qui remplissaient parfaitement leur fonction. On sait à l’usage à quel point ce discours était bullshit quand on connait ou utilise un tant soit peu quelques objets dessinés, pardon, conçus par Stark. L’exemple du fameux presse-agrume (désolé) est flagrant : c’est vaguement beau, mais inutilisable en réalité. L’autre exemple qui me vient à l’esprit est évidemment la Freebox Révolution. Non mais sérieux : ce truc bancale à l’écran illisible dans lequel la poussière s’incruste à vie en quelques jours, un « design honnête » ? Comme le rappelle Geoffrey, on est ici dans la fonction sociale du design : celui qui fait parler. Cela étant, que Stark se rassure : pas besoin d’être un grand designer pour faire des produits inutilisables.

Dernière digression le mot « design » trop souvent utilisé à tort comme un adjectif. Souvenez-vous d’un truc, selon Geoffrey : « Quand vous dites ‘ouah c’est design’, dix designers se jettent d’une falaise. »

Un gars avec un point de vue, je vous dis.

Autre moment à retenir, l’intervention de Francis Chouquet sur la typographie et le lettering à travers les âges, de la période pré-Gutemberg à nos jours. Gros travail de documentation et de story-telling de la part de Francis, au cours duquel le novice que je suis dans ce domaine a appris une tonne de trucs, comme le fait que dans le temps les lettreurs gagnaient « plein de fric » contrairement à aujourd’hui. Mais bon je ne suis pas très objectif, Francis bosse avec nous depuis des années, et est notamment entre autres à l’origine de la version actuelle de Dronestagram.

Du cassage de mythes et de l’inspiration

Si vous aimez les poncifs sur le « numérique » et si vous n’êtes pas fan d’une bonne grosse remise en question de vos certitudes sur le sujet en mode électrochoc, je vous conseille de fuir à toutes jambes toute conférence de Philippe Meda sur le sujet, et plus particulièrement celle-ci, intitulée sobrement « Le hold-up du numérique« . Personnellement je me suis régalé de chaque seconde de ce pitch no bullshit qui défonce soigneusement un par un tous les clichés sur le numérique, le web, les startups : non il n’y a pas un monde numérique et un autre monde, oui une voiture c’est dix fois plus de lignes de code qu’un logiciel, et pour vous convaincre de la vacuité d’un emploi excessif du terme, remplacez « numérique » par « Ã©lectrique » dans n’importe-quelle phrase.

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Concentré de caca de taureau

Autre exemple : oubliez l’image poussiéreuse du banquier au fond de son bureau encore équipé d’un vieux PC beige. La réalité est tout autre, et dans les coulisses, les banques se sont mises au « numérique » depuis bien plus longtemps qu’on ne le pense, et de façon redoutablement efficace. Ouais, les concepteurs du service web de ma banque ont encore des progrès à faire alors, pour des gens qui sont dans le truc depuis 25 ans…

Bien sûr le discours est un peu caricatural car il faut bien forcer un peu le trait pour marquer les esprits, et je n’étais pas d’accord avec tout (notamment sur le fait que Meda conteste que tout va plus vite avec l’émergence du « numérique »), mais c’est quand même une belle leçon en forme de douche froide sur notre tendance à nous enfermer dans le confort des idées toutes faites.

L’inspiration est venue aussi de la présentation « J’irai surfer chez vous » d’Antoine Lefeuvre, un digital nomade ou Mobo (Mobile Bohemian) en anglais, un tour du monde des pratiques et des marchés autour du Web, de Singapour à Santiago, de Buenos Aires à Brisbane, où l’on apprend que dans les rues de Lima au Pérou des hommes-sandwichs vous vendent des prestations web comme d’autres vous vendraient des jus de fruits pressés, et que Santiago du Chili figure dans le top 20 mondial des villes les plus connectées et les plus propices à un écosystème numérique. Une présentation toute en humour qui m’a bien fait tripper.

Les entrepreneurs, une valeur en hausse

Si le Blend Web Mix reste avant tout une conférence pour et par les webmakers, le web par ceux qui le font vraiment, côté salle des machines (développeurs, designers…), cette édition était aussi celle des entrepreneurs, où l’on a vu défiler nombre de startupers et divers fonds d’investissements venus expliquer un peu leur métier et fournir quelques chiffres, notamment sur le fossé abyssal qui sépare la France et même l’Europe en termes de levées de fonds. Jean-David Chamboredon rappelait qui si la récente levée de fonds de Blablacar de 100 millions de dollars était la plus importante réalisée en France par une startup du web, Uber avait de son côté levé 1 milliard aux US. Un ratio de 1 à 10, voire davantage que l’on retrouve souvent et dans plusieurs métriques. Au passage il citait sa propre expérience en tant qu’investisseur des premières années dans Blablacar : « J’ai investi au début dans Blablacar, mais j’ai largement sous-évalué le potentiel de cette société, et j’en suis très heureux. Sous-évaluer une startup pour un investisseur c’est du pain béni ». Jean-David estimait au départ le marché potentiel de Blablacar à 2 millions d’utilisateurs. Depuis il a revu un peu son point de vue, et compte plutôt sur 15 à 20 millions. Tout le monde peut se tromper, et à mon humble avis tant qu’à faire mieux vaut que ce soit dans ce sens…

France-bashing ou pas ?

Le Blend s’est ouvert sur une conférence plénière d’introduction au cours de laquelle Guilhem Bertholet et Jerry Nieuviarts ont assuré un sketch clownesque qui visait à tourner en dérision le mantra actuel selon lequel il est impossible d’entreprendre en France. C’était assez drôle et rafraichissant, mais le message n’en n’était pas moins assez corrosif : arrêtons le France-bashing et reconnaissons qu’aujourd’hui il est très facile de créer une société en France, tant du point de vue administratif que grâce à toute une série d’aides mises à la disposition des entrepreneurs. Reconnaissons aussi que les talents et la créativité sont là. Un discours largement amplifié par les récentes déclarations de Xavier Niel, et que l’on entend aussi en filigrane dans le superbe film We love entrepreneurs de Richard Menneveux et la team Frenchweb, présenté en avant-première au Blend. Certes, il est facile de créer sa boîte ici, et probablement de la faire grandir. Mais je reste convaincu que pour une croissance rapide sur une thématique internationale, le vrai tremplin reste l’Amérique, notamment quand il s’agit de parler de financement de la croissance. A énergie dépensée équivalente, si votre projet est mondial, vous lèverez probablement 10 fois plus d’argent là-bas. Après il reste d’autres facteurs en prendre en considération et à mettre dans la balance : coût et qualité de vie, éloignement géographique vs. emmerdements administratifs ici, etc. De la plupart des discussions que j’ai pu avoir avec des entrepreneurs français installés aux US il ressort une constante : ils ont tous échangé un peu de qualité de vie personnelle pour beaucoup de qualité de vie professionnelle… A vous de savoir où vous mettez le curseur. Et oui, j’assume aussi ma part de France-bashing, car je crois que parfois c’est vraiment justifié.

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Fallait oser, ils l’on fait…

Une conférence avec de vrais morceaux d’humanité dedans

Quand on pratique un peu la Cuisine du Web et le Blend, on connait le côté un peu joyeux bazar organisé et bon vivant de ces évènements et de ses initiateurs. On est à Lyon, et je peux vous dire que dans les soirées qui succèdent aux conférences, on se marre bien plus (et on mange bien mieux) que dans n’importe-quel pince-fesse à Palo-Alto. Ce côté humain et un peu iconoclaste a encore émaillé toute la conférence grâce à la bienveillance malicieuse (et parfois l’humour dévastateur) de Guilhem Bertholet, à la fois organisateur, animateur et Monsieur Loyal du Blend. Le plus joli moment : celui où l’un des participants est venu sur scène avec son petit frère de 11 ans, parce-que ce dernier était en vacances et que le grand frère voulait lui faire connaître l’évènement. Merci pour ce moment, comme on dit dans les cercles littéraires.

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C’est grâce à la diversité, l’authenticité et l’utilité concrète de ses diverses keynotes que le Blend s’impose comme LA conférence francophone (Le Web se tient à Paris mais c’est une conférence internationale où tout se fait en anglais), celle où il faudra désormais être pour prendre sa dose annuelle d’inspiration, de bons contacts et d’énergie positive.

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La team, organisateurs, animateurs et bénévoles

Voir aussi mon interview vidéo où je parle de drones et du Blend


9 commentaires

  1. Très sympa cet article, au vu de l’agitation sur Twitter l’ambiance devait effectivement être excellente.
    Pour revenir sur la première partie, design signifie « dessin à dessein ». En clair, apporter une solution à un problème en la dessinant tout d’abord pour qu’elle soit comprise avant de la développer ensuite.
    Tout ce que raconte Geoffrey, tout designer digne de ce nom devrait en avoir conscience, et l’appliquer.
    Nous (moi inclus donc) avons deux métiers : celui de designer, et celui de pédagogue (j’ai même dédié une partie spécifique sur mon site). Malheureusement, encore en 2014 l’on se doit de rabâcher, radoter, mais il le faut pour que l’on saisisse l’intérêt de notre métier.
    Quant aux « designers stars », c’est oublier tous ceux qui travaillent dans l’ombre, freelances ou intégrés, et qui font aussi très bien leur boulot.
    Voilà, j’ai mis mon grain de sel !

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  5. Merci bien Eric pour ce compte-rendu détaillé.
    Je suis ravi d’apprendre que ma conférence, J’irai surfer chez vous, t’a inspiré. C’était justement le but que je recherchais : donner envie de voyager (ou, mieux, « tripper » !) et de découvrir le Web sous d’autres latitudes.
    Si tu as à expliquer l’ADN de l’écosystème lyonnais à un public anglophone, et plus particulièrement le lien entre cuisine et web, cet article devrait t’intéresser http://alistapart.com/column/t.....web-design.

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