Choc de simplification, ah ouais ?

Le choc de simplification, parlons-en. Sans vouloir jouer les râleurs, je pense qu’il y a encore beaucoup à faire, et que comme souvent le diable se cache davantage dans les détails que dans les grandes déclarations d’intention, même si je ne doute pas a priori de leur sincérité.

choc simplification

Un exemple personnel mais qui doit concerner chaque jour des milliers de petits entrepreneurs.

Pour une pauvre petite augmentation de capital de petite société (de 3000 à 3060 euros), il nous a fallu (dans le désordre) :
– mettre à jour les statuts,
– faire parapher chaque page de statuts par tous les associés et le président de la SAS (pratique quand l’un réside à Paris et les trois autres à Lyon),
– fournir un Kbis à jour,
– faire une Assemblée Générale (le plus cocasse étant l’Assemblée Générale pour les EURL, qui par définition sont des entreprises unipersonnelles, ce qui signifie faire une AG avec soi-même…),
– faire un procès-verbal de l’Assemblée Générale signé de tous les participants,
Рremplir une feuille de pr̩sence sign̩e de tous les participants,
– faire un chèque de 89,80 euros à l’ordre du Greffe du tribunal de commerce,
– faire un chèque de 375 € à l’ordre du Trésor Public,
– faire un autre chèque de 203,20 € à l’ordre du Greffe du tribunal de commerce,
– consacrer en tout une bonne journée en cumul à toutes ces démarches, allers-retours de documents, signatures, etc… Une journée pendant laquelle on ne travaille pas, donc.

Et ce n’est pas fini : nous changeons de domiciliation, autrement dit le siège social de la société passe de mon domicile (pratique au début) à un co-work situé à 10 minutes à pied de celui-ci. Pour cela il faudra probablement tout refaire puisqu’on ne peut pas faire un tir groupé. Ou en tout cas il faudra débourser encore environ 400 euros pour un tampon sur des statuts signifiant un changement d’adresse. Bien sûr c’est nous et notre expert-comptable qui nous tapons tout ce boulot improductif.

Et c’est l’administration qui encaisse des euros. Des vrais.

Tout cela, je précise, pour une boîte qui ne fait encore pas un centime de chiffre d’affaire. Et bien sûr le cas de figure mentionné ci-dessus n’est qu’un exemple parmi des dizaines.

Au début, c’est rigolo, cela participe de cette grande aventure un peu grisante qu’est l’entrepreneuriat, et l’on serait presque content de se cogner quelques formalités si c’est le prix à payer pour devenir maître du monde juste après. Mais on se lasse assez vite, en fait. Et bout du compte c’est ce quotidien à la con qui plombe l’énergie des petits entreprises. Et comme ce sont « de petites sommes » et quelques documents parmi d’autres, pas de quoi fouetter un chat (ou un labrador élyséen), cela reste sous les radars et par conséquent cela risque sûrement de ne pas de changer de sitôt.

Oui, créer une boite en France est devenu facile et rapide. Oui chers gouvernants, vous affirmez « aimer » les entrepreneurs et les startups. Vous êtes peut-être sincères, je n’en sais rien. Mais je crains que ce soit une posture en trompe-l’œil. Car dans la réalité, si créer une société est relativement facile,  la gérer au quotidien est en revanche toujours aussi pénible et rébarbatif du simple point de vue administratif. Sans compter cette impression d’engraisser sans cesse un peu plus l’état avec des « petits » prélèvements incessants dont on a renoncé depuis longtemps à comprendre le sens et la destination.


17 commentaires

  1. La vraie question est : pourquoi faire une augmentation de capital de 60 € ???

  2. Entièrement d’accord. En tant que gérant d’EURL, j’ai eu les mêmes « tracasseries » administratives… qui sont loin d’être évidentes, qui font perdre beaucoup de temps, et dont les montants sont proprement hallucinants pour de simple opérations informatiques.

  3. on a une super administration mais elle ne fait qu’envoyer et contrôler
    pour simplifier (et libèrer le travail) je propose les prèlèvement d’impot à la base (et fini les 40 lignes de prélèvements tout au long de l’année)
    Pour les papiers ce sera à l’administration de les faire, après tout on paye aussi pour cela !!

  4. Si tu savais comme je te comprends… Des fois, c’est vraiment décourageant. Surtout quand tu vois ce que tu gagnes, et ce qu’il te reste à la fin.

  5. Donc, comme c’est difficile à gérer au quotidien, cela justifie que l’administration complique la tâche… oO

    @ipfix8 « (et fini les 40 lignes de prélèvements tout au long de l’année) »

    Et surtout, les gens ne sauront plus ce qu’ils paient à l’État… Comme ça, après augmentation des impôts, ils se retourneront contre leurs employeurs, ce qui fait les affaires des socialauds et des syndicats parasites .

  6. C’est pour cela que beaucoup de jeunes vont ouvrir leurs boites hors de France et aller des fois jusqu’en Thaïlande pour gérer leurs entreprises

  7. Eric

    @Anonyme : cela correspond à un montage spécifique qui n’a pas beaucoup d’intérêt à être détaillé ici mais qui était nécessaire, voilà.

  8. J’approuve totalement ce billet, ayant été moi même dirigeant d’une petite SAS.

  9. J’ai quelques projets en tête et la seule chose qui me bloque c’est juste le fait d’affronter la lourdeur de l’administration française. Et uniquement pour cette raison je ne préfère pas me lancer.

  10. +1, je viens de terminer une augmentation de capital…
    J’ajouterai qu’en terme de simplification, les banques ont également du boulot !

  11. Lafrisouille on

    1 Eric, tu ne parles pas des publications dans les journaux d’annonces légales qui bien que simples à faire engendrent également des dépenses substantielles (~150 brouzoufs) et qui dans certains cas sont « obligatoires ». (Chgt d’adresse du siège par exemple me semble-t-il ?).
    En marge de ce billet tu ne voudrais pas en faire un petit sur un « potentiel pacte de simplification pour le RSI » ?

  12. Pingback: Choc de simplification ? Où ça ? ...

  13. Pingback: Choc de simplification, ah ouais ? - Photoetmac.com

  14. Bonjour,

    Le choc de simplification une magnifique promesse, sans doute, sincère mais on est loi du compte et même pas besoin d’être un chef d’entreprise « confirmé », il suffit de regarder, d’un peu près, ce qui se passe pour la personne qui souhaite devenir auto-entrepreneur, je me suis amusée à répertorier les quelques premiers portails qui peuvent recevoir votre enregistrement :
    le portail des auto-entrepreneurs, evoportail.fr, simplitoo.fr,ospreyfrance.fr,economie.gouv.fr,net entreprises,CCI, CMA ….
    Ensuite, pour l’accompagnement du créateur, même musique, un nombre incalculable d’interlocuteurs possibles mais lequel se met à votre service particulier ? difficile de le savoir, la multitudes de sites annoncent tous être là pour vous aider mais finalement, personne au bout du mail, personne au bout du fil …
    Quant aux relations avec l’administration, encore une fois, beau projet, belle idée, mais la plupart des administrations ne respectent même pas la LOI dans leur relation avec le public, cette loi qui précise les obligations des administrations envers le public Loi 2000-312 de avril 2000 et quand elles la respectent, c’est le parcours du combattant d’arriver à joindre un interlocuteur.

    On n’en a pas fini !

  15. Bonjour,
    j’adore vos billets, celui-ci est sympa et tout comme vous j’ai tendance à « dresser » le poil devant autant de paperasse… même si je ne connais pas les même tracasserie que vous,mais j’ai également les miennes à peu près similaire, je compatis allègrement et vous félicite pour votre ton et votre justesse (et avoir autant d’humour aussi bien maitrisé)
    Bien à vous, CDLT

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