Trouver un bon titre est un art difficile qui existe depuis que la presse et la littérature existent. Le titre est à l’article de presse ou de blog ce que la marque – ou le slogan – est au produit : il doit être évocateur et faire envie au point de déclencher le réflexe « d’achat », l’achat ici étant le clic sur le titre et la lecture de l’article en question.

titre Soigner ses titres, pour ses lecteurs, pour Google... et le reste

Tout en perpétuant des méthodes qui existaient déjà : comme l’éditeur littéraire cherche le meilleur titre pour que son dernier bouquin figure en bonne place sur les étals des libraires et attire l’œil du chaland, le rédacteur web opère de la même façon pour être bien référencé dans les moteurs de recherche, ce qui revient à être bien placé sur les étals de Google afin d’attirer l’œil de l’internaute.

Selon que vous êtes SEO, ou pas…

Le web, et l’émergence des CMS (systèmes de gestion de contenu), puis des blogs, a quelque peu changé la donne. La structure des CMS et des blogs permet au rédacteur d’attribuer deux titres au même article : un pour les lecteurs, et un autre pour Google.

Bien sûr, ces préoccupations concernent principalement les rédacteurs qui cherchent à faire progresser leur audience, et pour qui le choix d’un bon titre n’est qu’un élément constituant d’une stratégie de SEO (Optimisation pour les moteurs de recherche) qui prend en compte beaucoup d’autres facteurs.

De fait, il existe donc deux types de « bons » titres, et deux écoles : le bon titre « SEO », dont les blogueurs avisés sont devenus les orfèvres en la matière, et le bon titre « presse » dont l’un des représentants les plus connus reste certainement Libération, quand l’inspiration est là.

Révolution culturelle en cours

Ces deux écoles sont aujourd’hui en train de fusionner pour donner naissance à une nouvelle forme de titraille : celle qui sait en même temps tirer le meilleur parti des contraintes « littéraires » et du SEO. Les journalistes sont sensibilisés, voire formés aux techniques du SEO, et réapprennent l’art du titre version web : on n’écrit plus pour Google comme on écrivait avant, et, au même titre que d’autres formes d’expression et de création, la rédaction web bouleverse profondément les habitudes. Il faut savoir faire plus court, plus percutant, et si possible ne pas oublier la bonne densité de mots-clés au début de ses articles.

Autant de figures imposées qui font dresser les cheveux sur la tête de certains rédacteurs, souvent ceux de l’ancienne génération (comprendre, ceux qui ont eu une vie avant le web), qui reprochent au web d’appauvrir la langue, et donc la pensée. Nous verrons si ces réticences étaient fondées… dans quelques décennies. Personnellement je ne le pense pas, si tant est que l’on admette l’idée de langue vivante.

Alors, c’est quoi un bon titre ?

Avant de tenter de déterminer ce qu’est un bon titre, encore faut-il savoir à qui il s’adresse. Il y a certes un corpus de règles qui sont valables dans toutes les disciplines, et ce sont celles-ci que nous allons voir ci-après, mais il n’en reste pas moins vrai que l’on n’accroche pas le lecteur d’un Skyblog de la même façon que celui d’un blog littéraire, ou d’un site de recettes de cuisine.

Un bon titre doit à minima présenter les caractéristiques suivantes :

  • Immédiatement compréhensible, quelque soit le contexte
    La profusion d’informations auxquelles est confronté l’internaute ne laisse pas tellement de marge pour l’à peu près : il faut être clair, explicite et accrocher l’œil (et le clic) en quelques centièmes de seconde. L’article qui parle du test du dernier Reflex Canon aura plus de chances d’être lu s’il est intitulé « Photo : test du dernier Reflex Canon » que s’il s’appelle « Un appareil qui tient ses promesses, la photo dans tous ses états ».
  • Court, aller à l’essentiel
    Une dizaine de mots semble être un bon équilibre.  On peut même se passer du verbe, comme dans l’exemple précédent, et même des adjectifs et des adverbes. Les formules ampoulées et littéraires n’ont pas vraiment leur place.
  • Dense en mots-clés, surtout au début
    Voici typiquement une contrainte SEO : placer deux ou trois mots-clés dans le titre, qui caractérisent le sujet et seront repris dans le corps de l’article, donnant davantage de poids et de pertinence à l’ensemble. Si vous parlez de la disponibilité de Windows 7 au téléchargement, mieux vaut écrire simplement « Télécharger Windows 7″ que « Windows 7 est maintenant disponible sur le site de Microsoft en téléchargement ». Mettre le premier mot, qui est un mot-clé, en majuscules peut également aider.
  • En cohérence avec l’article qu’il chapeaute
    Dans l’idéal, le premier paragraphe de l’article devrait presque constituer une continuité du titre, ou en tout cas en reprendre les principaux termes et mots-clés, si possible en caractère gras.
  • Unique
    Le titre ne doit correspondre qu’à l’article qu’il introduit, sauf dans le cas de séries bien sûr. Rien de plus barbant que les marronniers de presse qui reviennent périodiquement, de type « Toute la vérité sur les francs-maçons » ou « Le marché de l’immobilier dans votre ville ». Palme d’or à « Hôpitaux, notre grande enquête exclusive ». Les blogs ne sont pas à l’abri de ces pratiques : quand j’ai cherché « Twitter pour les nuls » sur Google, j’ai obtenu une page complète de résultats avec le même titre :-)
  • Imaginatif
    Un peu de créativité ne fait pas de mal, surtout quand on traite de sujets déjà cent fois rebattus. Rester dans la norme tout en faisant preuve d’inventivité est également un exercie difficile qui peut vite se révéler chronophage. Il m’est déjà arrivé de consacrer presque autant de temps à trouver le titre d’un article que pour la rédaction de l’article lui-même. Non pas que je cherchais le titre génial, mais tout simplement… un titre.

Mais l’émergence des nouveaux médias impose d’autres règles.

Si le rédacteur doit avoir en tête l’optimisation pour Google en même temps que ses talents d’écriture, il doit aussi maintenant prendre en compte Twitter et les agrégateurs, dont les Digg-like, qui ont instauré encore de nouvelles règles de lecture et de compréhension, et donc d’écriture. Sans aller jusqu’à dire qu’il faudrait que les CMS intègrent maintenant non plus 2 mais 4 options différentes de titre pour un même article (un pour les lecteurs, un pour Google, un pour Twitter, un pour les Digg-like), cette nouvelle dimension n’est pas à négliger. Si vous voulez être tweeté, pensez-y aussi dans vos titres.

Des règles sans exceptions ?

Nous avons vu un aperçu des qualités qui caractérisent un bon titre. Mais est-ce aussi restrictif ? Y a-t-il vraiment une recette magique du titre, faite d’une pincée de mots-clés saupoudrée d’une dose d’imagination ?

Heureusement, non. Tout le monde n’écrit pas pour Google (enfin, pas encore) et nombre de blogueurs se préoccupent de leur référencement comme de leur première balise HTML. Puis, au milieu, il y a tous ceux qui sont sensibles à leur visibilité dans les moteurs de recherche mais qui, par choix ou par méconnaissance des règles élémentaires du SEO, ne changeraient pas une virgule à leurs titres. Dans la presse traditionnelle, on dit de ceux-là qu’ils seraient prêts à tuer père et mère pour un bon titre. Ok, on se calme.

Ce qui donne parfois des accroches quelque peu absconses, mais tellement délicieuses. Pour faire un dernier parallèle avec la littérature, je pense toujours à l’arrachage de cheveux que doit représenter la sortie de chaque nouvel ouvrage d’une Amélie Nothomb pour son éditeur, tant les titres sont énigmatiques, et peu « vendeurs ». Et pourtant, Stupeurs et tremblements ou Cosmétiques de l’ennemi (uh ?) n’empêchent pas cette chère Amélie de figurer régulièrement en bonne place dans les ventes. Alors, alors ? Alors dans ce cas précis, le titre mystérieux est devenu une marque de fabrique, comme une signature de l’auteur. Il fait donc partie intégrante de l’œuvre, et participe à son succès.

Pour illustrer cette tendance, et pour conclure, rien de tel qu’un petit florilège de quelques bons blogs qui manient l’art du titre avec un bonheur sans cesse renouvelé. Vous verrez que parmi eux il y a certes des blogs moins connus, mais également des sites célèbres, qui régalent quotidiennement leurs lecteurs de titres savoureux et décalés. SEO ou pas, on s’en fout : ça claque sa race dans l’agrégateur. Et quand ça claque, ça clique.

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Dans un prochain article, nous verrons les techniques de titres qui peuvent attirer du trafic.