Imaginons que je sois un citoyen lambda, un gars qui ne travaille pas le web mais qui l’utilise fréquemment pour ses besoins privés et professionnels, un gars qui n’est pas un geek mais qui s’intéresse quand même un peu aux nouvelles technologies, un gars qui n’a pas de blog mais qui va de temps en

Imaginons que je sois un citoyen lambda, un gars qui ne travaille pas le web mais qui l’utilise fréquemment pour ses besoins privés et professionnels, un gars qui n’est pas un geek mais qui s’intéresse quand même un peu aux nouvelles technologies, un gars qui n’a pas de blog mais qui va de temps en temps sur les blogs, un gars qui n’intervient pas les sites collaboratifs mais qui exprime de temps en temps une opinion dans un forum.
Que ce soit un forum sur la santé, l’automobile, la politique ou la meilleure façon de monter une mezzanine avec des solives de 7,5 sans qu’elles prennent trop rapidement de la flèche.
Bref, un gars comme vous et moi, mais qui est plutôt médecin, boulanger, banquier ou secrétaire général d’une association (sportive, politique…) que webmaster.
Un gars qui ne passe pas 16 heures par jour devant un écran, et qui ne se fait pas bouffer la vie par un agrégateur, Twitter et sa boîte mail.
Un gars normal quoi.
Vous y êtes ?
Imaginons maintenant que ce gars ait quand même quelques opinions à défendre, un point de vue à exprimer, un coup de gueule à pousser, une manifestation ou un évènement à annoncer, et qu’il ne soit pas question pour lui de monter un blog qui de toute façon ne serait lu par personne et présenterait un rapport temps investi/visibilité très défavorable.
Imaginons…
Question : comment fait-il pour s’exprimer et faire valoir publiquement son point de vue, le gars ?
Réponse : Il ne fait pas.
Ce constat revient fréquemment à mon esprit principalement lors des occasions suivantes :

  • quand je discute avec des proches qui ne bloguent pas mais aimeraient parfois réagir avec force à une actualité et faire entendre leur voix
  • quand j’entends les émissions de libre antenne très à la mode sur les radios en ce moment, au cours desquelles l’on fait participer les auditeurs en leur demandant par téléphone leur avis sur tout et rien, ce qui conduit souvent à de pitoyables moments de grande démagogie vaguement populiste qui flirtent dangereusement avec le café du commerce (à l’heure du Pastis).
  • lorsque le militant ou le responsable d’une association souhaite annoncer un évènement local (ou national) et qu’il n’a que peu de moyen pour le faire connaître

Autre constat, cruel mais réaliste : les applications web 2.0 de type collaboratif sont en fait des trucs de geeks, montés par des geeks pour des geeks, même si nous nous en défendons, et la plus grande difficulté aujourd’hui est d’essayer de sortir de cette bulle pour aller vraiment toucher et susciter l’intérêt auprès du grand public.
Et oui, entre mon citoyen lambda et le web 2.0, pas grand chose.
Voire même un trou noir.
D’où cette question : existe-t-il aujourd’hui des outils simples et abordables qui permettent aujourd’hui à un non initié de s’exprimer sur internet en ayant une chance de faire entendre un peu sa voix autrement qu’en passant par un forum ou un commentaire de blog ?
En cherchant bien, on trouve quelques réponses, mais elles ne sont pas pléthore.
Bien sûr il y a Agoravox, Contre-Feux, et dans un autre genre Yahoo Questions-réponses, mais leur thématique spécialisée oblige à faire un grand écart entre conseils pratiques de la vie quotidienne et grands débats de fond sur l’avenir de l’humanité (et de Sarkozy), d’où une dissémination.
Il faudrait inventer une plate-forme d’expression libre qui réponde aux 5 critères principaux suivants :

  • hyper facilité d’accès et d’utilisation
  • ergonomie claire, rassurante et incitative
  • design minimaliste mettant en valeur le contenu sans éléments parasites
  • garantissant un anonymat "intelligent"
  • une liberté éditoriale absolue, ouverte de la même façon à celui qui veut parler de la meilleure façon d’élever son chien qu’à celle qui veut faire connaître ses talents littéraires ou ses prises de position politiques

Après on ajoute les fonctionnalités courantes qui font vivre et rendent le truc pertinent (vote, passage en une des articles les plus appréciés, RSS, etc) mais sans trop en ajouter car je reste convaincu qu’une surabondance de gadgets peut s’avérer dissuasive pour le non-initié.
Nous aurions alors une sorte de gazette citoyenne à mi-chemin entre un Wikio duquel on aurait retiré sa fonction principale d’agrégation automatique et un Agoravox dépouillé de son exigence de qualité éditoriale sur les grands débats de société.
Comme souvent, un début de réponse est peut-être arrivé de là où on ne l’attendait pas, avec la nouvelle version d’Over-blog, une plate-forme de blogs devenue portail d’actualités et d’expression, ce qui constitue une initiative très intéressante.
A cela près qu’il reste quand même à franchir une étape qui est rédhibitoire pour la plupart : pour s’exprimer il faut d’abord créer un blog, avec toutes les contraintes que cela suppose, même minimalistes, même réduites à leur plus simple expression (choisir un template est déjà une étape de trop…).
Il faut inventer quelque-chose d’encore plus simple, une passerelle pour franchir le trou noir qui permettrait à chacun de bloguer sans le savoir, aussi facilement qu’il décroche son combiné pour appeler sa radio favorite.
Un méta-blog ?

 Et ceux qui nont pas de blog ils font comment ?
Fondateur et rédacteur en chef de Presse-citron, Éric est blogueur, éditeur de contenus numériques. Par ailleurs il conseille et accompagne occasionnellement quelques entreprises dans leur développement sur internet.