[détox] Le cinéma et les comics liés pour le meilleur ?

Ces dernières années, les comic books ont rencontré un grand succès et doivent aujourd’hui faire face aux attentes des passionnées, des nouveaux venus et de l’industrie.

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Nouvel épisode de [détox] et nouveau média culturel abordé : la bande dessinée. Tous comme les livres, elle a subi le passage au tout numérique des années 2000 mais vu aussi un de ses genres exploser grâce au cinéma : les comics.

>> Retrouvez nos précédents articles de la série [détox]

Un changement de tendances

En 2014, une exposition a eu lieu au Musée de l’Art ludique, dans le XIIIème arrondissement de Paris. Elle proposait près de 300 planches originales de comic books , signées de grands noms du comics presque inconnus du grand public mais adulés par les connaisseurs : Jack Kirby, John Buscema, Jim Steranko, Steve Ditko, Franck Miller, etc.. Cette exposition mettait aussi en avant de nombreux accessoires issus des tournages comme la moto de Crâne Rouge, du film Captain America First Avenger, des storyboards d’Iron Man ou encore des sculptures préparatoires. Des objets tirés de films très ancrés dans la culture populaire et qui attirent davantage les visiteurs que les planches de bande dessinée.

Car les époques ont changé. Il y a quelques dizaines d’années, à l’ère de l’âge d’or des comic books, la popularité de ce type de bande dessinée était si importante qu’elle avait conduit à quelques adaptations au cinéma. Aujourd’hui, le rapport entre la bande dessinée et le cinéma s’est inversé et ce sont les désormais les films qui marquent les esprits et incitent les curieux à se plonger dans les cases, bulles et dessins.

Ce changement a été rendu possible grâce à la technologie. Comme l’explique Jean-Jacques Launier, directeur du Musée de l’Art ludique, « le succès des super-héros au cinéma est dû au fait que la technologie permet enfin de restituer l’impact et la puissance que les scénaristes avaient inventés à l’époque. Il y avait dans les pages cette notion de super pouvoir, quand ils s’envolaient, quand ils bondissaient, qu’ils s’envoyaient d’énormes coups de poing, qu’on ne retrouve que maintenant. Avec la technologie, quand on voit Avengers, d’un seul coup, ça devient crédible. »

La création d’une culture comics

L’arrivée des films de super-héros dans les années 2000 a été un véritable coup de projecteur sur le marché des comic books. Le public francophone connaissait enfin dans les grandes lignes les principaux super-héros. Des labels comme Panini Comics ou Semic ont édité des ouvrages en librairie (alors que les comic books américains sont vendus avec une publication pouvant aller jusqu’à 2 numéros par semaine), ce qui permettait au nouvel arrivant de se constituer tranquillement sa bibliothèque avec un patrimoine disponible en permanence.

La culture du comic book en France s’est ainsi construite peu à peu. On parlait parfois de « génération Walking Dead » avec une exposition des bouquins dans des grandes enseignes comme la FNAC. Toutefois, cet intérêt pour les comic books est quand même resté relatif jusqu’aux années 2010 et le début du Marvel Cinematic Universe, avec succès qu’on lui connaît.

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Un marché porteur

Conscient du potentiel du marché, l’éditeur Urban Comics, label du groupe Média Participations (Dargaud, Kana) créé à l’occasion de la reprise de la licence DC Comics, a souhaité développé le comic books DC en France dès 2012. Avant cette reprise en main, il était assez difficile d’accéder au catalogue de Batman, Superman et des autres propriétés de DC Comics en France.

Cependant, une partie du public est nouvelle dans l’univers et il est assez difficile de s’y retrouver, entre ce qu’on appelle les « crises » qui bouleversent l’univers DC et les récits inédits sur notre territoire, contrairement à Marvel qui dispose d’un univers que l’on qualifiera de plus accessible, qui est bien soutenu par Panini et qui a depuis longtemps repensé sa stratégie autour du cinéma. C’est là tout le travail d’éditeur que réalise Urban Comics afin de capitaliser sur le succès des films sans perdre les nouveaux arrivants : donner suffisamment de contexte sur l’univers et les personnages pour que chaque livre soit autonome. Généralement, les pages de garde s’ouvrent sur une frise chronologique resituant l’oeuvre dans l’univers DC et une présentation des personnages-clés.

Car, grâce aux films, l’intérêt des Français pour les super-héros est croissant et Dargaud, à travers Urban Comics, souhaitait implanter culturellement et dans la durée le comics dans le paysage français. Il fallait alors parler au futur fan de comics et utiliser différentes passerelles avec des médias existants comme les jeux vidéo et la série des Batman Arkham. Ainsi, deux bandes dessinées (Batman Arkham City et Batman Arkham Knight) ont été publiées pour d’une part assurer la promotion des jeux et d’autre part amener le lecteur à découvrir le catalogue de l’éditeur.

Deux ans plus tard, en 2014, l’éditeur avait gagné son pari grâce à une publication volontariste d’ouvrages très bien édités et exploités régulièrement en librairie.

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Le catalogue Urban Comics est très fourni, entre grands classiques et nouveautés.

Des résultats à la hausse mais contrastés

En 2014, les comics papier et numériques ont généré 935 millions de dollars aux Etats-Unis et au Canada. Cela représentait une hausse de 7% par rapport à 2013 et il s’agissait alors de la meilleure année pour les comics depuis 1993.

Dans son rapport annuel de vente de bandes dessinées, ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) propose un aperçu du marché des comics en 2015. Sans grande surprise, Walking Dead domine ce classement avec 3 nouveaux épisodes et profite du succès de la série télévisée. On retrouve ensuite l’adaptation du feuilleton animé télévisé Les Simpson (avec 3 opus de la série mère, 2 de Bart Simpson, 4 de Bartman et 2 hors série parus en 2015), les strips du chat Garfield (2 recueils de gags auxquels il faut ajouter les versions comics et animés) puis certains Star Wars et Batman en BD.

Enfin, il est intéressant de jeter un Å“il aux résultats des publications Harley Quinn. Ce rapport étant établi sur la base des tirages de l’année 2015, on n’est pas surpris de voir la complice du Joker faire son apparition dans ce classement vu l’importante campagne marketing dont a bénéficié le film Suicide Squad depuis l’année dernière. Encore un lien entre cinéma et film ? C’est en tout cas la stratégie de DC Comics et de Marvel de sortir une bande dessinée en pleine promotion d’un nouveau film. D’ailleurs, avez-vous aperçu dans les grandes surface de produits culturels les comic books Suicide Squad ? Cette stratégie est aussi applicable à Star Wars, dont la sortie de l’épisode 7 a permis la mise en chantier de nouvelles histoires et séries.

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Harley Quinn et Deadshot, les deux principaux héros du film Suicide Squad qui sont aussi mis en avant sur les dernières bande dessinées éditées par Urban Comics.

Nouvelle clientèle et nouvelle stratégie éditoriale

Un autre facteur joue aussi sur les chiffres des ventes : l’édition numérique. Loin de cannibaliser les ventes physiques, les formats numériques n’ont pas eu d’impact négatif sur les ventes physiques. Ces deux supports contribuent même à une hausse des ventes du secteur. « Les comics numériques séduisent une clientèle différente : soit située loin d’un magasin de bandes dessinées, ou qui ne veulent pas, pour des raisons d’espace, se constituer une grande bibliothèque physique » expliquait à CNBC John Jackson Miller, l’écrivain américain de science-fiction qui suit de façon régulière les ventes de bandes dessinées depuis près de 20 ans. Si la lecture numérique a le vent en poupe, elle est loin de détrôner les comics papier. Elle peut cependant constituer un point d’entrée avant de se constituer une collection physique.

Le succès de ces valeurs sûres a toutefois une conséquence non négligeable : les éditeur ralentissent quelque peu leur rythme de production ou adaptent leur politique éditoriale en misant sur la conception de revivals modernisés ou le lancement de nouvelles séries référencées. Ainsi, les maisons d’édition satisfont le grand public avec des histoires de personnages vus au cinéma et minimisent les risques afin de ne pas perdre des places dans les linéaires des libraires, quelquefois au détriment de la création et de l’innovation. Autre avantage : le catalogue d’histoire publiée peut aussi servir de source d’inspiration pour les productions cinématographiques. Le cinéma, de son côté, met en lumière des personnages qui n’étaient pas forcément connus du grand public. Des héros du catalogue Marvel comme Thor, Dr Strange voire Iron Man n’étaient pas aussi populaires que Spiderman. Le cinéma leur a permis de plaire à un public de néophytes et de voir leurs histoires publiées dans d’autres langues, voire d’avoir droit à de nouvelles aventures littéraires.

Aujourd’hui, les comic books ont retrouvé une seconde jeunesse mais les éditeurs sont conscients qu’ils doivent en partie ce succès aux autres médias de divertissement. Le meilleur exemple est encore une fois The Walking Dead qui a réussi à s’imposer dans différents médias. Après le succès de la BD, la série a aussi regroupé une forte communauté de passionnés et l’univers a été décliné en jeu vidéo grâce à TellTale, qui va d’ailleurs proposer une troisième saison (le jeu vidéo fonctionne sur le principe d’épisodes, de saisons et de spin-off).

Plus que jamais, l’industrie des comic books sait que le cinéma est une très belle vitrine pour les ouvrages et synonyme d’augmentation des ventes. Néanmoins, il faudra trouver un juste équilibre entre publications de valeurs sûres et nouvelles créations et surtout faire attention à ce que les nouveaux comic books ne servent pas simplement de scénario aux films.

Et vous, vous êtes plutôt DC Comics ou Marvel ? BD numérique ou support physique ? Allez, à dans 15 jours.

Source images : Neon Tommy (Flickr), Terence Lim (Flickr), Urban Comics.

Un commentaire

  1. « Avec la technologie, quand on voit Avengers, d’un seul coup, ça devient crédible » mais bon c’est de la science-fiction hein ça n’existe pas dans la vrai vie 😉 mais il est vrai qu’il y a 20 ans je me disais aussi « quand est-ce que les effets spéciaux au cinéma auront assez évolué pour produire scènes de super-héros qui ne font pas carton pâte » et depuis quelques années c’est chose faite 🙂

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