[détox] Mediacités, site d’investigation locale

L’offre média ne cesse de se renouveler et tente de plus en plus de se rapprocher de son lectorat. Pour cela, quoi de mieux que de se concentrer sur l’actualité locale ?

Planche

Sorti depuis le 1er décembre à Lille, Mediacités est un nouveau site d’enquête et d’investigation locale. L’objectif de la rédaction est de traiter des sujets portant sur la politique, l’économie, l’environnement, la culture ou encore les enjeux sociaux en réalisant une enquête approfondie par semaine.

De nouvelles villes, comme Toulouse, Nantes ou encore Lyon, auront également leur propre version de Mediacités. Le projet est porté par sept personnes, anciens membres de l’Express qui ont quitté le groupe lorsqu’il a été racheté par Patrick Drahi, patron de SFR. Entretien avec Nicolas Barriquand, l’un des fondateurs de ce nouveau média.

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Faire de la presse locale un média porté sur l’investigation

Presse-Citron : Pouvez-vous nous expliquer le concept de Médiacités ?

Mediacités est un media d’investigation et de décryptage multi-villes indépendant. Nous sommes partis du constat que la presse nationale enquêtait peu hors de Paris et que la presse locale était rarement portée sur l’investigation. Mediacités vise à combler ce manque médiatique et démocratique qui est l’enquête indépendante dans les grandes villes de France en dehors de Paris. Notre média se déclinera en autant de sites que de villes couvertes. Notre ambition : être présent dans les dix plus grandes agglomérations françaises. Nous serons à la fois un média local, proche de ses lecteurs et de leurs préoccupations, et un media national puisque présent dans un certain nombre de territoires en France. Cette deuxième dimension nous permettra de mener parfois une même enquête dans plusieurs villes simultanément.

P-C : Comment est né le site Médiacités ?

Mediacités est porté par sept personnes. Une partie d’entre nous travaillait auparavant au service « Villes » de L’Express. Pendant plus d’une dizaine d’années pour certains, nous avons enquêté sur des sujets politiques, économiques ou encore d’environnement un peu partout en France dans le cadre d’éditions locales de L’Express. Nous avons donc une certaine expérience des sujets dits « régionaux » et nous faisions déjà le constat que les rédactions parisiennes s’en désintéressaient trop souvent…

L’Express a été racheté par le patron de SFR Patrick Drahi. L’évolution du journal qui ne nous séduisait pas vraiment d’une part et les incertitudes sur la poursuite des éditions locales de L’Express d’autre part, nous ont décidés à sauter le pas et quitter L’Express pour fonder Mediacités.

P-C : Pourquoi avoir fait le choix de se concentrer sur l’actualité locale ?

Comme je l’ai écrit plus haut parce qu’il y a, selon nous, un réel manque d’enquêtes en  dehors de Paris. J’ajoute aussi que depuis une trentaine d’années, la décentralisation a donné de plus en plus de pouvoirs à des institutions locales et que celles-ci sont peu confrontées à des médias d’investigation indépendants. Le phénomène mondial de métropolisation renforce aussi l’importance des villes comme Toulouse, Lyon, Lille… Mediacités est un media adapté à ce début du XXIe siècle où les métropoles montent en puissance.

P-C : Le concept de médiacités va-t-il s’étendre à d’autres villes ?

Depuis le 1er décembre, nous sommes présents à Lille. Au printemps 2017, nous lancerons Mediacités Lyon, Toulouse et Nantes. D’ici trois ou quatre ans, nous espérons être présents dans une dizaine de ville.

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Repenser la place du lecteur et la posture du journaliste

P-C : Combien de personnes travaillent aujourd’hui au sein de la rédaction de Mediacités ?

Nous sommes sept fondateurs multi-tâches. Nous travaillons aussi avec des journalistes pigistes installés dans les villes couvertes. C’est déjà le cas à Lille. Ce sera prochainement le cas à Lyon, Toulouse et Nantes. L’un des sept partage son temps entre Lille et Paris, un autre vit à Lyon.  Nous travaillons aussi avec un développeur, une personne qui nous accompagne dans le développement du projet, une autre sur le marketing, un illustrateur, etc.

P-C : J’ai vu qu’un forum allait être mis en place sur le site, y a-t-il une forte demande des lecteurs pour ce type d’espace communautaire ?

Tout à fait. Mediacités souhaite repenser la place du lecteur et par conséquent la posture du journaliste. Cela passe notamment par le fait de donner la parole à nos lecteurs dans cet espace qu’on a baptisé « Forum », en référence aux forums antiques où les citoyens débattaient. Il « ouvrira » très prochainement.

P-C : L’objectif du forum sera-t-il de débattre uniquement autour des sujets du site ?

Non. Il sera ouvert à tous les sujets.

P-C : Comment ce forum sera-t-il animé ? Bien que les sujets ne soient pas forcément en lien avec l’actualité et proposé par les internautes, y aura-t-il un journaliste qui sera présent afin d’animer le forum et de faire un travail de modération ?

Le Forum sera effectivement modéré par la rédaction de Mediacités. Dans un premier temps, ceux qui souhaitent publier une tribune dans cette partie nous envoient leurs textes par mail. Ils sont relus et si besoin on a un échange avec leurs auteurs. Dans tous les cas, nous avertissons les auteurs de la date de publication. Cela s’apparente aux pages « Opinions » ou « Idées » d’un quotidien papier.

Dans quelques temps, on développera sur le site un accès pour que les auteurs déposent directement leurs tribunes sur le site mais la rédaction gardera la décision de publier ou non le texte.

Pour le moment, on anime cette partie en sollicitant des associations ou des personnes pertinentes sur un sujet afin de participer au débat via une tribune. On le fait en rapport avec nos enquêtes publiées par ailleurs mais comme je te le disais ce ne sera pas forcément le cas à l’avenir.

Être indépendant est indispensable si on souhaite lutter contre la crise de confiance des citoyens à l’égard des médias

P-C : Pourquoi avoir fait le choix d’un modèle sans publicité et financé par les lecteurs ?

C’est le choix de l’indépendance. C’est aussi indispensable si on souhaite lutter contre la crise de confiance des citoyens à l’égard des médias. Nous avons auparavant travaillé pour une presse financée en partie par les annonceurs et nous avons observé (déploré) les conséquences que cela pouvait parfois avoir. Nous préférons dépendre de nos lecteurs. C’est aussi une façon de redonner de la valeur à la presse. De restaurer la confiance.

P-C : Dernièrement, d’autres médias indépendants ont fait le pari d’une presse en ligne sans publicité. Le modèle de financement grâce à la publicité vous semble-t-il dépassé ?

Aucun pure-player d’information gratuit n’a, à ma connaissance, réussi à se financer grâce à la publicité. Je ne sais pas si ce modèle est dépassé, en tout cas il ne semble pas efficace. Comme Les Jours ou Mediapart, Mediacités s’inscrit effectivement dans cette nouvelle génération de médias qui pense que les lecteurs sont prêts à redonner une valeur à l’information.

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P-C : Allez-vous vous développer sur d’autres médias (réseaux sociaux avec Snapchat, podcast, etc.) ?

Ce n’est pas encore à l’ordre du jour.

P-C : Quelles sont les prochaines étapes de développement de Mediacités ?

Le lancement au printemps à Lyon, Toulouse et Nantes. D’ici là, nous mènerons une campagne de financement participatif (en mars-avril). Ce sera l’occasion de montrer ce que nous avons déjà réalisé à Lille avant de nous implanter dans de nouvelles villes.


Mediacités suit donc cette tendance de médias indépendants qui souhaitent retourner à un journalisme d’investigation, avec un souci d’honnêteté et de transparence vis-à-vis de ses lecteurs. Bien entendu, l’information courte composée de brèves, de communiqués de l’AFP et financée par la publicité existera toujours et est tout aussi importante. Toutefois, les initiatives comme celles des Jours ou de Médiacités et cette innovation en matières d’offres et de contenu amènent un souffle nouveau à la presse car l’information a un coût et, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, le contenu sur Internet n’est pas gratuit.

Et vous, vous êtes plutôt investigation locale ou brèves nationales ? Allez, à dans 15 jours !


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Un commentaire

  1. Il pourrait y avoir du boulot avec l’agence web de l’Hôtel d’Angleterre…

    Vente xxx-xxxx suivi d’une leasing sur quatre années,
    délocalisation en Tunisie et Île Maurice,
    séminaire en régimes contestés (Maroc, Dubaï),
    ciblage des professions libérales de la médecine (pas le notaires, huissiers ou liquidateurs par exemple, bizarre…),
    procès par la DIRECCTE pour « contrat déséquilibrés' » avec conjointement deux financeurs en crédit-bail,
    démarchage téléphonique insistant (0366726536, 0357480310…),
    pas de charte éthique malgré des belles promesses…

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