[détox] Patrick Beja, animateur et producteur du podcast le RDV Tech

Le RDV Tech est un podcast incontournable de l’actualité Tech. Patrick Beja, producteur et animateur de l’émission, nous parle de son métier, de sa passion pour la tech et des médias.

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Le Rendez-vous Tech est le podcast tech francophone de référence dont l’objectif est de synthétiser et d’analyser toute l’actu tech, Internet et gadgets, pour livrer aux auditeurs un résumé simple et complet de tout ce qu’il faut retenir dans le domaine. Étant un fidèle auditeur de l’émission, j’ai contacté Patrick Beja pour qu’il en parle lui-même dans Presse-Citron, à l’occasion de ses 10 ans de podcasts.

>> Retrouvez nos précédents articles de la série [détox]

Résumer l’actualité dans un climat convivial

Bonjour Patrick et merci de nous accorder un peu de temps. Pour commencer et pour ceux qui ne connaîtraient pas le RDV Tech, peux-tu nous en toucher un mot ?

Le Rendez-vous Tech est un podcast bimensuel dans lequel nous résumons tout l’actualité tech du moment. J’en suis l’animateur et le producteur mais je reçois à chaque fois plusieurs invités, spécialistes dans leur domaine d’activité (startups, jeux vidéo, blogs tech, Youtube) et nous discutons de tout ce qui s’est passé dans l’écosystème tech pendant les deux dernières semaines. Les invités et moi-même analysons et donnons notre avis sur l’actualité tech du moment en expliquant par exemple les tenants et les aboutissants d’une décision stratégique, les problématiques des entreprises de la tech (en matière de lancement de produit ou de levées de fonds par exemple) et surtout en proposant un regard éclairé sur cet écosystème grâce aux différents points de vue d’intervenants passionnés.

L’objectif est vraiment de faire en sorte que les auditeurs n’aient pas besoin d’autres sources pour s’informer sur la tech et qu’ils finissent d’écouter l’émission en ayant appris quelque chose.

Animes-tu d’autres podcasts ?

Concernant les podcasts en français, j’anime et je produis le RDV Jeux, qui résume toutes les deux semaines l’actu du jeu vidéo, là aussi pour informer les fans sans qu’ils n’aient à lire les centaines de blogs et de news quotidienne, Positron, une émission dynamique (et potentiellement celle où on s’amuse le plus) de recommandation de livres, films, séries ou albums que les auditeurs ne connaissent peut-être pas, et enfin AppLoad, une émission où nous faisons découvrir de nouvelles Apps toujours plus pratiques, plus étonnantes et plus amusantes.

Pour les podcasts en anglais, j’anime et je produis Pixels, un autre podcast de jeux vidéo, et The Phileas Club, une émission dans laquelle j’invite chaque mois plusieurs personnes de différents pays avec qui j’échange sur l’actualité. Cela permet d’avoir une autre vision de l’actualité du moment et d’élargir les horizons et les idées que nous avons sur les différentes cultures.

Enfin, je suis aussi régulièrement invité dans d’autres émissions de podcasts.

Comment trouves-tu tes invités ?

Il y a plusieurs façons de trouver les invités : il peut s’agir d’amis, de personnes qui se proposent spontanément, d’auditeurs parfois, de personnes que je rencontre. Il n’y pas de règles, cela dépend des sujets que je veux aborder et aussi de la disponibilité de chacun.

« Il y a moins de distance avec les auditeurs dans un podcast que dans une émission de radio. »

Peux-tu nous parler de ton parcours et de ton métier de podcaster ?

J’ai commencé les podcasts avec une première émission sur le jeu World of Warcraft dont je suis un passionné. Le podcast s’appelait à l’époque Azeroth.fr et on a fêté ses 10 ans la semaine dernière avec une émission spéciale pour l’occasion.

J’ai animé des émissions en direct mais j’ai rapidement abandonné l’idée car je trouvais que ça n’apporte pas forcément un plus à l’émission. Les auditeurs qui écoutent en direct sont moins nombreux que ceux qui écoutent l’émission en replay et il y a plus de contraintes en direct (son, connexion, etc.).

Quelle est la principale différence entre la radio et le podcast ?

Je dirais que la principale différence est que le podcast permet de casser la distance qui existe souvent entre un animateur et ses invités ou ses auditeurs. Pour prendre un exemple concret, la plupart des animateurs vouvoient les différents intervenants lors d’une émission alors qu’ils se tutoient une fois l’émission terminée.

Dans les podcasts que j’anime, j’essaie d’avoir un ton plus léger, proche des invités et des auditeurs, et donc de casser cette distance qui existe à la radio. L’objectif est qu’ils aient l’impression d’écouter leurs amis parler.

D’ailleurs, j’ai une anecdote plutôt amusante à ce sujet. Il y a quelque temps, j’ai rencontré un autre podcaster lors d’un événement. J’écoute très souvent ces émissions et inversement. On a commencé à discuter et au fur et à mesure on s’est rendus compte que c’était la première fois qu’on se voyait, alors qu’on avait l’impression de se connaître depuis longtemps.

C’est aussi ça l’objectif d’un podcast, renforcer la relation avec les auditeurs. D’où mon choix de privilégier les podcasts à la radio.

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Préparation, veille et passion (non, il ne s’agit d’une nouvelle série américaine)

Comment prépares-tu tes podcasts ?

J’effectue pas mal de veille avant de préparer les podcasts. Je consulte de nombreux flux rss et me sers aussi de Twitter. Concernant la mise en place du podcast, c’est assez simple car nous parlons avant tout de sujets qui nous passionnent et que nous couvrons depuis plusieurs années. C’est assez différent d’un journaliste qui va par exemple faire un reportage sur un sujet donné qu’il ne maîtrise pas forcément et doit effectuer un gros travail de recherche et de préparation. L’avantage des podcasts est qu’ils regroupent des spécialistes qui ont moins besoin de préparation. Même s’il m’est arrivé de préparer de façon méticuleuse certaines émissions importantes.

Comment détermines-tu le temps que tu vas accorder aux différents sujets abordés ?

Il y a d’un côté un travail d’éditorialiste, je veux proposer aux auditeurs un vrai résumé qui suffise pour savoir ce qu’il s’est passé d’important et je sélectionne donc les sujets importants, tout en me limitant à deux ou trois sujets principaux, et d’un autre côté c’est une question d’alchimie avec les invités qui peuvent avoir envie de développer un de ces sujets. Les actualités moins importantes trouvent leur place dans la dernière partie de l’émission et sont un peu moins creusés.

« Intéresser à la fois ceux qui connaissent les sujets et les nouveaux venus. »

Donnes-tu des indications à tes invités, comment rester technique mais grand public ?

Chaque podcaster a sa ligne éditoriale. la difficulté est de trouver un bon équilibre entre technique et grand public. L’objectif, et la difficulté, c’est d’être suffisamment intéressant pour intéresser ceux qui connaissent bien les sujets qu’on aborde mais aussi employer des termes compréhensibles pour ne pas perdre les nouveaux venus. Mon travail consiste à faire la liaison entre l’expertise des invités et les auditeurs. Bien souvent, j’ai des invités qui emploient des termes complexes que j’interromps quelques secondes pour expliquer ces termes.

Je prends aussi le temps, avant de donner la parole aux invités, de bien expliquer le sujet, son contexte, voire de faire un rapide historique. Je parle beaucoup, tu as dû t’en rendre compte, mais c’est parce que je tiens à ce que tout soit très clair.

Comment donner un ton différent à chacun de tes podcasts ?

Par rapport au RDV Tech ou au RDV Jeux, j’essaie de rester sérieux car je veux que les auditeurs aient fini d’écouter un podcast en ayant appris quelque chose et que j’ai des invités qui changent régulièrement. Sur Appload ou Positron, peut-être plus encore sur ce dernier, il y a toujours les mêmes invités donc on se permet d’adopter un ton beaucoup plus léger. En fait, ces deux podcasts sont surtout une très bonne raison de se retrouver et de s’amuser ensemble.

Récemment, on a vu sur de nombreux blogs des dizaines d’articles sur le Samsung Galaxy Note 7. Ces articles permettent de générer du trafic et il est important pour les blogs de publier plusieurs news dessus. De ton côté, comment gères-tu ce type d’actualité ?

Les problématiques d’audience sont et le modèle d’affaire sont différents entre les podcasts et les blogs. Pour les blogs, l’appel aux clics est important et ils doivent donc publier plusieurs petits articles sur le sujet, ils sont davantage dans l’instantanéité.

Sur le RDV Tech, nous avons 15 jours d’actualité tech à reprendre et analyser, donc il est évident qu’on parle de Samsung même si ce ne sera pas le sujet principal. On essaie surtout de parler des conséquences de cette histoire pour le constructeur en restant dans l’analyse. Ce qui leur est arrivé est dommage car le produit est bon, qu’ils ont rapidement fait le nécessaire pour rappeler les produits défectueux et que c’est arrivé une semaine avant l’annonce de l’iPhone 7 par Apple.

Une fois enregistrée, passes-tu par la case montage ou publies-tu ton émission « telle quelle » ?

À une époque, je faisais un gros travail de montage mais maintenant avec l’expérience j’arrive à mener une émission de bout en bout, elle ne nécessite donc pas de montage. Ça me permet de publier très rapidement, l’émission est généralement en ligne une demi-heure après l’enregistrement, ce qui est assez rare dans les podcasts.

C’est aussi un gain de temps que je consacre à faire d’autres émissions et une question d’allocation de ressources. Je me concentre sur ce qui apporte le plus de bénéfices au produit et aux auditeurs.

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Financement participatif ou publicité ?

Comment finances-tu ton émission ? Est-ce volontaire de ne pas inclure de publicités ?

J’avais essayé de placer de la publicité dans l’émission il y a quelques années mais le concept ne prenait pas. Depuis un peu plus de deux ans, je me suis lancé dans les crowdfunding récurrent, ce qui signifie que je cherche à attirer des gens qui seraient prêts à payer pour écouter l’émission alors que c’est gratuit. Ce serait donc malvenu de demander aux auditeurs de me financer et en parallèle de mettre de la publicité dans l’émission.

« Il n’est pas nécessaire de vouloir transformer chaque lecteur ou auditeur en abonné. »

Le crowdfunding est-il plus efficace que la publicité ?

Ce sont deux manières différentes de fonctionner. Très concrètement, la publicité ne disparaîtra jamais mais le modèle s’essouffle dans la mesure où il faut beaucoup de visiteurs pour toucher un petit revenu lié à la publicité. Et pour avoir beaucoup de visiteurs, il faut publier beaucoup d’articles donc c’est plus difficile de faire des articles de fond. Mais je ne critique pas les blogs, loin de là. Au contraire, je pense qu’il est très important d’avoir le choix et l’accès à différents types de médias. D’ailleurs, j’ai besoin des blogs pour pouvoir faire mon émission.

Par rapport au crowdfunding et aux podcasts, on en revient à ce que je disais au début de l’entretien quand j’expliquais qu’il y avait une relation de proximité avec les auditeurs. Au final, ils aiment l’émission, se sentent proches de nous et ont envie de nous soutenir. C’est aussi le fait de proposer un concept un peu différent qui fait que les gens adhèrent : si on propose le même contenu que la concurrence mais qu’on le fait payer, les gens vont aller ailleurs. Si on fait quelque chose de différent, les gens sont prêt à payer pour avoir de la qualité. Il faut convaincre les auditeurs qu’ils ont un vrai intérêt à investir dans l’émission. Ce que vont donner les gens, ça va être de l’ordre de 1 ou 2€ par mois, soit le prix d’un café. En contrepartie, il faut une volonté de la part de l’éditeur ou de l’animateur de ne pas se lancer dans les publicités et les articles sans valeur ajoutée, sinon ceux qui nous soutiennent arrêteront de le faire.

Évidemment, tout le monde n’est pas prêt à payer, mais on n’a pas non plus forcément besoin de transformer chaque lecteur ou auditeur en abonné. Un auditeur qui soutient un concept à hauteur de 2€/mois peut rapporter autant que les milliers de lecteurs gratuits qui lisent des articles et cliquent une fois de temps en temps sur les liens publicitaires.

Je ne suis pas forcément d’accord avec le fait que tout doit être gratuit. Je pense que c’est trop facile de dire que les gens ne veulent pas payer, c’est aussi une question d’éducation, d’habitude et d’offre. Par exemple, et contrairement à ce qu’on pourrait croire, le don et les campagnes de crowfunding fonctionnent beaucoup mieux aux États-Unis qu’en Europe. C’est une question de mentalité. 

À ton avis, le podcast ne risque-t-il pas, s’il continue de se démocratiser, de devenir comme les blogs et de perdre ce côté investigation pour ne plus produire que des actualités rapides ?

La différence principale entre la pub et le modèle payant, c’est que les gens payent pour la qualité. Si beaucoup de petits podcasts se créent et ne proposent du contenu de qualité, il n’y a pas forcément de risque. En revanche, s’ils proposent des émissions de qualité, ce sera à moi de m’adapter et de convaincre les auditeurs de continuer à me faire confiance..

Paradoxalement, et c’est une anomalie d’ailleurs dans le secteur de la tech, les podcasts n’ont pas explosé d’un coup et ne sont pas effondrés d’un coup. Cela reste encore assez confidentiel.

Par contre, on pourrait avoir une forte augmentation de podcasters qui demandent de l’argent et font des émissions de qualité. Aujourd’hui, je vis grâce à la générosité d’un millier d’auditeurs, et je ne pense pas qu’il n’y a que 1000 personnes prêtes à donner de l’argent pour écouter des bons podcasts. Du coup, il y vraiment de la place pour tout le monde.

Merci à Patrick pour cet entretien très intéressant. De mon côté, je vous encourage à écouter un de ces podcasts pour vous faire une idée et avoir, vous aussi, l’impression de le connaître comme si vous l’aviez vu ! Au fait, vous pensez qu’il est possible de soutenir un podcast à hauteur de 2€/mois tout en continuant de boire du café ? Allez, à dans 15 jours !


Patrick Beja, animateur et producteur du podcast le RDV Tech"]

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