[détox] Podcast, pop culture et stratégies de médias numériques

Nouvelle incursion dans l’univers des comics et des podcasts, ce format qui séduit encore les audiences, les auteurs et les annonceurs.

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Un peu d’histoire

Avant d’entrer dans le vif du sujet, petit retour en arrière : avant l’ère du numérique, la radio était considérée à juste titre comme LE média de l’immédiateté. Puis, tout comme ses homologues de la presse papier et de la télévision, elle a dû se réinventer et sortir de son aspect éphémère pour attirer un nouveau public tout en profitant de l’aspect replay que le web a rendu possible.

Le podcast est donc un pur produit numérique, existant depuis 2005 mais dont le succès a été en grande partie rendu possible par Apple. En facilitant la réécoute d’émissions, les podcasts ont libéré les auditeurs des contraintes horaires et créé une nouvelle offre jusqu’ici inimaginable pour les émissions de radio : les abonnements. Il y avait donc ici une nouvelle façon de fidéliser les auditeurs et un nouveau moyen d’atteindre ceux qui n’avaient pas forcément l’occasion d’écouter les matinales ou les chroniques de milieu de journée.

Devenu très populaire aux États-Unis avec 46 millions d’auditeurs qui écoutent en moyenne 5 podcasts par semaine (source : The Podcast Consumer 2015), le podcast a aussi trouvé son public en France puisqu’on compte aujourd’hui 7 millions d’internautes uniques par mois et pas loin d’un million de podcasts écoutés chaque jour selon Médiamétrie.

Cibler une communauté d’auditeurs

L’avantage du podcast est qu’il est relativement simple à réaliser : un smartphone, un ordinateur et quelques personnes passionnées qui vont débattre autour d’un sujet précis, nous distraire ou nous apprendre quelque chose. Le podcast peut donc être écouté par n’importe qui et produit par n’importe qui. Une personne sans expérience peut se lancer dans l’aventure, animer sa propre émission et offrir un contenu qui n’est pas filtré ni interrompu par de la publicité. C’est tout ce qui fait le charme du podcast : chacun peut donner de la voix. En fonction du budget ou du temps alloué, il peut aussi être réalisé de façon professionnelle avec des rubriques distinctes, des jingles, des invités puis mis à disposition sur des plateformes d’hébergement comme Stitcher, Spreaker ou encore Deezer ou Spotify. Mais sa simplicité permet aussi

Grâce à son format 100% numérique, le podcast se détache de certaines contraintes comme les sujets abordés, la durée ou le ton qui sont liés à la radio classique et peut être un formidable outil complémentaire à un autre média comme un blog ou un site d’actualité. Il peut être analysé de façon plus précise (temps d’écoute moyen, plateforme utilisée, heures d’écoute) et doit désormais faire partie de la stratégie globale des médias.

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Le Popcast : podcast et pop culture

Je vous avais dit en introduction que nous gardions un pied dans l’univers des comics, aussi je vous propose d’approfondir le sujet des podcasts et de leur utilisation dans le cadre d’une stratégie de média numérique globale en prenant comme exemple le réseau ARTS, dont nous avions parlé lors du précédent numéro de [détox]. Pour cela, j’ai eu le plaisir d’échanger avec Republ33k du site Comicsblog avec qui nous avons parlé de stratégie, de passion et de podcasts.

Salut Republ33k et merci d’avoir accepté de passer un peu de temps pour répondre à mes questions. Avant d’entrer dans le vif du sujet et de parler des podcasts, peux-tu nous présenter brièvement Comicsblog et les sites du réseau ARTS.

Comicsblog existe depuis plus de cinq ans. Le réseau ARTS, lui, a un peu plus de deux ans. Il est né de la professionnalisation de Comicsblog et de l’ouverture de nos deux autres sites, SyFantasy et 9èmeArt. Le réseau se veut engagé du côté de l’éthique journalistique (nous refusons par exemple les titres racoleurs, le publi-rédactionnel et bien d’autres pratiques) et des cultures de l’imaginaire, de la BD, du comics. Toutes les semaines, nous faisons ainsi le tri dans les sorties et l’actu, pour démêler le vrai du faux, le bon du mauvais. En espérant que notre sincérité soit un vrai plus pour nos lecteurs.

Pourquoi avoir choisi de professionnaliser Comicsblog ? Quels en sont les avantages et les inconvénients ?

Les trois sites sont professionnels. Sullivan, fondateur et rédacteur en chef du réseau ARTS, a choisi de professionnaliser son activité pour la simple et bonne raison que le site fonctionnait, et qu’il est bon de vivre de sa passion. Nous avons des œuvres et une vision à défendre. Le faire professionnellement, c’est s’assurer plus de légitimité, plus de moyens, de reconnaissance. C’est aussi grandir, tout simplement, même si des sites très importants en termes de contenus ou de visites ne sont pas à proprement parler professionnels. Après il y a effectivement des inconvénients. Outre ceux d’avoir et de mener une entreprise en France, on peut par exemple remarquer la réaction du public et de nos lecteurs quant à notre statut de professionnel : dans l’imaginaire collectif, professionnel veut dire moins passionné, moins fou, plus carré, plus aseptisé. Et ça c’est vraiment dommage.

Qu’est-ce qui a amené l’équipe de Comicsblog de faire ce que j’appellerais un média complet, avec des articles, des podcasts et des vidéos plutôt que de faire un blog classique ?

Deux choses je pense. La fameuse éthique journalistique nous donne tous les jours envie d’être au niveau des plus grands. Et les plus grands parlent sur tous les formats. C’est donc une question de crédibilité, mais aussi de modernité, je crois. Les médias ont évolué et on ne peut plus se contenter de l’écrit pour parler, pour diffuser. Enfin, il y a aussi un facteur variété pour nous. C’est toujours amusant de passer d’un canal à l’autre !

Face au succès des adaptations de super-héros au cinéma, de nombreux blogs sur les comics comment à voir le jour. Comment faire pour se distinguer ?

Excellente question. Honnêtement, je ne saurais le dire. Nous avons commencé tout en bas de l’échelle. Je pense que ces nouveaux blogs ou sites sont à juger par rapport à leur passion, leur réactivité, le message qu’ils essaient de défendre. Plus qu’à leur exactitude sur les comics en eux-même, par exemple. Presque un siècle d’histoire rend l’arrivée dans ce milieu difficile. Le mieux reste encore de trouver une adresse dans laquelle on sent la dévotion des auteurs pour le média, et un vrai plus, que se soit un angle de vue bien précis, une exhaustivité sur les sorties, etc..

Pourquoi ne pas avoir regroupé sous un seul site Comicsblog, 9èmeArt et SyFantasy ?

Diviser pour mieux régner, tout simplement. Je pense que les réunir aurait noyé à la fois l’information et la façon dont nous la traitons. Notamment pour 9èmeArt, qui ne traite pas des mêmes sujets, et pas de la même manière. Nous nous adressons à des publics différents aussi. Dans un monde parallèle, SyFantasy et Comicsblog pourraient éventuellement être un seul et même site, puisqu’ils sont plus compatibles en termes de ton et de sujets. Mais je crois vraiment que la spécialisation des trois sites, chapeautée par notre « patte », offre à notre public une lecture plus confortable !

Comment doser la publication d’articles entre brèves (par exemple, un article dévoilant les dernières photos de Captain America Civil War) et articles plus complets (éditos ou interview d’artistes) ?

C’est un sujet très compliqué, et justement nous sommes en train d’y réfléchir pour la future version de Comicsblog. C’est une question d’ergonomie et de développement web avant tout. Ensuite, c’est à nous, journalistes, de soutenir certains articles et de connaître ceux qui peuvent vivre seuls. En utilisant nos réseaux personnels par exemple.

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Parlons à présent des podcasts : comment se préparent-ils ? Y a-t-il une discussion avant sur les sujets à aborder ou une trame à respecter ? On a plutôt l’impression qu’il s’agit d’une discussion entre potes enregistrée, ce que personnellement je trouve très chouette car cela change des chroniques plus classiques.

C’est exactement ça. Il n’y a que très peu de préparation, au final. Juste ce qu’il faut : un programme qui trie les sorties et les actus, et puis quelques notes sur nos carnets avec les informations à ne pas louper comme le nom des acteurs, la date de sortie, etc.. L’ambiance fait le reste !

Dans le cadre d’une sortie de film, pourquoi faire un podcast et un article review ? Est-ce que les deux ne se marchent pas un peu dessus ?

Non pas tellement. Ils sont complémentaires. Dans leur utilisation déjà – certains lecteurs préféreront écouter un long podcast que de lire une longue critique – et dans ce qu’ils développent aussi. Les podcasts compilent plusieurs avis, peuvent revenir dans le détail – bien plus qu’une critique – et épouser ce format « discussion en sortie de salles » qui est si cher au cinéphile !

Nous avons bâti une solide communauté à l’audio, qui est sans doute celle qui nous connaît le mieux, et qui apprécie ce lien privilégié – mais accessible à tous – avec la rédac’.

Est-ce que le podcast apporte une vraie plus-value au blog ? La fréquentation des sites augmente-t-elle les jours de publication du Popcast ?

Je ne pense pas que la fréquentation des sites augmente sensiblement grâce aux podcasts, si ce n’est le Wookie Leaks, notre podcast spécial Star Wars, qui semble soutenir SyFantasy. Bien plus que nous nous y attendions en tous cas ! Mais nous avons bâti une solide communauté à l’audio, qui est sans doute celle qui nous connaît le mieux, et qui apprécie ce lien privilégié – mais accessible à tous – avec la rédac’. C’est là le véritable avantage des podcasts, ils ont tendance à couper les barrières entre le public et nous. Leur côté franc et direct, la fameuse « discussion entre potes », apporte beaucoup aux sites.

Est-il possible de monétiser un podcast, ou de le rentabiliser ? Sachant qu’il n’y a pas de publicité dessus et que c’est un média qui est finalement plus lourd à mettre en place que les articles de blog.

Oui c’est possible. Nous choisissons de ne pas le faire. Mais des podcasteurs connus comme Kevin Smith nous prouvent que c’est faisable voire rentable quand on a une grosse audience. Il suffit de s’associer à des marques pour du sponsoring ou diffuser de la pub entre deux rubriques, par exemple.

Le réseau ARTS propose des abonnements Premium. Sont-ils boostés par le fait que certains podcast bénéficient d’une exclusivité temporaire pour les abonnés ? La notion d’exclusivité est-elle importante pour les auditeurs/lecteurs ?

Je pense que cette notion est relativement importante, oui. Le lien entre le Premium et le podcast est assez étroit, puisque dans les deux cas, on parle d’une initiative qui cherche à nous rapprocher de nos lecteurs. Avant d’écrire pour Comicsblog, je les lisais tous les jours et j’aurais tout donné pour avoir ma dose d’audio avec un peu d’avance !

Comment préparer un podcast lorsqu’il n’y a pas d’actualité marquante ?

On a parfois recours à un format plus débat, avec un grand thème plutôt qu’une liste d’actualités marquante. Mais la meilleure solution reste encore de s’abstenir en attendant plus d’actu, tout en réinvestissant le temps gagné dans un autre podcast ou d’autres articles. Cette semaine par exemple, nous avons choisi de nous concentrer sur Star Wars et Civil War plutôt que de nous lancer dans un Popcast trop chiche !

Donc vous vous abstenez de faire des podcasts en attendant plus d’actus, mais n’y a-t-il pas un risque de décevoir les habitués. Comment réagissent-ils lorsqu’ils doivent attendre deux semaines pour écouter un nouvel épisode au lieu d’une seule habituellement ?

J’imagine que ne pas avoir de podcast à écouter pendant quinze jours peut être pénible pour nos habitués. C’est même certain. D’autant plus que nos auditeurs sont parmi nos lecteurs les plus fidèles. Maintenant, oui, c’est arrivé. Mais les gens l’ont toujours compris. Et récemment, avec les sorties de gros films ou l’actualité Star Wars, qui ont le droit à leur podcasts attitrés, on arrive à jongler. On peut par exemple sauter un Popcast si on sait que l’actu est trop faible et qu’on a déjà enregistré trois heures de contenu sur Star Wars ou Civil War, au hasard. On essaie toujours de troquer notre absence contre un lot de compensation !

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Sur Presse-Citron, on a déja parlé de slow média, ces sites qui ne traitent pas forcément de l’actualité brûlante mais prennent le temps d’analyser et d’offrir une expérience de lecture un peu différente, plus calme. Sur certains articles, notamment les éditos, vous vous en rapprochez un peu. Penses-tu que ce format peut s’adapter aux médias spécialisés comme les sites de comics ou de cinéma ?

Oui ça s’en rapproche un peu. Et oui je pense que ça peut s’y adapter. Mais hélas, on vit dans l’ère du temps court, et les éditos qui fonctionnent le mieux restent ceux qui surfent sur un minimum d’actu. Maintenant, des sites comme Film School Rejects et dans une moindre mesure Birth.Movies.Death, que j’adore, semblent arriver à jongler entre les deux pratiques, avec toujours une réactivité sur l’actu, qui amène un trafic, et suffisamment de papiers « hors du temps » sur le site pour capter l’attention de lecteurs moins pressés ou plus passionnés. Je suis par exemple fan de Michael Mann, et si le bonhomme n’a pas d’actu mais qu’un site sur lequel je cherches des news à un dossier sur lui au moment où je débarque, je vais lire ça direct.

Je pense que ça peut s’adapter à tous les sujets. Maintenant est-ce que ça fonctionne, c’est une autre question…

Penses-tu qu’aujourd’hui il est indispensable de définir une stratégie globale pour lancer un nouveau média : podcast, vidéos, articles longs, brèves, ou peut-on encore se contenter seulement d’articles de brèves ?

En fan de jeux de stratégie et diplômé d’école de commerce, je te dirais qu’avoir un plan, une stratégie, c’est toujours important. Mais aucun plan ne résiste au contact de l’ennemi, disait Patton (je crois). Moralité, avoir une stratégie, c’est bien, mais il faut aussi s’armer de souplesse, de réactivité et surtout connaître son terrain, son milieu. Je ne pense pas qu’on aie une stratégie très clairement définie aujourd’hui, par exemple. Mais on a des projets, des passions et une vision. Aucune stratégie, même la plus précise et bien définie possible, ne remplacera jamais ça.

On va terminer sur une remarque un peu plus fun. La communauté de Comicsblog te charrie pas mal par rapport à la note que tu as attribué à Avengers : Age of Ultron et un badge sur le sujet a même été disponible sur les salons auxquels vous participez. Moi-même, je me demande cment on peut mettre 4,5/5 à ce film et surtout comment se procurer le badge :-).

J’ai une certaine sympathie pour ce film. Encore aujourd’hui. Je n’aime pas le premier Avengers. À mon sens, les gens l’aiment seulement parce que c’était le premier à faire ce qu’il a fait. Mais il faut aussi prendre en compte comment il l’a fait. En l’occurrence, je trouve la réalisation du premier assez catastrophique et l’écriture très série TV. À ce titre, je trouve que le côté over the top du second est bien plus cohérent. Tenu sur toute la ligne. Assumé. Après tout, c’est un film Avengers, ça doit être bigger than life. Ca n’empêche pas Whedon de tenter quelques trucs plus originaux ou intimes aussi. Je trouve que par rapport au cahier des charges, il n’a pas fait un truc si nul que ça. Il y a des scènes inutiles ou trop cutées, mais globalement, je le trouve assez honnête avec lui-même. Pour le badge, il faudra passer à la rédac’ ou nous croiser sur un salon ! Il sera gratuit, pour toi !

Sources images : Visual Hunt et captures d’écran du site WeAreArts.


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