[détox] Slow Media : le média qui prend le temps d’informer 

Après avoir été appliqué à différents domaines comme la gastronomie, l’architecture, les mode de vie ou encore les arts, le concept de slow atteint peu à peu les médias. Explications.

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Nous inaugurons aujourd’hui une nouvelle rubrique. Intitulée “Détox : comprendre la mutation numérique dans les médias”, cette série d’articles qui seront publiés un vendredi sur deux à 15h (de la lecture pour le weekend) tentera de décrypter, comprendre et expliquer l’impact d’internet et du mobile dans l’évolution de l’information et des médias. C’est Clément, rédacteur sur Presse-citron depuis quelques années et très en veille sur ces sujets, qui s’y colle.

Internet a changé notre façon de lire et de consommer l’information. Plus rapide, plus diffus, ce flux d’actualité continu peut toutefois s’avérer lassant, voire fatiguant. En complément de la lecture de nouvelles brèves, le slow média ou article long format propose une consommation d’actualité calme et reposante.

Les mêmes codes, une autre utilisation

Le lecteur est volatile dit-on. Saturé de mots, pendant et en dehors de son travail, il en lit moins de 30% sur une page Internet, “scrolle”, consulte plusieurs sites en même temps et parcourt les articles en diagonal. Bref, il est inattentif et comme pour la télévision, il zappe sans arrêt. Pour le retenir, l’image et la vidéo apparaissent comme la solution : elles permettent de couper l’article, de capter l’attention du lecteur lorsqu’il parcourt l’article et donnent envie d’en savoir plus. Cette révolution dans la découverte d’articles a été due en grande partie due aux écrans qui diminuent notre vitesse de lecture et aux formats des sites d’actualité qui proposent des billets en continu et un flux d’information non-stop.

À l’opposé, ou plutôt en complément de ce mode de consommation de l’information, le slow media ou long format tente de se démarquer et de sortir de ce mode de consommation de flux d’informations. Cette méthode journalistique se distingue des sites d’actualité classiques par son côté désintoxication qualitative du numérique et par le fait que les sujets abordés sont des articles au long cours sortis de l’actualité. Le lecteur prend le temps de lire un article et à rester concentré, sans aucune distraction. L’objectif de ces articles n’est pas de pousser l’internaute à cliquer sur des liens internes ou des bannières de publicité.

Le slow media est aussi un moyen de proposer un article, un reportage qui ne reprend pas une actualité déjà traité chez la concurrence. Les délais d’édition, plus longs, permettent ainsi au journaliste d’investiguer et de rédiger des articles différents qui pourront difficilement être repris sur un autre site. Le système de “curation” d’actualité a donc difficilement sa place dans ces sites d’information.

L’information n’est pas gratuite

Toutefois, ce format n’est pas un retour en arrière. Il utilise les mêmes codes que les articles de brève : titres de section, citations, images, vidéos HD, etc.. Ces sites bénéficient d’un design de qualité pour proposer une expérience de lecture qui vise la perfection. En effet, les articles sont construits, racontent une histoire, développent des opinions que le lecteur ne peut pas lire de façon désinvolte ou en diagonale. La rédaction doit répondre à des normes de qualité élevées, l’auteur donner un point de vue, échanger avec ses électeurs ou mener des enquêtes de terrain sur plusieurs semaines, mois ou années.

Pour faire un parallèle, j’utiliserai l’exemple du fast food et du slow food. Attention, il n’y a pas de jugement de valeur, je pense qu’on prend un plaisir différent à aller manger rapidement un hamburger qu’à prendre le temps de déguster de fines spécialités culinaires. Tout dépend du temps et du budget, car tout comme la nourriture, l’information n’est pas gratuite.

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Attention à l’overdose !

Le freemium appliqué au journalisme

Si vous êtes un lecteur assidu de Presse-Citron, et je sais que vous l’êtes, vous avez sûrement vu passer l’article sur Brief.me. Cette newsletter quotidienne propose un abonnement mensuel ou annuel pour recevoir l’essentiel de l’information dans sa boîte e-mail tous les jours. Cette formule d’abonnement est la plus utilisée par les éditeurs de slow media. Elle s’accompagne généralement d’une période d’essai pour déterminer si le média convient bien à l’internaute. L’autre modèle de revenu est basée sur le freemium.

Les articles peuvent ainsi se consommer soit à l’unité soit par abonnement. Mais pour attirer le lecteur, il est nécessaire qu’une partie de l’offre soit gratuite. La formule freemium permet au lecteur de lire le début d’un article pour en apprécier le style rédactionnel, le déroulement de l’histoire et la mise en page. Libre à lui par la suite de s’abonner pour avoir accès à l’ensemble des articles ou à payer pour continuer de lire l’article en cours.

Pour le journaliste, cette formule nécessite d’un véritable travail d’écriture : il faut donner envie au lecteur de poursuivre la lecture en donnant suffisamment d’informations tout en gardant de nombreux éléments-clés de l’article pour continuer le storytelling. Mais comment savoir quel contenu reste à débloquer ? Pour donner une idée d’avancement à l’internaute (et potentiel abonné), les sites de slow media proposent soit un sommaire en début d’article, comme le fait le site Ulyces, soit un était d’avancement, comme le propose le Quatre Heures.

Concernant le coût d’un abonnement, il dépasse rarement les 5€/mois et s’approche davantage des 3€/mois si le lecteur opte pour le paiement annuel. Ce faible coût est rendu possible par l’absence de communication et de campagne marketing de la part de ces médias qui choisissent le bouche-à-oreilles pour se faire connaître.

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Un café et un article de format magazine pour commencer la journée ?

Quels lecteurs, quels journalistes ?

Le slow media a une cible différentes des sites d’actualité. Il vise bien souvent un lectorat plus exigeant quant à la profondeur du contenu ou du style rédactionnel, souvent représenté par des journalistes, des étudiants, des enseignants ou des professionnels intéressés par un sujet précis. Il s’agit d’un public plus restreint généralement attiré ou déjà bien renseigné sur les sujets abordés par les sites d’articles long format.

Les lecteurs sont des adeptes de la lenteur et du plaisir de lire mais ne rejettent pas la technologie ou la modernité. S’ils lisent également des articles de journalistes dits « de bureau », ils souhaitent aussi qu’Internet propose du journalisme d’enquête. On peut y voir un côté collectionneur, dans la même veine de ceux qui conservaient leurs magazines des Inrocks pour leurs couvertures ou leurs enquêtes. Ils recherchent aussi une certaine déconnexion et ne veulent pas être victimes de l’instantanéité. Ces articles sont un moyen de se poser, de réfléchir au contenu après la lecture puis d’y revenir. Dans le slow media, les nouveaux articles ne remplacent pas les précédents, ils les complètent ou abordent d’autres sujets.

Ces médias ne vont pourtant pas à l’encontre des médias traditionnels ou médias web. Considérés comme progressistes, ils sont aussi présents sur les réseaux sociaux, proposent des newsletters, échangent avec leurs lecteurs. Cette forme de journalisme constitue une sorte de fantasme chez les professionnels de l’information par son côté conservateur, un retour au journalisme à l’ancienne mono-tâche et davantage fait d’investigations, d’interviews et d’écriture.

Il ne faut cependant pas voir une dichotomie du bon et du mauvais journalisme. Comme le parallèle fait tout à l’heure avec le fast food, les deux sont tout autant appréciables et peuvent tout à fait cohabiter. Je pense qu’il est important de s’intéresser aux deux formats, certaines actualités n’ayant pas forcément besoin d’être déroulées et analysées quand d’autres méritent qu’on s’y penche un peu plus. La preuve avec des médias historiques tels que le journal L’Équipe qui propose un mélange des deux sur son site internet : des brèves d’actualité mais aussi des sujets davantage creusés. Ces derniers sont d’ailleurs soumis aux mêmes règles économiques que celles évoquées précédemment : consommation à l’unité ou abonnement mensuel pour avoir accès à la totalité des articles.

Aujourd’hui, j’ai pris le temps d’expliquer dans les grandes lignes le concept de slow média. Je vous propose de faire quelques zooms sur les principaux acteurs du secteur en France dans les prochains jours.

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