[détox] Youtube et la vulgarisation de la culture

Comment le savoir se propage-t-il sur YouTube et quels sont les codes pour partager les connaissances et diffuser la culture ?

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YouTube s’est imposĂ© comme un acteur incontournable du partage de vidĂ©os. Vimeo ne vise pas forcĂ©ment le grand public et si Facebook compte bien concurrencer l’entreprise de Google sur son propre terrain de jeu, cette derniĂšre reste quand mĂȘme la rĂ©fĂ©rence pour le partage de vidĂ©os. Tout comme la tĂ©lĂ©vision Ă  son Ă©poque (oui je sais, le mĂ©dia n’a pas encore dit son dernier mot), les YouTubeurs sont-ils les nouveau acteurs du partage culturel ?

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Ce que YouTube apporte au monde

YouTube est un acteur incontournable du partage de vidĂ©o. Bien plus mainstream que son concurrent Vimeo, la plateforme d’hĂ©bergement rachetĂ©e par Google en 2006 pour 1 650 000 000 $ est un formidable bric-Ă -brac de vidĂ©os en tous genres : musique (clips, reprises acoustiques, live), humour (sketch, vidĂ©os amateurs), vidĂ©os parfois violentes, tĂ©moignages d’un contexte social, archives culturelles ou encore tout simplement diaporamas de photos sur fond musical (presque) Ă©mouvant.

YouTube a Ă©galement profitĂ© de la transformation numĂ©rique du domaine de la musique et de ses nouveaux business model en devenant un canal de choix pour l’écoute de musique en ligne, voire le tĂ©lĂ©chargement illĂ©gal de morceaux grĂące Ă  des sites permettant de convertir des vidĂ©os en mp3. Alors que pour la premiĂšre fois, au mois d’octobre 2016, l’Internet mobile a dĂ©passĂ© l’Internet fixe dans le monde et que la 4G s’impose de plus en plus, l’écoute en streaming de musique sur YouTube se pose en vĂ©ritable concurrent des Spotify, Deezer et autres SoundCloud. Mais c’est un sujet que nous traiterons dans un prochain article !

Si la musique tient une place de choix sur YouTube, qu’en est-il du savoir et de la culture ? Comment la plateforme est-elle utilisĂ©e pour le partage des connaissances ? Car s’il est incontestable que YouTube peut ĂȘtre une source de savoir, la normalisation des vidĂ©os mises en ligne par les YouTubeurs (rythme rapide, durĂ©e de la vidĂ©o, coupures humoristiques) tend parfois Ă  homogĂ©nĂ©iser le fond et la forme des contenus proposĂ©s sur la plateforme.

Quelle place pour la culture au milieu de tout ?

L’excellente Ă©mission l’Atelier des MĂ©dias s’est penchĂ©e sur la question “La vulgarisation des savoirs est-elle compatible avec YouTube ?”. Si dans cette rubrique nous avons eu l’occasion de discuter avec quelques YouTubeurs, comme Hugo Travers ou Mr Hyanda, qui partagent leurs connaissances et leur passion via la plateforme de Google, j’ai trouvĂ© intĂ©ressant de replonger une nouvelle fois dans ce sujet.

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Manon par d’histoire autrement sur sa chaĂźne YouTube « C’est une autre histoire ».

PremiĂšre Ă  prendre la parole au sein de l’émission, Manon Bril, de la chaĂźne «C’est une autre histoire». Doctorante en histoire et jeune YouTubeuse toulousaine, elle a dĂ©cidĂ© de partager ses savoirs en proposant des vidĂ©os dĂ©calĂ©es traitant de sujets historiques et culturels sur sa chaĂźne YouTube. Tout comme Hugo Travers, qui souhaitait s’adresser Ă  un public jeune et dĂ©crypter la politique, Manon s’adresse Ă  un large public en traitant diffĂ©rents thĂšmes de maniĂšre accessible.  Elle travaille Ă©galement sur les images puisque elle Ă©tudie la façon dont la dĂ©esse AthĂ©na est utilisĂ©e dans l’imagerie officielle du XIXe siĂšcle (l’imagerie officielle regroupe toutes les images produites par ou pour l’État : timbres, sceaux, monnaies, façades de monuments publics, etc.).

« YouTube apporte un changement Ă  l’accĂšs Ă  la connaissance, mĂȘme si cela dĂ©pend forcĂ©ment du type de connaissances mises Ă  disposition. Une historienne a rĂ©cemment fait le parallĂšle entre le dĂ©veloppement de l’imprimerie de masse au XVIIIĂšme siĂšcle. À cette Ă©poque, les gens ont dit que tout le monde allait lire de tout et n’importe quoi et c’est un peu la mĂȘme chose aujourd’hui avec YouTube. Aujourd’hui, on est plutĂŽt d’accord sur le fait de dire que mĂȘme s’il y a de tout et n’importe quoi, c’est quand mĂȘme bien de pouvoir mettre beaucoup de livres Ă  disposition des gens ».

En jetant un coup d’Ɠil Ă  ses vidĂ©os, on se rend compte que le but n’est pas forcĂ©ment de devenir un expert en histoire mais plutĂŽt de passer un bon moment en apprenant quelques petites choses. Manon reprend ainsi les codes des vidĂ©os disponibles sur YouTube, comme le montage serrĂ©, le dĂ©bit de parole, la façon d’accrocher le public. Toutefois, il serait faux de dire que cette « vulgarisation » est mal perçue. « C’est plutĂŽt bien perçu de la part de mes directeurs de thĂšse qui me poussent Ă  continuer (mĂȘme s’ils n’oublient de me dire d’avancer sur ma thĂšse). Les gens peu familiers du format trouvent eux, au contraire, que c’est trop vulgaire, que je me mets trop en avant et que l’objectif est tout simplement de faire le buzz, mĂȘme si c’est difficile de faire le buzz avec de l’histoire sur YouTube. Mais cette critique, si elle est intĂ©ressante, vient aussi du fait que ces personnes ne connaissent pas forcĂ©ment le format YouTube ». Manon le dit trĂšs bien elle-mĂȘme, ce n’est pas en regardant une vidĂ©o de 15 minutes que l’on va devenir un expert ou un passionnĂ© de l’histoire. Mais le devient-on en regardant un reportage d’une heure sur Arte ? Probablement pas, il s’agit d’un autre moyen, d’une autre façon de partager des connaissances.

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YouTube n’est pas le seul canal de vulgarisation

Si vous ĂȘtes nĂ©s dans les annĂ©es 90, vous n’ĂȘtes certainement pas passĂ©s Ă  cĂŽtĂ© des Ă©missions C’est pas sorcier ou Il Ă©tait une fois la vie. Il s’agissait d’Ă©missions de vulgarisation scientifique disponibles sur le petit Ă©cran. YouTube a simplement Ă©tĂ© un nouveau canal vers lequel les jeunes se sont dĂ©portĂ©s. Cependant, il est certain qu’Internet est bien plus accessible et riche que la tĂ©lĂ©vision et que cette vulgarisation a, elle aussi, opĂ©rĂ© une transition et vĂ©cu une fulgurante expansion sur les plateformes de partage de vidĂ©os.

Si ce concept fonctionne, c’est qu’il existe un public qui rĂ©clame de l’information ludique prĂ©sentant l’avantage de divertir et instruire et se rĂ©vĂ©lant au final trĂšs accessible. La principale diffĂ©rence entre les Ă©missions de tĂ©lĂ©vision citĂ©es en amont et les vidĂ©os sur YouTube est la forte prĂ©sence de pop culture souvent utilisĂ©e pour expliquer des concepts (comme DirtyBiology expliquant la pandĂ©mie avec le MMO World of Warcraft par exemple).

« Moi, quand j’étais au collĂšge et au lycĂ©e, l’Histoire, ça me faisait profondĂ©ment chier » explique Benjamin, crĂ©ateur et animateur de la chaĂźne de vulgarisation d’histoire Nota Bene. « Apprendre des dates auxquelles je ne comprenais pas grand-chose, j’en voyais pas l’intĂ©rĂȘt. Quand j’ai commencĂ© un peu Ă  m’intĂ©resser Ă  l’Histoire, et Ă  trouver pas mal de trucs « rigolo » (mĂȘme si ce n’est pas forcĂ©ment « rigolo » l’Histoire), je me suis dit que c’était intĂ©ressant d’aller fouiller, d’essayer de comprendre les choses, de les rĂ©sumer un petit peu. C’est comme ça que j’en suis venu Ă  la vulgarisation. On est Ă  une Ă©poque oĂč chacun peut, chez soi, produire des contenus de qualitĂ© s’il s’en donne la peine, rendant l’accĂšs Ă  la culture trĂšs facile. »

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De Youtube Ă  la publication papier pour Benjamin de la chaĂźne Nota Bene.

Alors bien Ă©videmment, le revers de la mĂ©daille est double (une mĂ©daille Ă  deux revers ? est-ce qu’un YouTubeur scientifique peut expliquer le concept ?) : il peut ĂȘtre difficile de vĂ©rifier la vĂ©racitĂ© de tous les concepts expliquĂ©s et on peut parfois arriver Ă  un phĂ©nomĂšne de starification avec un objectif de quantitĂ© plutĂŽt que de qualitĂ©.

On pourrait se plaindre de cette normalisation globale des chaĂźnes YouTube dĂ©diĂ©es au partage du savoir et de connaissances mais c’est, Ă  mon sens, une simple preuve que YouTube est aujourd’hui, au mĂȘme titre que la tĂ©lĂ©vision ou les livres, un moyen de se cultiver. Les autres mĂ©dias sont eux aussi soumis Ă  des normes (journaux tĂ©lĂ©visĂ©s, reportages proches de la fiction, etc.) et le phĂ©nomĂšne de starification touche aussi les Ă©missions TV.

La normalisation est finalement quelque chose de normal (oui, c’Ă©tait facile) car elle permet d’attirer un nombre important de personnes. C’est en Ă©tablissant des codes, en donnant des repĂšres aux gens qu’on les amĂšne Ă  dĂ©couvrir de nouveaux contenus avant que, probablement dans quelques annĂ©es, un autre mĂ©dia prenne le relai, impose ses codes via ses utilisateurs les plus inventifs et soit Ă  son tour utilisĂ© comme outil de transmission de connaissances. Finalement, c’est le mĂ©lange et la richesse des diffĂ©rents vecteurs de diffusion qui permet Ă  la culture de se propager et au grand public d’apprendre.

Et vous, vous préférez dormir devant un reportage à la télévision ou regarder une vidéo sur YouTube tout en surfant sur Internet ? Allez, à dans 15 jours !


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