Après M6 et TF1, c’est donc France Télévisions qui a obtenu, via le Tribunal de Grande Instance de Paris, l’interdiction de l’enregistrement et de la rediffusion de ses programmes par Wizzgo. Énième épisode du combat d’arrière garde que livrent les médias (ou supports) traditionnels au web, cette décision de justice montre encore une fois la

Après M6 et TF1, c’est donc France Télévisions qui a obtenu, via le Tribunal de Grande Instance de Paris, l’interdiction de l’enregistrement et de la rediffusion de ses programmes par Wizzgo.

Énième épisode du combat d’arrière garde que livrent les médias (ou supports) traditionnels au web, cette décision de justice montre encore une fois la peur panique qui s’empare des éditeurs de contenu quand il s’agit de diffuser ceux-ci sur internet, et leur maladresse chronique à définir une position claire, et à comprendre vraiment les usages et les technologies inhérentes.

wizzgo Donc lutilisation dun magnétoscope est de nouveau interdite en France

Car Wizzgo n’est pas un service de streaming qui piraterait les chaînes de TV, mais un magnétoscope numérique en ligne qui offre toutes les fonctions d’un enregistreur classique, plus d’autres, à cela près que son interface est pilotée à partir du web (et d’un logiciel à installer) et non pas d’une télécommande physique.

Autrement dit, Wizzgo s’inscrit dans le cadre de la copie privée, au même titre que votre disque dur, ou de n’importe-quel enregistreur numérique, que ce soit le disque dur d’une Freebox encore un baladeur de type Archos.

Le procès fait à Wizzgo est d’autant plus incongru que de nombreux autres services permettent déjà d’enregistrer la TNT : j’utilise pour ma part fréquemment ADSL TV, qui me permet entre autres de transformer mon netbook en téléviseur portable avec en prime les programmes à la carte.

La possibilité de revoir des émissions de TV n’est d’ailleurs pas nouvelle : depuis plusieurs années, des portails pour mobiles, mais aussi des logiciels, offrent la possibilité de revoir en direct ou en décalé les JT de TF1, M6 et de nombreux programmes étrangers sur un smartphone Windows Mobile, et j’en ai longtemps été un fervent utilisateur.

En fait, au-delà de la querelle juridique, je crois que le principal reproche qu’il est fait à Wizzgo, même s’il n’est pas exprimé en ces termes, est d’être… un service web, avec toutes les possibilités d’ouverture, de personnalisation et les fonctions de communauté que seul internet permet. Et l’idée que des réseaux sociaux puissent s’agréger autour de leur contenu, sans contrôle (et peut-être avec des possibilités de monétisation qui leur échapperaient), effraie quelque-peu les chaînes de TV, qui de surcroît, après des années d’atermoiements, viennent enfin – sans trop s’en vanter – de mettre en place leur service de catch up TV (programmes à la demande ou de rattrapage). D’où soupçons de concurrence déloyale, ou « parasitisme ».

Autrement dit : si Wizzgo avait été un simple logiciel (comme ADSL TV, donc) ou un… simple disque dur (!), pas sûr que la startup ait rencontré toutes ces difficultés.

Dernier argument plaidant en la défaveur de Wizzgo : la simplicité. Tout ce que propose Wizzgo peut être fait avec d’autres logiciels et services, de l’enregistrement au transfert sur un baladeur, mais c’est forcément plus compliqué, et donc rédhibitoire pour le commun des mortels. Avec Wizzgo, passé une première phase de mise au point, c’est simple.

Et les éditeurs ont horreur la simplicité. C’est vrai quoi, manquerait plus que madame Michu puisse regarder son programme préféré sur son baladeur, en différé, et sans les pubs. Le tout d’un seul clic. L’horreur.

 Donc lutilisation dun magnétoscope est de nouveau interdite en France
Fondateur et rédacteur en chef de Presse-citron, Éric est blogueur, éditeur de contenus numériques. Par ailleurs il conseille et accompagne occasionnellement quelques entreprises dans leur développement sur internet.