Il y a un mois, nous lancions un nouveau site : Dronestagr.am, réseau social de partage de photos prises par drone. Récit d’un lancement étonnant, bilan et perspectives.

dronestagram2 Dronestagr.am : chronique dun démarrage inattendu

Il y a un mois, juste avant de m’envoler pour de bonnes vacances très loin d’ici, je lançais un nouveau site, un peu à l’arrache, comme on lance un avion en papier : Dronestagr.am, réseau social de partage de photos prises par drone. Un mois après ce lancement aux retombées étonnantes, voici un bilan de ce qui s’est passé pendant ces trente jours un peu barrés. Installez-vous confortablement, j’ai plein de trucs à vous raconter.

Précision : je n’écris pas cet article – qui me prend beaucoup de temps – pour me regarder le nombril, mais par simple envie de partager avec vous une histoire sympa comme au bon vieux temps, et dévoiler quelques infos qui peuvent être utiles à tous et auxquelles on a finalement rarement accès, comme par exemple répondre à la question « ça fait quoi d’avoir un article dans The Verge ? ».

La genèse

Difficile de dire comment une idée surgit, mais dans ce cas de figure on peut dire que le terrain était favorable. Même si je n’ai « officialisé » cet intérêt pour les drones – et plus largement pour tout ce qui vole et se pilote à distance – que depuis quelques mois en créant Smartdrones.fr, le site d’information dédié au sujet, ce n’est pas nouveau pour moi, et je m’intéresse à la discipline depuis longtemps, très longtemps même. Sans pouvoir définir précisément encore une voie, je sais (et je ne suis pas le seul) qu’un univers passionnant est en train de s’ouvrir devant nous et que nous sommes probablement au début de quelque-chose qui va devenir énorme dans un avenir très proche, et j’ai envie de m’y investir d’une façon ou d’une autre. Et ma façon à moi, c’est plutôt le web et les contenus. Du coup, à force de voir les photos incroyables que font certains dronistes, et de m’amuser moi-même à faire de la prise de vue aérienne (photo et vidéo) avec mon DJI Phantom, je me suis dit que les quelques ingrédients fondamentaux d’un réseau social dédié étaient réunis : communauté en fort développement dans le monde entier, pratiquants experts, professionnels, amateurs avertis et débutants, activité de loisir, création de contenus avec images et vidéos, désir de partage, besoin d’interaction et marché en pleine explosion. L’idée était née : créer un site de partage de photos aériennes prises par drone. Certainement pas révolutionnaire, mais apparemment ça n’existait pas encore, en tout cas pas sous cette forme.

Vous allez me dire : la photo aérienne ce n’est pas nouveau. Certes, mais la photo aérienne par drone personnel pour les particuliers, si, c’est nouveau. Et les photos par drone ne ressemblent à aucune autre. Les photos par drone ont créé véritablement un nouveau langage visuel dans l’approche d’un paysage, qu’il soit naturel, urbain, industriel, sportif, ou autre : elles sont prises généralement à quelques dizaines de mètres du sol ou du sujet, (quelques centaines parfois), utilisent la plupart du temps le full HD grand angle caractéristique des caméras d’action type GoPro (je n’ai pas compté mais j’estime que 90% des photos sur Dronestagr.am sont faites avec une GoPro) et cette lumière particulière apportée par ce type de matériel. Peut-être ce qu’on appelle un nouveau paradigme : plus près qu’une vue satellite, avion ou hélico, plus haut qu’une street view, plus large qu’une photo traditionnelle, plus détaillée de par sa proximité, et plus agile pour shooter des lieux sous des angles inédits, la vue aérienne par drone est unique. Et cela méritait bien un site spécialisé pour partager, admirer. Et rêver. Regardez…

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Le développement

Dès que l’idée a germé, je suis passé à sa réalisation, avec une excitation que je n’avais pas connue depuis longtemps pour la création d’un site web, même si ce moment est de toute façon toujours particulièrement enthousiasmant. J’ai cherché quelques scripts de partage de photo, car ce n’est pas ce qui manque, autant sur HotScripts que sur d’autres plateformes. Mais comme toujours j’ai fini par revenir à ce bon vieux WordPress en investissant quelques dizaines d’euros dans un thème chez ThemeForest (what else ?). Le reste s’est passé assez rapidement et sans grandes difficultés, même si le thème utilisé est à l’origine destiné à la vidéo. Quelques plugins, quelques modifications du code et de la CSS, et une poignée de nuits blanches plus tard, le site était prêt pour son départ dans le grand monde.

Le nom de domaine

Il me restait à trouver un nom de domaine significatif. J’ai d’abord pensé à Instadrone. Déjà pris. Puis est venu naturellement l’autre dérivé : Dronestagram. Déjà pris aussi en .com. Pas grave, dronestagr.am était disponible, et cela me convenait. Au sujet du nom, évacuons tout de suite la question posée par les nouvelles dispositions d’Instagram, que l’on a dû me poser 150 fois cette semaine (et c’est normal) : les nouvelles guidelines d’Instagram concernant la protection de sa marque ne concernent que les apps qui utilisent son API. Dronestagr.am n’est pas une app (pas encore, mais l’app suivra bientôt) et n’utilise pas l’API Instagram, et n’est donc pas concerné. Mais les choses évoluent vite et il se peut qu’Instagram me demande aussi de changer de nom, et de typo pour le logo. Mais ce n’est pas gênant, car comme je l’ai expliqué dans le billet de lancement du site, ce nom est provisoire et j’ai prévu de le changer prochainement. Pourquoi ai-je choisi ça alors ? Parce-que le nom est évocateur, que les noms dérivés d’Instagram sont à la mode actuellement, et que cela permet de bien situer le concept sans se taper trois pages d’explication. Je pense d’ailleurs que ce choix s’est révélé gagnant car je ne crois pas que le site aurait eu autant de couverture média s’il s’était appelé autrement. Il me reste maintenant à trouver un vrai nom et non pas un « dérivé de » car on ne bâtit pas un truc pérenne sur la base d’une imitation de marque, en tout cas c’est ce que je pense. Pour l’anecdote, le site Dronestagram.com parle aussi de drones, mais sous un autre angle. J’en avais parlé sur Presse-citron il y a quelques mois, mais au moment de lancer Dronestagr.am j’avais complètement zappé ça, sinon j’aurais aussi sûrement choisi un autre nom. Ma mémoire m’a joué un tour, mais finalement c’est mieux comme ça icon smile Dronestagr.am : chronique dun démarrage inattendu

Le lancement

Bon, ok, vous commencez à vous ennuyer avec mon histoire de création de site, vous connaissez tous ça, blablabla. Je viens rapidement au plus croustillant : le lancement et la suite. Étant plutôt impatient de nature, dès que j’estimais le site prêt, je l’ai mis en ligne sans réfléchir plus que ça, comme un connard en plein week-end et trois jours avant de partir en vacances à 10000 bornes d’ici sans même être sûr d’avoir une connexion internet. Alors que la raison aurait voulu que j’attende mon retour, que je fasse tester le site par une petite poignée d’amis, de proches et de pros, etc, bref une vraie approche de professionnel de la profession. Mais bon que voulez-vous, on ne se refait pas, et ma vie ne dépend pas de ce site, c’est juste un truc comme ça. Enfin c’est ce que je pensais au départ. J’ai donc publié le site (sur un serveur mutualisé en plus, hahaha) et j’ai posté un article dans la foulée pour le présenter à la foule en délire. Un grand merci au passage pour l’ami Quentin, qui ma autorisé à reprendre dans l’urgence les conditions générales de son Pornostagram pour les adapter au site (même si ça n’a pas grand chose à voir, hein), car il était préférable de commencer avec un truc assez blindé de ce point de vue, et qui rassure les membres sur l’usage de leurs photos, dont ils restent pleinement propriétaires.

Le week-end a été très calme, en gros il ne s’est rien passé. A peine deux ou trois photos postées, dont la plupart… par moi, extraites de mes derniers vols en DJI Phantom. Comme j’avais fait le choix de faire le site directement en anglais (et de constater comme tout est plus simple et plus puissant quand on bosse dans la langue native d’internet, il faudrait aussi que j’écrive un article sur le sujet) car le marché du drone de loisirs est encore trop étroit pour le limiter à un seul pays, le lundi matin j’ai juste envoyé un petit mot de trois lignes avec un lien à VentureBeat. Pourquoi VentureBeat ? Parce-que j’aime bien ce site, qu’il reste accessible parmi les blogbusters US, et qu’ils avaient déjà mentionné et fait un lien vers Presse-citron il y a quelques mois. Je crois que j’ai bien visé car c’est ce qui a tout déclenché.

Les retombées

Le lendemain de ma petite note, VentureBeat publiait un article présentant Dronestagr.am. Apparemment l’idée séduisait, et il se confirmait qu’il n’existait pas de site similaire. Ensuite, vous savez comment ça se passe, et ce n’est pas moi qui vous contredirai : quand un blog publie une info en premier et qu’elle est jugée intéressante, les autres la reprennent massivement, et les articles succèdent aux articles. Je ne m’attendais sincèrement pas du tout à cela. A peine l’article publié sur VentureBeat, mon avertisseur à buzz n’a cessé de sonner : ce fut ensuite le tour de GigaOM, puis HackerNews, puis de… The Verge, Reddit, et enfin de Gizmodo US pour ne citer que les plus importants sites tech US ayant publié un article ou mentionné le site. Côté US généralistes ou spécialisés, de nombreux articles ont été publiés, y compris sur le New York Post et sur la bible du drone DIYDrones, fondé par l’ancien boss de Wired… Mais je n’étais qu’au début de mes surprises, car pendant ce temps d’autres publications on fusé du monde entier, et pas de petites publications : oGlobo au Brésil, La Repubblica en Italie, Canoé au Canada, ou encore Fox News en Australie. Côté francophone, outre Gizmodo.fr (merci Benjamin !), le site a dû récolter une bonne vingtaine d’articles, de 20Minutes aux amis Korben, Tuxboard et Fredzone, en passant par Le Monde, Comment ça Marche, et autres, désolé pour ceux que je ne mentionne pas, il y en a trop icon smile Dronestagr.am : chronique dun démarrage inattendu

En tout, une semaine après le lancement j’avais déjà recensé une cinquantaine d’articles provenant vraiment du monde entier, et les inscriptions et publications de photos affluaient de partout à un rythme incroyable, ce qui évidemment me confortait dans mon idée, et validait aussi le nom choisi et le lancement sans attendre.

L’impact sur le trafic et les statistiques

Résultat de cette couverture inattendue : le mercredi, soit trois jours après son lancement officiel, et alors que le site était à peine indexé dans Google et demeurait à l’état de « brouillon avancé », il recevait 20.000 visiteurs uniques et affichait plus de 75.000 pages vues. Côté analytiques justement, deux faits marquants, à l’opposé ce que nous connaissons avec Presse-citron et probablement la plupart des blogs « généralistes » : le taux de rebond étonnamment bas, puisque inférieur à 30% les premiers jours, et un ratio pages vues par visiteur hallucinant pour moi puisqu’il se situe en moyenne à 4 alors qu’il atteint péniblement 1,5 sur Presse-citron. La force du visuel, probablement, qui excite la curiosité, et qui fait au passage beaucoup réfléchir sur les contenus et la façon de les organiser et de les présenter.

Mais le plus étonnant n’est peut-être pas là. Le plus étonnant provient de l’origine géographique des visites, et notamment des sites référents qui ont apporté le plus trafic. C’est là qu’arrive la réponse à la question « ça fait quoi d’être cité par The Verge (ou tout autre géant du blog US) ? » Avouez que vous vous la posez tous, je vous connais icon smile Dronestagr.am : chronique dun démarrage inattendu Et bien, je vais vous dire : d’abord ça fait du bien à l’ego car vous vous dites que de temps en temps vous arrivez à sortir une petite idée pas trop pourrie puisqu’elle semble susciter l’intérêt de sites plutôt exigeants dans leur sélection d’information. Mais… et côté trafic ? C’est là que se situe la surprise : si les blogbusters US ont évidemment envoyé du lourd, et que The Verge se situe dans le top 10 des referers depuis un mois, ce ne sont pas les seuls qui sont en tête dans le classement général ! Non, parmi eux figurent dans le top 20 un site suédois, un site allemand (qui fait juste un lien) et un site tchèque, avec des articles rédigés dans leur langue respective, et non pas en anglais ! Oui, vous avez bien lu, des sites dont les langues font partie des moins parlées au monde, hormis l’Allemagne.

Moralité : selon le sujet, les bons supports média ne sont peut-être pas ceux auxquels on pense en premier, et l’audience des médias en question n’est pas le seul critère à prendre en compte. C’est ici qu’intervient la notion d’influence : un site très influent peut envoyer plus de monde sur un lien qu’un site faisant dix fois plus de trafic mais qui sera beaucoup moins influent. Bien sûr il faut nuancer cette extrapolation un peu facile, mais l’expérience le démontre fréquemment. Autre constat : le trafic apporté par les gros sites US n’est pas si énorme qu’on pourrait le penser, même si là aussi il faut moduler cette remarque car cela dépend certainement beaucoup du sujet, de l’heure de publication, etc.

Voici un extrait des statistiques et des sites référents classés par ordre d’importance sur la première dizaine de jours (source : Google Analytics). Noez que Gizmodo Japan figure devant Gizmodo US, et que Presse-citron s’en tire honorablement avec une treizième place parmi ces big boys icon smile Dronestagr.am : chronique dun démarrage inattendu

stats Dronestagr.am : chronique dun démarrage inattendu

Autre bonne surprise : alors que je ne les ai pas contactés, les gens de chez DJI, le fameux constructeur du déjà célèbre DJI Phantom, ont posté un lien sur leur page Facebook et sur la homepage de leur site, incitant leurs clients à s’inscrire sur Dronestagr.am pour publier leurs photos aériennes.

Sachez aussi pour la petite histoire que j’ai été interviewé par le Wall Street Journal (mais aucune nouvelle pour le moment, peut-être que j’ai répondu de la merde et que cela ne sera jamais publié) et qu’une grosse boîte de Venture Capital de San Francisco m’a contacté pour parler du site qu’ils jugent « très intéressant dans son potentiel à agréger une belle base de données de vues aériennes originales », ce qui est aussi un peu mon idée (pas de nouvelles non plus pour le moment). Enfin, dans les contacts sympathiques, citons aussi un responsable du développement d’une grosse boîte de graphisme californienne, qui m’a écrit pour me dire qu’il kiffait le site, et qui m’a révélé plein de petits secrets sur la prochaine version de son logiciel, et notamment des filtres qui vont intéresser les dronistes… Je ne peux pas en dire plus icon smile Dronestagr.am : chronique dun démarrage inattendu

Et maintenant

Dronestagr.am n’est n’est qu’à ses balbutiements, et l’essentiel reste à faire. J’ai une liste longue comme un jour sans drone d’idées de développement et d’extension, de choses à faire, autant du point de vue technique que graphique et ergonomique, et bien sûr au niveau des fonctionnalités à venir (possibilité de poster des vidéos, widget, API, apps mobiles, etc). Il y a aussi du marketing à faire, et des partenariats à nouer, ce qui fait beaucoup pour ce qui était à la base un side-project pour rigoler. D’autant qu’il faut aller vite, et que le temps c’est de l’argent. C’est pourquoi sans attendre je vais probablement faire rentrer un ou deux investisseurs intéressés dans le projet, qui vont me permettre de financer ces développements dès les prochaines semaines.

Et après ?

Après, je ne sais pas. Plusieurs pistes sont à étudier pour monétiser le site autrement que par la publicité (je ne souhaite pas mettre de pub sur ce site), comme la possibilité pour les membres de vendre leurs clichés en HD, faire une place de marché, créer une boutique, mettre en place une offre Premium pour les sociétés spécialisées en prise de vue aérienne qui pourront poster leurs photos avec un watermark et des liens pointant vers leur site moyennant une offre payante, etc. A voir. Il y a certainement de nombreuses idées à creuser. La vitesse d’exécution sera clé dans les choix qui seront faits.

Voilà, c’est une histoire sympathique que j’avais envie de partager avec vous, même si l’engouement médiatique et donc le trafic du site sont bien sûr un peu retombés depuis, mais ça continue à rouler très bien. D’ailleurs dans ce cas de figure je ne crois pas que l’audience soit un critère fondamental. Ce qui importe c’est de faire un joli truc et d’avoir rapidement des milliers de photos aériennes de qualité dans le monde entier. Et de ce point de vue je crois que ce n’est pas trop mal engagé icon smile Dronestagr.am : chronique dun démarrage inattendu