Education et internet : quand le “self-improvement” remplace l’école

A l’heure où certaines techniques d’enseignement classique sont remises en cause, les élèves de moins en moins intéressés par leurs cours, le succès de certains sites web présage une révolution dans le domaine de l’éducation.

Article rédigé par François Briod, observateur des enjeux de l’éducation sur internet, co-fondateur d’une ONG qui soutient un village au Cameroun et rédacteur sur Post-Wit.

Une salle de classe sombre, des visages éclairés à la lueur des écrans, un professeur surmené et une vingtaine d’élèves qui surfent sur internet. L’école obligatoire ne semble pas si lointaine que ça pour un étudiant de 20 ans comme moi. La révolution d’Internet avait déjà opéré, la bulle « .com » était prête à  exploser.

Cependant, je garde un souvenir mitigé de mes cours d’informatique. Un peu de dactylo, de bureautique et quelques jeux pour calmer la classe. Alors que l’utilisation des ordinateurs et d’Internet explose pour atteindre près de 99% de taux de pénétration chez les jeunes, les connaissances informatiques générales restent médiocres (pour tout ce qui sort du cercle Google-Photos-Facebook).

Alors qu’Internet influence d’ores et déjà la manière d’apprendre, l’enseignement ne fournit guère de pistes valables sur l’utilisation de ces outils. Google et Wikipedia ont changé la manière d’aborder l’information en classe. L’enjeu d’une présentation n’est plus de chercher dans des livres, de synthétiser les résultats de la recherche (oui oui, en fouillant dans ma mémoire, je me rappelle avoir utilisé des livres pour un exposé une fois quand j’étais petit), mais de reprendre à sa manière l’information pré-mâchée pêchée sur internet. Mais devant cet océan d’information numérique, une bonne utilisation des outils de recherche est nécessaire. C’est ce que met en exergue ce concours organisé par Google (http://agoogleaday.com/), où l’enjeu n’est pas la réponse, mais la manière d’y arriver, en utilisant à bon escient les outils de Google.

Certains exemples, comme l’utilisation du CTRL+F, sont alarmants, et mettent en évidence les lacunes de la majorité des utilisateurs lambda. Une étude de Dan Russel (http://www.theatlantic.com/technology/archive/2011/08/crazy-90-percent-of-people-dont-know-how-to-use-ctrl-f/243840/), employé chez Google, montre que 90% des internautes américains ne savent pas utiliser le CTRL+F, un outil basique mais devenu indispensable pour ceux qui le connaissent.

A l’école d’internet, les profs ont des millions d’élèves

Mais Internet est aussi une source d’outils incroyables de self-improvement (apprentissage par soi-même), une pratique qui semble se développer de plus en plus. A l’heure où certaines techniques d’enseignement classique sont remises en cause, les élèves de moins en moins intéressés par leurs cours, le succès de certains sites web présage une révolution dans le domaine de l’éducation. Vous connaissez peut-être l’histoire de Salman Khan (www.khanacademy.org) qui a commencé à publier des cours de mathématiques sur Youtube pour sa cousine, et se retrouve maintenant avec des millions d’élèves, plus de 2’600 vidéos et 225 exercices en ligne. Ou encore la récente Codecademy (www.codecademy.com) qui permet d’apprendre à programmer sans aucune connaissance préalable de manière interactive en suivant un programme personnalisé.

Le succès de ce genre de projet et leur efficacité approuvée est due, selon moi, à plusieurs facteurs :

  • Alors que dans une classe d’école le bon élève et le mauvais sont obligés de s’adapter au rythme du cours dicté par le professeur, le programme s’adapte au rythme de l’utilisateur qui a la possibilité de faire pause, de rejouer la vidéo etc…
  • Le retour instantané et personnalisé. Lorsque l’utilisateur fait une erreur dans une ligne de code par exemple, le service lui envoie un signal et un moyen pour se corriger. Une fois l’erreur corrigée, le service renvoie un signal positif. Ce phénomène de feedback loop (http://www.wired.com/magazine/2011/06/ff_feedbackloop/all/1) (boucle de rétroaction) est spécialement efficace pour l’apprentissage. Le fait d’avoir un signal d’erreur instantané, un moyen de se corriger, et un signal positif pour marquer l’amélioration, permet à l’être humain de s’adapter, et d’assimiler les comportements ou raisonnements correctes très rapidement.
  • La gamification (ou ludification) rend des tâches à priori ennuyeuses plus attrayantes à travers des jeux et des récompenses (des badges par exemple). Ce qui a pour conséquences un travail plus assidu de la part de l’utilisateur.

Un domaine prometteur qui risque d’avoir beaucoup d’influence sur les techniques d’enseignements futures. Les vidéos de la Khan Academy, dans le cadre d’un projet pilote, sont déjà utilisées dans des classes de mathématiques californiennes. Un nouveau domaine qui s’ajoute dans la lignée du phénomène de plus en plus marqué des inventions faites sur le web qui change la manière dont nous appréhendons la vie réelle.

Pour continuer la lecture, je vous recommande un blog très intéressant sur l’amélioration personnelle (self improvement) à travers les nouvelles technologies http://technodidact.com/.

PS : Malheureusement, tous les liens de sont articles sont redirigés vers des sites en anglais, faute de documentation francophone.


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27 commentaires

  1. “Malheureusement, tous les liens de sont articles sont redirigés vers des sites en anglais, faute de documentation francophone. ”

    Avec un peu de selfimprovement, les français finiront bien par apprendre les langues étrangères 🙂

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  5. il ya aussi pour les francophones

    site du zero (genral informatique)
    grafikart (web)
    http://video.coursgratuits.net/

    et d autres je me souviens plus

  6. Une formation initiale “lourde” : licence, master, bachelor, doctorat, peut tout à fait être faite en partie par e-learning ( en totalité c’est quand même moins convivial 😉 ), en formation continue ou professionnelle c’est très efficace pour les raisons de “progression au rythme de l’apprenant” dont la motivation est plus importante qu’en formation initiale.

  7. Et ces bonnes vieilles croyances “on apprend qu’à l’école” et “savoir = diplôme”.

  8. Je vois que vous ne mentionnez pas TreeHouse, qui a été lancé hier et qui est d’après moi un des meilleurs pour tout ce qui est design, développement web et iPhone: http://teamtreehouse.com/

    Un vrai petit bijou

  9. Je ne suis pas sûr que ce genre d’initiatives plaisent à beaucoup de monde au final, un vrai professeur, le contact humain, rend les choses plus faciles.

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  11. Tout ceci est tellement vrai ! Je pense qu’il est très important que les choses évoluent dans le bon sens dans l’éducation des jeunes à une bonne utilisation de l’ordinateur et de l’internet.

  12. Tout ceci est tellement vrai ! Je pense qu’il est très important que les choses évoluent dans le bon sens dans l’éducation des jeunes à une bonne utilisation de l’ordinateur et de l’internet.

  13. Julien Theler on

    La limite du self-improvement se trouve cependant dans le coté “apprentissage à la demande”, qui à la fois rend cet enseignement efficace et limite l’ouverture vers de nouveaux domaines de compétences. En effet, “à la demande” signifie aussi “si je n’ai pas de besoin dans un domaine, je n’y touche pas” ! Sans un prof de math pour exiger le rendu d’un travail avec un délai cours, je me demande si beaucoup d’élève iraient spontanément regarder des vidéos et réaliser des tutoriels d’apprentissage des math. On va encore avoir besoin de l’école pendant un bout de temps pour “forcer” les élèves à toucher un peu à tout 🙂

    Ceci dit, très bon article qui souligne les effets bénéfiques du self-improvement pour l’apprentissage de compétences pratiques et professionnelles. Cela ouvre des portes intéressantes : le rôle du formateur devient alors de créer la demande, de souligner le besoin. En créant une interrogation puis en laissant les apprenants chercher activement une réponse, il peut faire acquérir des compétences qui resteront mieux ancrées que si elles avaient été présentées de manière classique au sein d’un cours.

  14. “Alors que dans une classe d’école le bon élève et le mauvais sont obligés de s’adapter au rythme du cours dicté par le professeur”

    Vous avez une vision moyenageuse de l’enseignement !

  15. Bonjour francois,
    j’ai pri plaisir a lire votre article car il est relevant et authentique. effectivement de nos jours le self-improvement facilite l’acces aux autres langues. Et c’est dans ce registre que mon collegue de travail ma conseille le site http://www.12speak.com, c’est un site d’apprentissage de langue en ligne avec diverse fonctionnalite tel que la correspondance en direct avec des interlocuteurs, des jeux de vocabulaires etc.. jai appris dessus et je suis ravi de mes progres. je voulais le partager avec vous et vous le faire decouvrir aussi. rejoignez moi sur http://www.12speak.com

  16. Un article très intéressant qui nous éclaire bien sur les possibilités du Web. Les promesses de la première ère de l’Internet semblent être devenues réalités !

    Cependant, peut-on vraiment croire ou même accepter que l’apprentissage autodidacte sur la toile remplace dans le futur notre “vieux” système scolaire ? L’école a toujours l’avantage de mêler les élèves au sein d’un même espace, pour le meilleur et le pire – au fond c’est l’apprentissage de la vie en société, plus que le plaisir d’apprendre en collectivité. Sans oublier que sur le Web il n’y a pas de contrôle d’assiduité, le risque de voir des élèves se dérober est réel. Je crois que l’apprentissage autodidacte est un supplétif efficace pour combler certaines lacunes de l’enseignement scolaires ou pro, qui plus est, il peut devenir une parade contre les agences de soutien scolaire aux prix prohibitifs.

    ah et merci pour ctrl + f, je ne fais plus partie des 90% d’internautes incultes !

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  25. Ca tombe un peu comme les cheveux sur la soupe, mais je viens de découvrir une petite appli intéressante sur le site http://www.ebibliophilie.com ( le système n’a rien à voir avec le cœur de leur activité, apparemment une base de données pour retrouver le prix d’un livre ancien )

    Ils ont reconstruits un système comme le Ngrams de googlebooks, sauf qu’apparemment ils remontent à des livres d’avant 1500, et on peut voir de quelle manière les concepts s’imposent à une époque :
    Ainsi le mot clef « informatique » démarra à partir de 1930, et explose ap 1960.
    Le mot « mécanique » est le plus à la mode au XVIIIe siècle, pas au XIX !

    Je me suis amusé à faire quelques analyse de tendance sur la base des theme abordé dans le blog, c’est intéressant.

    Le lien de l’appli ci-joint
    http://www.ebibliophilie.com/stats_words.php

    a bientôt,

    Yohann

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