Comment faire fructifier une entreprise privée, française ou étrangère, en la faisant passer pour un organisme public officiel français ?
Demandez donc au Registre Internet Français, ou encore à Achats Collectivités.
Si vous avez une société enregistrée au Registre du commerce, vous devez aussi recevoir régulièrement ce document, ou celui-ci, vous incitant à enregistrer ou mettre à jour les coordonnées de votre entreprise dans leur annuaire spécialisé.
Prudence ! Malgré leur aspect soigné et d’apparence très sérieuse, compléter et retourner ces documents ne vous apportera probablement pas grand chose, mais risque en revanche de délester votre portefeuille de quelques centaines d’Euros…

De quoi s’agit-il exactement ?
Le Registre Internet Français n’est rien d’autre qu’un annuaire internet recensant (malgré elles) les sociétés françaises ayant un site internet. Plus vague et moins qualifié, tu meurs. Il fait donc partie des centaines ou milliers d’annuaires cohabitant déjà avec plus ou moins de bonheur sur la toile, en moins bien, puisque hormis le nom de votre boîte et un lien vers son site, il n’y a rien d’autre. Quand enfin je vous aurai dit que le site www.registre-internet-francais.com/ affiche royalement un pagerank de 3, vous comprendez pourquoi je ne vous fais pas de dessin (en plus d’être nul en dessin).
Quant à  l’autre compère Achats Collectivités, on a droit à un site au design d’un autre temps, très "service public" (tiens tiens…), d’une lenteur décourageante (en tout cas ce matin) qui affiche un contenu reprenant de grandes généralités sur le thème des marchés publics.
Jusque-là rien de bien méchant…

Là où ça se corse (comme dirait Yvan Colonna) c’est quand ces annuaires sortent du web et vous adressent par courrier des documents à compléter qui ressemblent à s’y méprendre à des documents officiels qui vous seraient adressés par l’administration, et qui surtout usent de subterfuges douteux pour essayer de vous faire passer à la caisse.

Revue de détails…
Regardons d’un peu plus près les méthodes utilisées.
Tout d’abord le Registre Internet Français.
Le courrier du Registre Internet Français est couché sur papier de couleur beige du plus bel effet, en deux pages, avec une enveloppe retour affichant une adresse… en Allemagne (Hambourg), ce qui devrait déjà inciter à la méfiance, même si l’on n’a rien contre la mondialisation.
Sur la première page, la mention d’introduction, là encore très protocolaire, est une incitation directe à l’action de par le ton employé et le côté "formalité incontournable" de la chose, jugez plutôt :

Registre

Ensuite, en fin de premier paragraphe il est précisé, je cite, que "votre inscription de base et son actualisation sont gratuites".
Indications immédiatement démenties par le deuxième paragraphe où l’on peut lire "… sur le formulaire ci-joint que nous vous prions d’utiliser si vous désirez passer un ordre d’insertion payant".

Registre

Alors ? Gratuit ? Payant ? Alors attention : l’inscription de base est celle qui a été faite d’origine par le Registre Internet français (en pompant probablement des listings de chambres de commerce) sans vous demander votre avis pour faire figurer votre société dans leur base. C’est la mise à jour de ces données qui devient très subtilement payante ! Autrement dit, si vous avez changé d’adresse ou l’url de votre site et que vous voulez faire une mise à jour, alors vous devrez payer, et pas qu’un peu : 958 Euros par année. Pire, si vous renvoyez ce formulaire magique, vous signez de fait pour 3 ans, avec renouvellement automatique d’une année supplémentaire si vous n’avez pas pensé à résilier par écrit 3 mois avant l’échéance. Soit, dans le meilleur des cas 2874 Euros pour figurer dans un annuaire bidon avec un PR3…

Tout ça pour avoir quoi ? Rien, ou plutôt rien d’autre que l’inscription de base figurant déjà dans le Registre Internet Français.
Arnaque ? C’est pas moi qui l’ai dit.

Concernant Achats Collectivités
Alors là chapeau bas Mesdames et Messieurs : c’est du grand art.
Le document est sur fond blanc cartonné et les mentions qui vous sautent littéralement à la figure quand vous ouvrez l’enveloppe fébrilement vous font vraiment penser à un courrier des impôts ou de l’URSSAF. Tout y est. Les termes très officiels, comme REFERENCEMENT FOURNISSEURS (en capitales dans le texte, ça envoie plus), et surtout, encadré, en haut à droite, le DATE LIMITE DE RETOUR 31 DEC 2007, agrémenté ensuite d’un NOTICE EXPLICATIVE du plus bel effet, qui va malmener votre coeur pendant quelques secondes.
Oui comme votre Taxe professionnelle ou votre impôt sur les sociétés…

Achats

Le tout suivi d’un charabia administratif imbittable évidemment savamment calculé et structuré à base de textes officiels sur les marchés publics qui vont vraiment vous refiler les chocottes d’avoir raté le paiement d’une taxe.
Bien sûr tout cela n’est pas fait bénévolement vous l’aviez compris : si vous avez compris que vous n’avez pas affaire à une administration mais bien à une boîte privée qui essaie de vous soutirer malicieusement quelques centaines de brouzoufs et que vous voulez quand même figurer dans leur annuaire des fournisseurs de marchés publics que personne ne consulte et n’utilise, il vous en coûtera 245 Euros HT par an.

Qu’il s’agisse du Registre Internet Français ou de Achats Collectivités, je ne conteste pas le fait de proposer des prestations payantes pour inscrire un perstataire. Après tout chacun est libre d’y souscrire ou pas.
Je conteste en revanche la présentation trompeuse de ces documents qui n’a d’autre but que de piéger les destinataires peu attentifs en prenant délibérément l’apparence de documents officiels.
La cible est toute trouvée : le responsable de PME ou de TPE, pressé et stressé, assailli régulièrement de documents administratifs et de taxes en tous genres peut, dans un moment d’inattention, ou parce-qu’il pense que c’est bénéfique à son activité, souscrire naïvement à ces "offres" et se retouver piégé dans un cycle infernal, surtout avec Le registre Internet Français, d’ailleurs.
C’est comme cela que les sociétés peu scrupuleuses qui sont derrière ces documents font leur beurre : en mettant à leur profit la paperasse administrative pléthorique à laquelle tout chef d’entreprise ou commerçant doit faire face dans l’exercice de ses fonctions.

Allez, pour finir, un petit tout sur le Whois pour (essayer de) voir qui se cache derrière tout ça.
Achats Collectivités
domain:     achats-collectivites.fr
address:     Dire SARL
address:     640, avenue Laennec
address:     83140 Six Fours
Une visite sur Societe.com ne permet pas de trouver cette société à Six-Fours mais une autre, similaire avec le même nom à la Seyne-sur-Mer.
Le Registre Internet Français est quant à lui, vous vous en seriez douté, enregistré anonymement par une boîte allemande. Il semblerait que l’hébergeur soit Dokumenta.net et le registrar du nom de domaine key-systems.net.

Enfin, une rapide recherche sur Google au sujet de ces deux sociétés, ici et ici, finira de nous rassurer…