Facebook : dans les coulisses de Graph Search

Tout commença au printemps 2011 lorsque Mark Zuckerberg invita Lars Rasmussen à marcher avec lui.

A 44 ans, Lars était à la recherche d’un nouveau challenge. Il venait de rejoindre Facebook et ne demandait qu’à faire ses preuves.

Après tout, si ses qualités ne sont plus à démontrer (il a co-fondé une start-up qui a été rachetée par Google pour devenir Google Maps), son dernier projet était un échec cuisant.
En effet, Lars Rasmussen peut difficilement détacher son image de Google Wave, le grand projet qu’il a dirigé pendant 2 ans.
Rasmussen décrit encore cette expérience comme étant « le plus spectaculaire et douloureux échec de ma vie ». Quelques mois après l’arrêt de Wave, il quittait Google pour rejoindre Facebook.

Et alors qu’il marchait à côté de son nouveau boss (qui se trouve avoir presque 20 ans de moins que lui) il se retrouva devant un nouveau défi.
Mark Zuckerberg lui expliqua que Facebook avait une opportunité unique de délivrer un nouveau mode de recherche, qui irait chercher de manière précise et détaillée dans l’immense base de données qu’ils avaient à leur disposition.
Rasmussen fut immédiatement convaincu et fut propulsé à la tête de la Facebook Search Team.

Les prémices de Graph Search

Durant l’été qui suivit, Rasmussen fit la première démonstration de leurs avancées à Zuckerberg.
Ils se retrouvèrent dans une salle entièrement vitrée qu’ils appelaient « l’aquarium ».
Il n’avait qu’un vague prototype et il réalisa une démonstration très sommaire de ce qu’il avait réussi à mettre en place avec son équipe.
L’idée va sembler maintenant familière à tous, mais Lars Rasmussen entra la requête : « montre moi des photos de mes amis et moi en Californie en 2010 ».
Deux choses se passèrent simultanément à cet instant précis : ce que pensa Mark Zuckerberg de cette idée, et ce qu’il exprima ce jour-là.
En effet, Zuck expliqua que ce serait génial si une telle approche était implémentée sur Facebook.
Mais dans un même temps, il pensa : « C’est impossible. Ils n’arriveront jamais à indexer l’ensemble des données nécessaires pour que ce moteur de recherche fonctionne. ».
Il faut dire que le dirigeant n’arrivait pas à outrepasser le chiffre de 3 billions de connexions entre personnes sur Facebook. Gérer des recherches dans une telle base de données semblait sortir d’un livre de science-fiction.
Mark Zuckerberg restait très confiant sur le projet de moteur de recherche mais n’avait que peu d’espoir de le voir aussi puissant que ce que Rasmussen avait présenté via son prototype.
Mais comme ce n’est pas dans son ADN de faire les choses à moitié, il lui donna tous les moyens nécessaires pour poursuivre cet objectif.


Cela commença par l’arrivée d’une deuxième personne pour l’aider à diriger le projet : Tom Stocky, diplômé du MIT et ex-Google.

L’ironie de la situation n’échappait à personne : 2 ex-Googlers dirigeaient le projet de moteur de recherche de Facebook.

Graph Search : un outil puissant aux nombreuses possibilités

Pendant plus d’une année, Rasmussen et Stocky retrouvaient Mark Zuckerberg tous les vendredi après-midi pour échanger sur les progrès de ce qui deviendrait Graph Search.
Cela pris du temps, mais arriva le jour où Rasmussen fit la démonstration d’une version très proche de la vision qu’il avait exprimé plus d’une année auparavant.
Zuckerberg avait eu tort… et il en était littéralement ravi. Graph Search était une réalité.
Comme des enfants le lendemain de Noël, ils s’amusèrent avec ce nouveau jouet et découvrirent au fur et à mesure des situations où Graph Search était une évidence.
Imaginons que vous êtes chef d’entreprise et que vous souhaitez embaucher des ingénieurs qui ont travaillé chez Google et qui sont amis avec des employés à vous. Il vous suffira d’entrer la requête telle quelle pour avoir des résultats.
Ou imaginons que vous souhaitez travailler chez Pinterest et que vous voulez une recommandation : il vous suffira d’entrer la recherche « mes amis qui sont amis avec des employés de Pinterest ».
LinkedIn et Viadeo ne doivent pas apprécier cette nouvelle.

Les futures évolutions de Graph Search

Malgré l’impressionnante efficacité de Graph Search aujourd’hui, Mark Zuckerberg rappelle que ce n’est qu’une toute première version.
A l’avenir, tous les statuts publiés sur Facebook seront indexés ainsi que les éléments en provenance de l’Open Graph (comme vos écoutes Deezer ou vos lectures sur l’Express).
Mais Zuckerberg, Rasmussen & Stocky voient déjà beaucoup plus loin.
Nous pouvons déjà imaginer un futur où Graph Search sera intégré à nos applications mobiles et nous permettra d’entrer dans un bar en sachant déjà qu’une personne ayant des goûts similaires aux vôtres s’y trouve.
Et à la question « est-ce que tu penses que le nombre de recherches sur Graph Search va atteindre celui de Google ? », Mark Zuckerberg n’hésita pas : « nous l’espérons oui… d’ici quelques temps ».

Cet article a été réalisé grâce aux interviews réalisées par Steven Levy, journaliste sur Wired. (Crédit Photo : Joe Pugliese)

24 commentaires

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  2. Une histoire très intéressante, c’est bien décrit comme l’idée et la conception s’est faite. Il y a tout de même une chose qui m’intrigue, c’est pourquoi Google n’intègre pas dans ses contrats de travail l’impossibilité pour ses salariés de travailler dans une entreprise qui réalise un moteur de recherche ?

  3. Personnellement ça me fait complètement flipper leur Graph Search, un pas de plus dans la violation de la vie privée, surtout quand on sait qu’ils développent également une application pour localiser tous ses contacts en temps réel, jusqu’où iront-ils… En tous cas ce sera sans moi.

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  6. Articles que j’ai pris plaisir à lire. J’ai hâte de tester cette fonctionnalité. Et pour les plus paranos, je vois pas en quoi ça peut faire peur si on ne publie pas n’importe quoi il n’y a pas de raison d’avoir peur. Comme d’habitude !

  7. Valentin Pringuay on

    @Emploi : tu as répondu à ma place avec le fond de ma pensée 😉
    Je vais d’ailleurs écrire un 2ème article sur Graph Search un peu plus tard ce mois-ci pour donner mon avis plus détaillé sur cette grande question 😉

  8. Tres bonne article, par contre, encore et toujours, cela je pense pas que ça affectera google, meme si le moteur graph search atteindra le meme traffic que google, les gens utiliseront toujours google pour leurs recherches… Graph search servira completement a autre chose

  9. Bonjour
    moi je pense qu’il faut s’attendre a un duel entre Gg et Fb dans les prochaines années.
    Déjà que Gg vient marcher sur les plates bandes de Fb avec google+ pas étonnant que Fb cherche à mettre en place un moteur de recherche faut bien combler le manque a gagner!
    Christ

  10. Je pense que Google restera indétronable en tant que moteur de recherche.

    On le sait tous que Facebook prépare une alternative à la recherche google depuis longtemps. Le Graph Search est intéressant, mais loin de faire le poids contre l’algo Google

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  12. Dès qu’il y a un nouvel outil de recherche, Google semble en danger. Twitter devait le détrôner, Facebook Graph on dit pareil, on parle déjà de Google Killer pour Qwant… Je pense que beaucoup de gens ne se rendent pas bien compte : Google a quasiment le web entier dans ses bases de données ! Je parle bien évidemment du web public avec du contenu, ce qui ne représente que quelques % du web, mais fait tout de même des milliards de pages web. Les informations qu’ils détiennent sont affolantes, ils ont encore une longueur d’avance indéniable !

  13. Beaucoup de personnes utilisent plus facebook que google. On peut déjà rechercher les pages facebook des sites webs. En plus facebook a un système de vote intégré grâce au like.
    Clairement facebook peut devenir une alternative à google dont l’algorithme montre de plus en plus ses limites.

  14. Je trouve cette solution géniale et plus particulièrement la dernière partie. En effet, si on met à jour sa localisation (il y a des sites pour ça aussi) et que l’on va au salon emarketing, par exemple, on peut chercher qui parmi ses relations se trouvent sur ce salon.

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  18. Pour ma part, avec une vision prospective, on peut légitimement penser que Google a lancé Google + pour justement contrer l’arrivée d’un éventuel moteur de recherche sociale sur facebook : 1 milliards d’utilisateurs, qui d’un coup pourraient faire des recherche directement sur facebook ? C’est un vrai danger pour google, et une opportunité pour facebook… on ne voit pour l’instant que les prémisses !

  19. @Mario Parce qu’ils sont américains et pas Français. Cela rendrait service à qui d’interdire les ex-Googler à ne pas travailler dans des sociétés concevant des moteurs de recherches ? ni aux entrepreneurs, si aux utilisateurs, tu es quand même d’accord pour dire que la concurrence est bon moteur à l’innovation, rassure moi ?
    Je ne comprends pas cette politique, et je l’entend de plus en plus.

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