"Il n’y a pas de personnes incorruptibles, il y a juste des gens plus chers que les autres…"

La question de la monétisation des blogs revient périodiquement sur l’avant-scène, avec son lot d’approximations et de contre-vérités, sans parler des polémiques que le sujet ne manque pas de susciter, notamment entre les pro et les anti-pub.

Certains prennent clairement position et n’affichent pas de publicités sur leur blog, pour différentes raisons, idéologiques, ou plus pragmatiques.
D’autres s’engagent résolument sur la voie de la monétisation, voire de la professionnalisation de leur blog en vue d’essayer d’en tirer quelques revenus substantiels.

Je souhaitais depuis quelques temps apporter mon point de vue personnel (et donc pas forcément objectif), en évitant tout manichéisme, mais plutôt sous l’angle de l’expérience vécue, et il me fallait pour cela assez de recul, soit une année pleine, pour pouvoir le faire en toute connaissance de cause.

Un peu d’histoire
Quand j’ai lancé la nouvelle version de Presse-citron, l’actuelle, en juillet 2005, je ne prévoyais absolument pas d’insérer un jour de la publicité, et encore moins d’en tirer un quelconque revenu. Autant le dire tout net, j’étais alors une bille en techniques de référencement et de SEO, il suffit de voir les titres et la structure de mes billets de l’époque.
Ma connaissance dans ce domaine est encore très incomplète mais j’ai un peu évolué, même si je ne rédige pas encore les titres de mes billets en fonction de leur potentiel de positionnement dans Google, et que je n’ai aucunement l’intention de le faire.
Cela pour dire qu’une stratégie de monétisation de blog commence à mon avis par une optimisation de celui-ci à tous les niveaux, du nom de domaine à sa structure même. Il est clair que certains blogs, principalement anglo-saxons, sont construits en structurés en fonction des espaces publicitaires qui peuvent y être logés. C’est un constat, pas une critique, car cela n’empêche aucunement certains d’entre eux d’être parfaitement pertinents et riches en contenu.
Le meilleur des deux mondes en quelque sorte…

Et la pub fut…
J’ai commencé à insérer de la publicité sur Presse-citron "pour voir" fin 2005, sous forme de Google Adsense exclusivement, quand ce blog venait de dépasser les 1500 visiteurs uniques/jour. Sans trop y croire bien sûr. Juste pour voir, donc. Cela coïncidait avec une série que j’avais lancé sur des idées cadeaux pour Noël. Les premiers revenus sont arrivés et la surprise fut plutôt agréable : de 30 Euros en octobre à plus de 100 Euros en décembre, soit un revenu multiplié par trois en 3 mois, et la tendance se confirma au cours des mois suivants.
Ca y est, j’étais mort : Presse-citron venait de basculer irréversiblement du côté obscur de la force en devenant un blog avec pub, une horreur de blog commercial. Car je peux vous dire qu’une fois que vous y avez goûté, il est pratiquement impossible de faire machine arrière : qui se passerait de quelques dizaines, voire centaines d’Euros de revenus qui tombent comme ça tout cuits sans engendrer une seconde de travail supplémentaire, ni modifier d’un iota vos habitudes ?
Du bonus pour blogueur, toujours bon à prendre, bien sûr en fonction de vos autres revenus.
Mais quand on ne roule pas sur l’or…

Cachez ces liens que je ne saurais voir !
Puis le trafic et la visibilité de Presse-citron augmentant au fil des mois, je fus contacté une première fois par un éditeur de (gros) site américain qui souhaitait accélerer son développement en Europe et sur le web français. C’est ainsi que nous négociâmes quelques liens sponsorisés, pour un trimestre, puis – l’expérience ayant été visiblement concluante pour l’annonceur – pour un deuxième trimestre, et enfin pour une année pleine. Payable d’avance par semestre, à bon prix…
Ce fut la deuxième vague de pub sur le Presse-citron.
Bien sûr ça rapportait de plus en plus, mais j’étais un peu tétanisé à l’idée que mes lecteurs se détournent d’un blog devenu "commercial".
Apparemment cela ne vous a pas trop génés puisqu le trafic a continué à progresser pour atteindre il y a un an environ 4000 visiteurs uniques/jour (chiffre qui a plus que doublé depuis).
Je note que je n’ai d’ailleurs pratiquement eu aucune remarque sur la publicité (peut-être deux ou trois commentaires par-ci par -là, mais pas très agressifs).
Cela dit, l’audience de ces pages serait peut-être double s’il n’y avait pas de pub, qui sait ? Franchement, je ne le pense pas.

Puis vinrent les régies, et les annonceurs en direct.
On peut penser ce qu’on veut des classements de blogs, que ce soit ceux de Technorati-Edelman, Alianzo ou Wikio, tous autant décriés lors de leur publication, mais une chose est sûre : ce sont de formidables boosters de blogs auprès… des annonceurs et des régies publicitaires.
Il est très clair et avéré que je n’aurais pas la moitié des propositions que je reçois si Presse-citron ne figurait pas régulièrement dans le top 10 de ces classements, qui sont vite devenus, qu’on le veuille ou non, une sorte de grille de référence pour tout ce qui cherche à faire du buzz auprès des internautes.
Dont acte : Presse-citron est en contrat (non-exclusif) avec deux régies auxquelles un espace est attribué à l’année (mais loin d’être encore occupé à 100%).
Idem pour les marques, les éditeurs de sites ou même quelques indépendants, qui me contactent régulièrement pour placer une bannière ou un lien sur Presse-citron. Ce qui peut parfois tourner au troc ou à l’échange de bons procédés, sans forcément impliquer une rémunération financière.

Tout ça pour dire quoi, au fait ?
Ah oui, j’y viens. En fait j’ai quelques éléments tangibles à vous communiquer, mais également pas mal d’interrogations sur le sujet.

Des chiffres, des chiffres !
Tout d’abord, sans dévoiler trop d’informations confidentielles, je vais pour la première fois et en exclusivité mondiale pouvoir enfin vous dévoiler la vérité toute crue sur les revenus générés par Presse-citron sur une année, soit de Mai 2006 à Avril 2007.
Je vous laisse juges, certains trouveront cela encourageant pour leur propre projet, d’autres trouveront peut-être que cela n’en vaut pas la peine, sachez en tout cas que pour l’instant ces revenus d’appoint me conviennent même si en termes de rentabilité et de ratio temps passé/révenus générés on est encore loin du compte.
Mais on est sur la bonne voie, et je suis convaincu que leur croissance est maintenant organique, et qu’ils continueront à progresser à un rythme soutenu dans les mois, voire les années à venir.
Allez, je ne vous fais pas mariner plus longtemps : de début mai 2006 à fin avril 2007, Presse-citron a généré exactement 8547,19 Euros HT de revenus publicitaires, soit une moyenne de 712,25 Euros par mois.
Mais le plus intéressant est bien sûr de voir la progression, qui est forte et continue et surtout exponentielle, puisque 40% des revenus ont été générés sur le dernier trimestre, soit une moyenne de 1 139,62 Euros/mois, avec une pointe qui a dépassé les 1 500,00 Euros en avril.
Pas mal, mais je pense que le meilleur est à venir, ne serait-ce qu’en regard de nouveaux contacts que j’ai eus cette semaine, dont l’un propose un modèle publicitaire complètement innovant qui risque de faire parler de lui dans les semaines à venir.

Quelle stratégie de monétisation ?
Bon, les chiffres, le revenu, tout ça, c’est bien joli, mais maintenant, ne perdons pas de vue que c’est le contenu et la ligne éditoriale d’un blog qui en font la richesse et qui fidélisent son audience.
Il n’est pas question de tranformer ces pages en vitrines publicitaires d’une part, ni de perdre une quelconque indépendance d’autre part.
J’ai à ce titre toujours refusé de publier des publi-rédactionnels ou billets sponsorisés car j’estime que cela irait clairement à l’encontre de ma liberté de ton.
Cela dit j’ai été approché récemment par une agence spécialisée pour diffuser un buzz, et pour la première fois je n’ai pas claqué la porte car l’objet du buzz pouvait comporter des avantages concrets pour les lecteurs : en gros il s’agissait d’un concours dans lequel vous pouviez gagner quelque chose. Ca ne s’est finalement pas fait car l’annonceur souhaitait supprimer la conclusion de mon billet dans laquelle j’indiquais à ma façon qu’il s’agissait d’un billet pour lequel j’avais été payé.
J’ai donc annulé mar participation et j’en suis quitte pour avoir perdu deux heures à rédiger un billet pour rien.
Je suis toujours en contact avec cette agence et il se peut que vous voyiez dans les jours qui viennent un billet "commandité", mais qui traite un sujet que j’aurais peut-être de toute façon évoqué.
Ce sera fait en toute transparence et restera exceptionnel quoiqu’il en soit.

Donc, si on récapitule, Presse-citron bénéficie aujourd’hui de 6 sources distinctes de revenus, qui sont, dans le désordre et sans entrer dans le détail pour des raisons de confidentialité que vous comprendrez aisément :

  • Google Adsense
  • Text Link Ads (les liens en pied de page)
  • Les liens achetés directement par les annonceurs (liens dans la sidebar gauche "Liens/ Divers")
  • La (ou les) régie(s) spécialisée(s)
  • Tradedoubler (ponctuel)
  • Bannières 300×250 ou 468×60 négociées directement avec l’annonceur (ou troc : cf Wilogo actuellement en haut de page)

Sources auxquelles il faudra ajouter, très occasionnellement, et encore, à tester, d’éventuels publi-rédactionnels très ciblés (Web 2.0 ou high-tech…)

Maintenant, se pose la question de la juste valorisation des espaces publicitaires, et là pour le moment on est un peu dans l’empirique, dans la négo à la va-comme-j’te-pousse, en tout cas pour moi.
C’est la raison pour laquelle, voyant les propositions arriver de plus en plus nombreuses, j’ai quand même mis en place une grille tarifaire "officielle" que je remets à tout annonceur qui prend contact avec moi.
Je l’ai établie en fonction de l’expérience et du recul de cette courte année, sans avoir de réelle certitude sur sa pertinence.
Pour ce faire j’ai pris en compte un certain nombre de critères, comme le placement sur la page (scroll nécessaire ou pas), la présence uniquement en home ou sur toutes les pages, la taille de l’encart, la durée, ce qui m’a permis d’établir des emplacements (N°1, 2, etc) et les tarifs correspondants.
Pour info, l’emplacement n°1 est facturé 450,00 Euros HT pour 1 mois, et vous savez quoi ? Quelque chose me dit que ce n’est pas assez cher (mais c’est juste une impression)…

Voilà pour ce premier bilan tiré de mon expérience vécue, dont je tire plusieurs conclusions :

  • premièrement, même si le chemin est long et incertain, je pense qu’il est possible de tirer des revenus conséquents d’un blog, et que ceux-ci ne dépendent pas forcément (ou seulement) du trafic de ce dernier. Un blog de niche très ciblé générant de la pub à fort CPM peut générer autant de revenus que Presse-citron avec une audience 5 fois inférieure.
  • ensuite, il faut op-ti-mi-ser : optimiser sa stratégie de monétisation, son positionnement, le design de son blog…
  • mais… pas trop : attention de ne pas tomber dans le travers facile de gérer le contenu de son blog en fonction de sa visibilité dans Google et du revenu potentiel de tel ou tel article car c’est à mon avis une démarche suicidaire à moyen terme
  • nous n’en sommes qu’aux prémices du marché publicitaire dans les blogs, qui va mûrir et probablement encore se développer sous de nouvelles formes dans les mois à venir

Rendez-vous pour un prochain bilan en mai 2008 : je parie sur un doublement des revenus publicitaires de Presse-citron d’ici-là, sans augmentation de la surface allouée à la pub…
 
Pour aller plus loin, deux articles très intéressants sur le même sujet, chez Vincent et chez  Steph.