Internet : y aura-t-il une bulle 2.0 ?

Voici maintenant quelques mois qu’on entend parler avec toujours plus d’insistance de l’explosion d’une bulle 2.0, une dizaine d’années après la fameuse bulle 1.0. Et ces jours-ci, l’extraordinaire succès de l’introduction en bourse de LinkedIn a fait chauffer les moteurs une fois de plus. Alors permettez-moi de vous donner mon avis sur la question, qui

Voici maintenant quelques mois qu’on entend parler avec toujours plus d’insistance de l’explosion d’une bulle 2.0, une dizaine d’années après la fameuse bulle 1.0. Et ces jours-ci, l’extraordinaire succès de l’introduction en bourse de LinkedIn a fait chauffer les moteurs une fois de plus.

Alors permettez-moi de vous donner mon avis sur la question, qui n’engage que moi, c’est clair.

D’abord la question « bulle ou pas bulle 2.0″ est loin d’être récente : 2006, 2007, 2008, 2009, 2010, et maintenant 2011 !

Donc comme vous le voyez, le sujet n’est pas nouveau, et bon an mal an, on a notre dose de bulles 2.0

Les boursiers de tout poil s’étonnent d’une telle valorisation de LinkedIn, du genre 2617 fois ses bénéfices et 36 fois son chiffre d’affaires, en oubliant juste de préciser qu’Internet n’a jamais fonctionné selon les critères traditionnels. Ce qui a conduit à la bulle 1.0, certes, mais comme le disaient déjà certaines pointures du Web, c’est l’histoire du verre à moitié plein ou à moitié vide, tout dépend ce que l’on veut bien y voir.

Pierre Chappaz, 2006 :

Tout d’abord n’oublions pas que la première “bulle Internet” a produit quelques unes des principales sociétés mondiales comme Yahoo, Google ou eBay, et qu’il y a eu beaucoup moins de casse financière qu’on l’a prétendu. Aujourd’hui nous sommes en train de vivre une seconde vague de création de services Internet dont les potentialiétés – grâce à la technologie et à la maturité du media Internet- sont absolument considérables. Il est naturel que de nombreux entrepreneurs tentent leur chance, et que les financiers soient prêts à soutenir les meilleurs. Il y a de l’enthousiasme mais aussi du discernement: il n’y a donc pas de bulle 2.0.

Marc Simoncini, 2006 : « Je veux pas qu’on casse ça »…

Donc perso, vous l’aurez compris, je vois le verre à moitié plein. Si l’on prend l’exemple de LinkedIn, déjà plus de 100 millions d’inscrits et un modèle économique en or, c’est peut-être aussi ce qui explique l’enthousiasme des investisseurs (ou des spéculateurs, pour ceux qui voient le verre à moitié vide…).

Car si bulle il y a, nous pourrons aussi en avoir une idée lorsque Viadeo et d’autres moins importants se lanceront dans l’aventure de l’introduction en bourse, vu qu’en général, le marché ne s’intéresse qu’aux first movers qui réussissent. La cotation d’une société comme Viadeo donnerait un signal sur l’état de la « bulle », car autant je vois la pérennité de LinkedIn, autant je reste perplexe face à la « sérénité » de Viadeo qui se voit « complémentaire » de LinkedIn. Franchement, je vois pas trop en quoi, ni comment Viadeo peut rivaliser avec une société capable de se classer parmi les 14 premiers réseaux sociaux mondiaux ayant plus de 100 millions de membres (ce n’est pas rien !).

Mais là encore, la réponse du marché serait une bonne indication… Prenons juste l’exemple de Facebook, qui ne devrait pas tarder à franchir le cap des 700 millions de membres (!!!), si ce n’est déjà fait. Pratiquement un dixième de l’humanité sur un seul site !

Qu’est-ce que ça signifie ? Pensez juste un instant en faisant un parallèle avec la télévision ? Quel serait le prix d’une chaîne télévisée pouvant atteindre à tout moment un dixième de l’humanité ? Incalculable, incommensurable… Juste pour vous donner une idée de la puissance de Facebook, mon blog qui fait moyennement entre 15 et 20 000 pages vues par mois, a enregistré un pic de 100 000 visites entre septembre et octobre 2010 ! Pourquoi ? Parce que Facebook avait mis en avant sur son site un lien vers mon billet parlant de … Facebook !

Donc bien qu’il faille certainement boucher quelques failles…, il n’empêche qu’une telle croissance ne s’était jamais vue jusqu’à ce jour (pour rappel, tout juste 42 millions de membres en octobre 2007 !). Souvenez-vous quand MySpace était devant Facebook ! Alors qu’aujourd’hui la planète MySpace est en passe de devenir un trou noir.

MySpace payée si cher par Murdoch et jamais rentabilisée : est-ce une bulle, ou plus simplement le faux pas d’un entrepreneur ? Et je pourrais continuer comme ça pendant longtemps…

Donc faites-moi plaisir, oubliez cette bulle ! Il n’y a pas de bulle.

Invité
23 mai 2011

C’est marrant, quand j’ai vu dans les différentes news l’emballement pour LinkedIn j’ai immédiatement pensé à ça aussi.
je me susi dis, « tient, les mémoires sont courte dans le monde du boursicotage »…

Invité
23 mai 2011

le problème est pris à l’envers : plutôt que de se demander si on peut constater la présence d’une bulle, on ferait bien mieux de se demander qu’est ce qu’une bulle et de fait, quels sont ses indicateurs (genre, une démarche un tant soit peu scientifique, voire économique, loin de l’incantation religieuse ou tout le monde donne son avis….).

Donc : C’est quoi une bulle ? Quels sont les indicateurs de la présence d’une bulle. Le reste, c’est Voici, Gala et Consorts.

Invité
Michaêl
23 mai 2011

Une action qui prend 105% sur une journée après IPO, c’est quoi alors ? Une sous-évaluation de la part des banques mandatées qui ont mal fait leur boulot ? C’est quand même une sacrée forme d’incompétence, à ce niveau-là, non ?

Vous ne voyez pas, dans la mise en scène de cet IPO (Wall Street habillé aux couleurs de LinkedIn, les boss qui viennent sonner la cloche), une façon de dire « les gars, on vous a concocté un coup, là y a du blé à se faire, et vous vendez rapidos parce que ça tient pas sur grand chose notre truc ». LinkedIn fait 3 millions de dollars de bénéfice, et est côtée à 9 milliards de dollars. Allo ? Tout va bien ?

Lisez ceci http://lexpansion.lexpress.fr/.....55831.html , surtout la fin : « [le site] avait indiqué mardi s’attendre à une perte en 2011 et à une décélération de la croissance. ». Hum…

Invité

Les liquidités sont énormes chez les fortunés et c’est aussi la peur de rater les sites phares des années 2020 qui anime les investisseurs. Certains perdront mais ils espérent que des pertes seront compensés par la pépite trouvée. Internet est simplement totalement dans l’économie…

Invité
Michaêl
23 mai 2011

J’ajouterai un lien vers cet article : http://seekingalpha.com/articl.....ernet-boom .
« There is not really any free cash flow and 2010 net income was just $15 million, offering a P/E just a shade under 600x. Reed Hastings might be happy now since Netflix, Inc. (NFLX) looks like a screaming bargain with a tiny P/E around 70x. Apple Inc. (AAPL) trades at an embarrassingly low 16x. ».
Mais, non, l’IPO de LinkedIn ne marque pas le retour d’une bulle…

Invité

Michaêl, je suis parfaitement d’accord avec l’auteur de l’article lorsqu’il dit  » However, I suspect attempting to divine a valuation for LinkedIn based on financial statements is a waste of time ». Et c’est justement cet aspect qui rend impossible de prendre la chose comme le suggère Vincent: « on ferait bien mieux de se demander qu’est ce qu’une bulle et de fait, quels sont les indicateurs de la présence d’une bulle ». Mais je crois que même en cherchant bien on ne trouverait rien … parce que la réalité de la bulle est surtout psychologique ! Ça me rappelle un peu lorsque Google a racheté YouTube à un prix qui semblait une énormité, totalement injustifié. Et pourtant, non seulement au final ça n’a rien coûté à Google
http://adscriptum.blogspot.com.....utube.html
mais de plus, qui penserait aujourd’hui à contester la légitimité de Youtube et de son énorme succès sur Internet.
Ce n’est pas pour rien que Viadeo a repoussé de 2 ans son IPO, si elle a lieu un jour…

Invité
Michaêl
24 mai 2011

C’est effectivement une perte de temps (vouloir donner une valeur selon des critères financiers) car ça ne fonctionne plus comme cela (= bulle), mais est-ce que cela veut dire que c’est normal ? Evidemment que non.
La comparaison du rapprochement entre Google et YouTube n’a pas vraiment lieu d’être ici. Evidemment que certaines acquisitions sont stratégiques, à long terme, et évidemment qu’une acquisition comme cela met du temps à porter ses fruits. Ici on ne parle pas du tout de ça, on parle de la valeur d’une entreprise. Aujourd’hui, LinkedIn a été valorisée 600x son bénéfice. A comparer avec les poids lourds comme Apple, ou petit poids lourd comme Netflix, comme dit dans l’article.
Une capitalisation boursière est censé prendre en compte la capacité d’une entreprise à générer du cache à court / moyen terme. Aujourd’hui, LinkedIn ne rapporte que 3 millions de dollars sur 250 générés (CA), vous ne trouvez pas cela ridicule, comme performance ? Quelle est la capacité de l’entreprise à générer du cash à moyen terme ? Le CEO a dit que 2011 serait marquée par une perte et que la croissance allait se ralentir (comme dit dans l’article que je citais dans mon premier message). A ce niveau-là, comment valoriser une telle boite 9 milliards de dollars ? Qu’est-ce qui explique cela ? Ce n’est pas comme si LinkedIn rachetait Viadeo 3 milliards de dollars, on pourrait comprendre l’intérêt pour eux, mais là on parle d’une IPO.
Cet événement, l’IPO, a été transformé en moyen de s’en mettre plein les poches sur 2 journées, comme je le disais. Il n’y a qu’à regarder comment l’action se casse la gueule depuis qu’elle a doublé son prix…

Invité
24 mai 2011

jm : la réalité de la bulle est psycho ? Quand elle a explosé, il y a 10 ans, c’était psychologique aussi ? J’aimerai l’avis d’analystes financiers web par exemple (j’en vois la semaine prochaine pour une levée de fonds, je vous raconterai…)

je reste persuadé qu’il y a une structure de bulle, avec des indicateurs : mais peut être que sa modélisation est difficile (je suis mathématicien, ingénieur et entrepreneur : pas analyste…)

Invité

Bon, et bien vous me donnez du travail !

1. Vincent, je ne suis ni mathématicien ni analyste, mais est-ce qu’on peut nier pour autant qu’il y a une forte composante psychologique dans toutes les histoires de bulles spéculatives ? J’imagine qu’il existe pour le marché du boursier une pléthore de modèles mathématiques avec des indicateurs à n’en plus finir, et pourtant quand du jour au lendemain on assiste à l’écroulement des bourses du monde entier comme des châteaux de sable, il me semble bien que l’aspect psychologique n’est pas le dernier à prendre en compte, au contraire. L’irrationalité des marchés, qu’ils appellent ça…
Enfin, ce que je veux dire par « il n’y a pas de bulle », c’est simplement qu’aujourd’hui, la situation n’est en rien comparable à celle d’il y a dix ans. C’est ce que je crois, et c’est fondé davantage – essentiellement – sur mon expérience du Web plutôt que sur une analyse basée sur des indicateurs que j’ignore. Expérience qui vaut ce qu’elle vaut, et je me trompe peut-être, mais faudrait quand même attendre quelques mois, voire quelques années, pour voir si à la fin cette fameuse « bulle » explose ou pas. C’est quand même symptomatique que l’explosion soit annoncée chaque année, comme je l’ai indiqué avec mes liens depuis 2006 !

2. Michaêl, je me trompe où il y a une contradiction dans les termes ? « La comparaison du rapprochement entre Google et YouTube n’a pas vraiment lieu d’être ici. (…) Ici on ne parle pas du tout de ça, on parle de la valeur d’une entreprise. »

Et moi je parle de quoi ? Il semble que tout le monde ait déjà oublié (je sais que tout va très vite sur le Web, mais quand même…) qu’avant que Google n’achète YouTube la plupart des évaluations ne donnaient pas un kopeck de l’entreprise ! Aucun modèle économique, pas de recettes publicitaires, des coûts de serveur impressionnants, des menaces de procès à n’en plus finir, etc.

Donc la question, c’est exactement ça : pourquoi Google a-t-il payé autant ce trou noir dont personne ne voulait ? La réponse, on la connaît aujourd’hui, ça s’appelle anticipation. Et c’est exactement le même raisonnement que les investisseurs qui placent aujourd’hui leur argent dans LinkedIn. L’avenir nous dira s’ils ont eu raison ou tort, mais appuyer son raisonnement sur le fait que l’action se casse la gueule le lendemain de la cotation, c’est quand même un peu court comme horizon, non ? Reparlons-en l’année prochaine à la même époque…

Invité
Michaël
24 mai 2011

Jean-Marie je suis ravi de vous donner du travail, mais à mon avis certaines informations vous ont échappées. Je vais prendre quelques minutes pour vous expliquer.
Il y a une partie psychologique, mais il y a aussi des chiffres qui parlent. Quand on voit que LinkedIn est valorisée 37 fois sont CA mais surtout près de 3000 fois son bénéfice quasi inexistant, et surtout la boite était déficitaire l’année dernière et le CEO s’attend à une baisse de la faible croissance et à perdre de nouveau de l’argent en 2011. Où est donc la psychologie là-dedans ? On vous parle de chiffres, là, c’est du concret.
Savez-vous comment un actionnaire / investisseur réfléchit ? A court terme. Et là le CT, c’est de prendre des sous sur l’IPO. Quel actionnaire va vous dire « LinkedIn j’y crois beaucoup », au vu des chiffres que je viens de vous donner ? (ou redonner, puisque tout était dans les liens des articles cités dans mes messages précédents, mais vous semblez lire les messages en diagonale, je vais y revenir)
Le fait que la création d’une bulle soit annoncée tous les ans ne veut pas dire que cette année il n’y aura pas plus de bulle que l’année précédente. Quel est le raisonnement ? La logique voudrait plutôt que justement, au final, ceux qui annoncent une bulle aient un jour raison, à force de l’annoncer… Et si c’était cette année ? Ou si, juste, l’IPO de LinkedIn sentait la bulle ?
Pour répondre à votre question, il n’y a pas contradiction dans les termes, j’apporte une précision : quand je parlais de « la valeur d’une entreprise », je parlais de « la valorisation boursière ». C’est ce dont on parle depuis le début, de cet IPO. Et comme je disais à la fin de mon message, que vous n’avez semble-t-il pas lu jusqu’au bout, on ne peut pas comparer une IPO avec le rachat stratégique d’une entreprise (YouTube) par une autre (‘Google). Je vous disais justement que c’était comme si nous parlions du rachat de Viadeo par LinkedIn pour un montant astronomique. Ce sont deux choses différentes, on parle ici d’une IPO, pas d’un rachat par une autre entreprise.
Pour ce qui est de regarder la capitalisation boursière de LinkedIn quelques jours après l’IPO, c’est de la pure mauvaise foi que de nier que des investisseurs ont ici fait un coup, et que la valorisation était totalement décorrélée de la valeur réelle de l’entreprise. Donc l’action se casse la gueule, et est revenue à son prix d’ouverture (déjà près de 2 fois plus élevé que le prix d’introduction, certes). Les investisseurs ont fait leur coup, et si désormais l’action est valorisée selon les critères sur lesquels s’appuient 365 jours par an les investisseurs (à savoir CA + bénéfice + potentiel, pour faire très court), l’action retombera sûrement à 45 dollars. Et ce sera très bien.
Mais on peut se donner RDV dans un an… ça ne changera pas grand chose à la discussion, mais bon…

 
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