Mon précédent billet sur le sujet a suscité de nombreuses réactions et une discussion argumentée et constructive. C’était prévisible, et je remercie tous ceux qui ont contribué à la conversation, ici mais aussi sur leur propre blog ou ailleurs (Twitter, Facebook…). Je vous avais promis un billet contradictoire, car j’estime que le débat n’est pas

Mon précédent billet sur le sujet a suscité de nombreuses réactions et une discussion argumentée et constructive. C’était prévisible, et je remercie tous ceux qui ont contribué à la conversation, ici mais aussi sur leur propre blog ou ailleurs (Twitter, Facebook…). Je vous avais promis un billet contradictoire, car j’estime que le débat n’est pas encore tranché. D’ailleurs si je propose de mettre en perspective les deux points de vue c’est justement que je pense qu’il y a autant d’arguments valables dans les deux camps, et que je ne suis pas certain d’avoir moi-même une opinion définitive sur la meilleure voie à suivre pour proposer une version mobile de son site web.

Voici donc (roulements de tambour…) 10 raisons de proposer une version web mobile de son site plutôt qu’une application.

usatoday iphone1 Internet mobile : 10 raisons de proposer une version web mobile de son site plutôt qu’une application

1. Un seul développement et un déploiement immédiat pour toutes les plateformes

C’est évidemment l’argument massue, celui qui pèse à lui seul le poids des neuf qui suivent. Si une version web HTML mobile est bien conçue et habilement codée, elle s’affichera en principe de façon optimale et identique sur tous le terminaux. A pondérer cependant car il y a presque autant de navigateurs et d’interprétations du HTML qu’il y a de terminaux (j’exagère un peu mais pas tant que ça). Ce qui reviendrait à développer plusieurs versions web mobiles, et annihilerait donc totalement cet argument.

2. L’indépendance vis-à-vis des App Stores et des opérateurs

Autre argument de poids : si vous développez une webapp plutôt qu’une application propriétaire, vous n’avez pas à vous soumettre au bon vouloir d’un opérateur ni à subir le dictat d’une marque ou les caprices de son patron mégalomane. Vous développez, vous déployez, point. Le web n’attend que vous et vous ne dépendez de personne (en Harley Davidson).

3. Des économies sur le coût de développement

Proposer une « simple » déclinaison de votre site web au format mobile vous reviendra probablement moins cher que développer une application, pour deux raisons : premièrement un webdesigner intégrateur travaille à des taux horaires inférieurs à ceux d’un développeur d’applications  (précisons quand même que selon votre prestataire ceci n’est pas toujours vrai), deuxièmement, comme indiqué dans le point n°1, vous ne devrez normalement développer qu’une seule version du site mobile, et pas une application par plateforme (en supposant que vous vouliez adresser tous les OS mobiles et tous les App Stores).

4. Avec les webapps les smartphones voyagent léger

A part quelques kilooctets de mémoire cache enregistrés dans le navigateur, une webapp ne requiert aucun stockage local sur le mobile. Ce qui permet de préserver la place pour d’autres éléments. Bien sûr aujourd’hui un bon smartphone digne de ce nom offre a minima quelques gigaoctets d’espace de stockage, mais quand on accumule les applications la mémoire disponible pour la musique ou la vidéo peut finir par faire défaut.

5. Le navigateur est roi, et le cloud est son royaume

A quoi sert d’avoir un navigateur web performant sur les dernières générations de smartphones si c’est pour ne pas s’en servir ? A une époque où la concurrence entre navigateurs n’a jamais été aussi forte et où celui-ci devient un enjeu stratégique pour les applications et les usages, à tel point que certains prédisent la fin du logiciel, il paraît en effet paradoxal d’investir dans des applications plutôt que dans le duo webapp – nuage. Une bonne webapp vous aidera à traverser dans les clouds en quelque sorte. Ce qui nous amène naturellement et tranquillement au point suivant.

6. Proposer une webapp c’est offrir la pérennité des données

Avec une webapp, rien n’est stocké sur l’appareil, comme vu précédemment. Avantage de taille en cas de vol ou de perte de celui-ci puisque même au bout du monde si vous rachetez un mobile il vous suffira d’ouvrir son navigateur web pour retrouver vos sites mobiles préférés. Et si de surcroît vous utilisez MyPhone (gratuit) sur votre Windows Phone vous retrouverez même vos favoris web d’une simple petite synchronisation de rien du tout. Ce que ne propose pas MobileMe d’Apple (payant) soit dit en passant…

7. Des mises à jour transparentes pour l’utilisateur

Si vous voulez faire évoluer, mettre à jour ou proposer une nouvelle version de votre site web, ces changements ne nécessiteront aucune intervention du côté de l’utilisateur : pas de mise à jour à aller chercher, télécharger et installer. De votre côté pas de nouvelle soumission à un App Store à chaque changement de virgule, et pas de versions différentes à maintenir. Imaginez le temps, la peine et les soucis économisés en regard de celui qui a développé une application par plateforme.

8. Vous n’avez pas de commission à reverser à un App Store

Si les App Stores peuvent aussi constituer un formidable tremplin pour certains applications et leurs développeurs, cet accès (aléatoire et de plus en plus incertain) à la notoriété et aux voies du succès se paie, sous la forme de commissions reversées à l’opérateur de l’App Store. Ainsi par exemple sur BlackBerry App World vous devrez reverser 30% de votre chiffre d’affaire à RIM sur chaque vente d’application réalisée. Cela étant, pour être vraiment objectif, précisons qu’il paraît assez difficile d’envisager de faire payer l’accès à une webapp mobile.

9. Proposer une webapp plutôt qu’une application c’est respecter et promouvoir le web et ses standards

Pour toutes les raisons évoquées précédemment, il apparaît comme plus « éthique » de proposer une webapp qu’une application propriétaire. C’est un débat un peu philosophique dont n’ont certainement que faire ceux qui comptent gagner de l’argent avec leur application (cf. l’app payante de L’Equipe) mais cette position est légitime. On ne peut effacer d’un trait de plume tout ce que le web a contribué à construire au cours des quinze dernières années en cautionnant sa « privatisation » via des applications propriétaires et fermées.

10. Google est ton ami à toi aussi, petite webapp

Avoir une webapp (bien) référencée par Google apporte potentiellement plus d’utilisateurs qu’une application sur un store propriétaire. C’est aussi un argument à prendre en compte, pour peu que l’on possède quelques compétences en SEO ou que l’on ait prévu une partie de son investissement dans le référencement.

En conclusion

Voilà. On n’est toujours pas sortis de l’auberge mais ces arguments complémentaires pourront aider ceux qui ne savent pas encore quoi décider au sujet de leur stratégie mobile. Vous l’aurez compris, la question aujourd’hui pour une entreprise, un média ou une marque, n’est plus « dois-je être présent sur les mobiles ? » car la réponse est évidemment oui, mais « comment dois-je m’y prendre ? ». Il n’y a pas de solution miracle, mais – comme vous l’avez signalé très justement – un ensemble de réponses à prendre en considération en fonction de son contexte, de sa cible, de ses besoins et de ses objectifs. Au-delà du débat idéologique (qui souvent fausse le jugement), pour certains une application sera incontournable, pour d’autres une webapp est la meilleure solution.

 Internet mobile : 10 raisons de proposer une version web mobile de son site plutôt qu’une application
Fondateur et rédacteur en chef de Presse-citron, Éric est blogueur, éditeur de contenus numériques. Par ailleurs il conseille et accompagne occasionnellement quelques entreprises dans leur développement sur internet.