Kawasaki Ninja ZX-10R : balade sur un missile sol-sol

Le week-end sur Presse-citron c’est relâche, et nous en profitons pour vous faire partager quelques autres expériences. Aujourd’hui, balade en Kawasaki Ninja ZX-10R. Attention, malgré le casque, ça décoiffe.

Les technologies numériques et les systèmes d’infotainment n’ont pas encore vraiment investi l’univers de la moto, et pour cause : barder une moto d’écrans et autres systèmes tactiles et communicants serait probablement très incompatible avec les exigences de sécurité et de concentration que requièrent le pilotage d’un gros cube.

Kawasaki Ninja ZX-10R

Ce qui n’empêche pas les constructeurs d’utiliser des technologies avancées dans d’autres domaines, moins visibles, mais aux applications très concrètes, justement en termes de sécurité. C’est le cas notamment de marques comme BMW mais aussi Kawasaki, qui proposent de nombreux systèmes d’assistance au pilotage.

Après Harley-Davidson, très actif sur les réseaux sociaux, et avec qui j’ai déjà eu l’occasion de partager de bons moments et pas mal de kilomètres, c’est cette fois le service presse de Kawasaki France qui m’a contacté pour me proposer un essai sur une semaine d’un modèle de mon choix. N’étant plus très connecté sur l’actu moto, et ne connaissant pas la gamme actuelle autrement que par ce que j’en aperçois sur la route ou dans les magazines, j’ai demandé à essayer une machine dans laquelle les innovations high-tech étaient les plus significatives. C’est donc comme cela que je me suis retrouvé avec un… monstre : la Kawasaki Ninja ZX-10R, soit le modèle le plus sportif et performant de la marque.

Une Ninja ? La dernière fois que j’en ai conduite une c’était la même que celle de Tom Cruise dans Top Gun, vous voyez si ça remonte… Autant dire que quand je me suis retrouvé chez le concessionnaire de Lyon chez qui l’engin m’a été livré, le vieil instinct de motard qui sommeille en moi s’est rapidement réveillé.

Cocktail explosif

Il faut dire que la bestiole en a un peu sous le capot : son moteur 4 cylindres en ligne développe en version d’origine non bridée la bagatelle de 210 ch, pour un poids de 198 kilos. Ce qui nous fait un rapport poids-puissance hors du commun de moins d’1 kilo par cheval. Soit un ratio équivalent à celui d’une MotoGP d’il y a 6 ou 7 ans. A titre de comparaison, la Bugatti Veyron Super Sport, voiture de « série » la plus puissante du monde (1200 ch) affiche un rapport poids-puissance de 1,407 kg/ch, soit un surpoids de 50% supérieur à celui de la Kawasaki. Les spécialistes apprécieront.

Résultat des courses : toujours en version débridée, la Kawasaki Ninja ZX-10R descend un 0 à 100 km/h en 2,5 secondes et dépasse les 300 km/h en vitesse de pointe. Tout cela sur circuit bien sûr (ou en Germanie).

Kawasaki Ninja ZX-10R

Le modèle français est donc bridé à 100 ch, selon notre vieille tradition de législations routières stupides qui laissent penser que l’on risque moins de se tuer avec une moto de 100 ch qui va à 300 km/h qu’avec une moto de 210 ch qui va à 300 km/h… Bref. Mon modèle d’essai était dans une livrée noire intégrale, mais elle est également disponible en vert Kawasaki bien sûr.

Sportivité vs. ergonomie

La prise en main en ville n’est pas évidente. Non pas que la moto ne soit pas maniable, mais on sent que l’on a affaire à un pur-sang dont le seul terrain d’expression est le circuit, ou au moins l’autoroute et les départementales lisses et dégagées. En ville, du point de vue ergonomie et confort c’est plutôt une souffrance : la position de conduite façon pilote de course, jambes repliées (incompatible avec des genoux un peu en vrac pour cause de tacles appuyés au foot) et commandes reculées, les lombaires écartelées, les cervicales tassées et les poignets écrasés par tout le poids de votre buste au moindre freinage, vous feraient passer n’importe-quel autre engin roulant, même un kart de compétition, pour un pullman 5 étoiles.

Mais c’est le prix à payer pour le plaisir, qui lui vient après, quand la route se dégage et que la ville est derrière vous. Les accélérations sont franches, linéaires, et même à bas régime sur un rapport intermédiaire, la cavalerie arrive sans délai pour vous propulser telle une catapulte d’un rond-point à un autre. Et dès que ça vire un peu, le bonheur est total : la moto est sûre, possède un freinage juste démoniaque avec ses 4 pistons et disques pétales de 310 mm, et l’enchainement de petits virages se fait à un rythme de plus en plus élevé, au point qu’il vaut mieux surveiller son tachymètre de près si l’on ne veut pas se retrouver très vite à des allures incompatibles avec 12 points de permis.

Kawasaki Ninja ZX-10R

Le deuxième jour j’ai trouvé déjà la machine plus confortable, comme quoi c’est aussi une question d’habitude et d’adaptation, et je l’ai testée sur environ 100 km dont 60 d’autoroute. Je ne vous dirai pas à quelle vitesse j’ai croisé (130 maxi bien sûr…), mais je peux vous affirmer que quelque soit l’allure, cette moto est un rail. En revanche, comme chaque fois que j’essaie ce type d’engin, je me pose la même question : à quoi sert réellement la bulle du carénage ? L’effet saute-vent est totalement absent, et sauf si vous êtes couché, menton sur le réservoir en mode Grand Prix, vous prenez tout le vent de la vitesse en pleine poire, à part peut-être les remous. Cela étant, la pression du vent compense la position de conduite en vous poussant un peu en arrière, ce qui finirait presque par reposer poignets et cervicales.

Sur petits routes accidentées, on constate à quel point l’amortissement est efficace et absorbe toutes les irrégularités, donnant l’impression que l’on se survole le macadam sur un coussin qui rien ne pourra déstabiliser. Pas de coups de raquette, aucun choc dans la direction ou la fourche avant, tout se passe dans un relatif confort et une ambiance rassurante sur la tenue de cap de la moto.

Des technologies de pointe pour l’aide au pilotage

Côté technique, l’engin est donc richement équipé en divers dispositifs d’assistance paramétrables par le conducteur : on citera entre autres la direction électronique Öhlins-Kawasaki amortie et pilotée via un calculateur qui prend en compte de nombreux paramètres comme la vitesse, l’accélération le freinage pour fournir une directivité optimale, le Sport-Kawasaki Traction Control (S-KTRC), qui gère l’adhérence et la traction, l’ABS séparé roue avant – roue arrière Advanced Kawasaki Intelligent Anti-lock Braking System ou encore le Power Mode, un sélecteur manuel qui permet de choisir la gestion de la puissance du moteur, pour rendre les accélérations plus linéaires sous la pluie par exemple.

Tous ces modes sont donc activables et réglables par le pilote à l’aide de poussoirs sur le guidon, et s’affichent sur le tableau de bord tout digital.

Kawasaki Ninja ZX-10R

En conclusion

La Kawasaki Ninja ZX-10R n’est pas une moto à mettre entre toutes les jambes. Elle séduira principalement les amateurs de grands frissons ayant un portefeuille bien garni puisque, outre le prix d’achat de 16.999 € dans sa version la plus évoluée (celle que j’ai essayée), il faudra certainement prévoir un petit budget pour tourner sur circuit, qui reste le terrain de jeu privilégié de la bête. Ne comptez pas non plus emmener madame en week-end ou les enfants à l’école avec ce pur-sang, puisque comme souvent sur ce type d’engin, la place arrière est juste symbolique et pratiquement inutilisable plus de quelques centaines de mètres si le passager a dépassé 18 ans et qu’il n’est pas gymnaste-contorsionniste de profession.

Mais si votre intention est de limer le bitume pour des virées entre potes sur les départementales d’Auvergne, de Provence ou des Alpes, alors là vous aurez certainement une idée plus précise du bonheur sur terre…

J’aime

  • le look « circuit » radical
  • la filiation Ninja
  • l’élasticité du moteur
  • la rigidité de l’ensemble
  • la puissance
  • la tenue de route
  • le freinage

J’aime moins

  • la bulle de carénage pas très efficace
  • l’inconfort général en ville et sur petits parcours

Voir la Kawasaki Ninja ZX-10R 2013
Le site de Kawasaki France

Un grand merci au service de presse de Kawasaki France qui m’a proposé cet essai et à la concession Kawasaki de Lyon Dardilly pour son accueil… et sa confiance 🙂


21 commentaires

  1. Cool de voir ce genre d’article sur SA moto de tous les jours… 🙂 Fan de Kawasaki depuis plus de 20 ans et heureux propriétaire d’un ZX10R de 2012 vert et noir, mon 5ème « 10R » comme on le surnomme dans le milieu (après un 2004, un 2006, un 2008 et un 2010 tous noirs) et ma 8ème « Kawa », je peux témoigner en connaissance de cause et faire part de ma maigre expérience 😉 Je rejoins Eric sur la plupart des points évoqués mais en apportant quelques nuances. Pour commencer, on peut dire que je suis plutôt un gros rouleur, surtout pour une sportive, car je parcours plus de 15.000 kms par an, sauf dans des périodes un peu plus « pleines » (Le Mans, Bol d’Or, virées, etc.). Par exemple, j’ai parcouru plus de 37.000 kms au guidon de mon 2004 (en 2 ans donc pour ceux qui n’auraient pas suivi) et j’ai revendu mon 2008 avec 44.500 kms au compteur après 2 ans de bons et loyaux services. Bref, tout ça pour dire qu’on peut faire de gros kilométrages, même au guidon d’une sportive. Utilisant mon « 2012 » (le même que celui essayé par Eric) au quotidien, et ce même pour aller au boulot, je peux dire qu’il n’est pas si inconfortable que cela en ville… Certes ce n’est pas, en théorie, le modèle le plus adapté à la conduite urbaine, mais il dispose de plusieurs atouts lui permettant de rivaliser avec les scooters et autres trails dans le flot de circulation. En effet, la moto est compacte, fine, relativement basse, et une fois les rétros rabattus, il est difficile de me suivre entre les voitures 😉 Pour ce qui est de la selle passager, je rejoins tout à fait Eric, celle-ci n’est pas du tout accueillante et n’est là que pour « dépanner ». En revanche, la selle pilote étant plutôt longue, on loge assez facilement à 2 à condition d’avoir une compagne plutôt svelte. Eric parlait d’emmener les enfants à l’école, c’est pourtant ce que je fais avec ma fille de 15 ans (depuis l’âge de 9 ans), 2 week-ends sur 3, et elle ne se plaint pas. D’ailleurs, lorsque je la ramène le vendredi soir, il lui arrive de dormir derrière moi, tellement elle est en sécurité, car bien calée entre moi et la selle passager… Et il m’est arrivé de faire faire des balades à des passagères, toujours sur ma selle et non sur la selle « dédiée ». Pour en finir, et en parlant de confort, du haut de mes 43 ans je ne souffre toujours pas du dos, et ce malgré 250.000 kms parcourus en 21 ans de moto ou à cause (grâce ??) aux sportives. Je pars du principe que le fait d’avoir une position sur l’avant empêche de se tasser sur ses propres vertèbres comme c’est le cas sur les roadsters. Je pourrais d’ailleurs citer l’exemple d’un ami qui, après de longues années de mal de dos alors qu’il roulait en Hornet (un roadster donc), a fini par « guérir » son mal en passant sur une sportive, un ZX6R (le « petit frère » du « 10R » ;)). En tout cas merci pour ce super article Eric, et si tu connais quelqu’un au service presse Kawasaki, tu pourras leur donner les coordonnées d’un de leur plus grand fan (moi), je pourrai essayer leurs nouveaux modèles s’ils le souhaitent 😉 @ppels de phares !!!

  2. Pas l’air très confortable en effet, mais très puissante. Comme quoi les designer ont très bien réussi leur job =) Quel plaisir ce doit être pour les allemands qui peuvent profiter pleinement de la puissance de tous ces engins (j’aimerais d’ailleurs connaître leur chiffre de sécurité routière)!

  3. Eric

    @NonoKawa : merci pour ce témoignage complet, détaillé et très intéressant, tu sais de quoi tu parles, je m’incline, moi qui ne suis qu’un motard du dimanche (et encore pas tous les dimanches) 🙂
    Je n’avais pas pensé à l’alternative de la passagère sur la selle du pilote, pas mal, en plus cela favorise une certaine proximité 🙂

  4. A noter quand même que ce n’est pas parce que la Veyron Supersport est la voiture la plus puissante du monde que cela en fait l’engin le plus efficace en rapport poids/puissance. Une ariel atom V8 a un bien meilleur rapport poids/puissance et abat le 0-100 en 2.3 secondes seulement…. Encore mieux que la Ninja. Mais comme la Ninja, difficile de faire ses courses en Atom. En revanche, on peut emmener sa fille à l’école sur le 2ème siège. Et dans les 2 cas, cela reste diablement efficace comme bestioles.

    • Eric

      O.S. : oui bien sûr, il y a des voitures encore plus performantes j’ai mentionné la Veyron parce-que c’est la plus connue et la plus emblématique, et aussi parce-que c’est une voiture de « série » (noter les guillemets, comme dans l’article).

  5. Elle est vraiment magnifique ^^ Je sais malheureusement que je ne serais pas en mesure de piloter un tel monstre, mais si un jour on me propose de m’emmener faire une petite ballade, je saute sur l’occasion sans réfléchir!

  6. @Eric : Houla, loin de moi l’idée de passer pour LE motard qui sait tout, un motard même du dimanche, reste un motard s’il en a l’esprit 😉 Ne dit-on pas motard un jour motard toujours ? Et j’avoue, la proximité imposée par ma solution n’est pas désagréable 😉

  7. @O.S. : Oui mais alors si tu veux faire une vraie comparaison, à mon avis il faut inclure les notions de prix et de consommation. A performances équivalentes, rien ne sera mieux qu’un gros cube sportif pour ces 2 dernières raisons. En utilisation mixte, je suis à 7,5 l aux 100 kms sachant que j’ai plutôt tendance à ouvrir… Et pour un peu plus de 16.000€, atteindre les 100 km/h en 2.5″ contre 208.000€ pour l’Ariel Atom V8, mon choix (si tant est que je pouvais me le permettre) est vite fait 😉 Au pire, je préfère le Kawa ZX-770R (http://www.turbo.fr/actualite-.....i-ktm-bow/), mais ça c’est mon côté fan de la marque qui ressort !!!

  8. merci pour cet article! Ça permet d’avoir une idée plus claire sur l’engin et sur les qualités et faiblesses de la bête!

  9. @Eric : C’est vrai que l’Ariel n’est pas homolgué en France, mais je ne suis pas sûr qu’ils vendent plus de Veyron Supersport que d’Ariel Atom 🙂
    @Nonokawa : Je ne faisais qu’une comparaison sur le rapport poids/puissance, et sur le fait que même une voiture pouvait accélérer plus fort qu’une moto. Bon dans ce domaine, on doit compter les voitures capables de ce genre d’accélération sur les doigts de la main. Alors que du côté des motos, c’est plus « fréquent ». Après pour l’aspect comparaison, tout dépend aussi de là où l’on place le comparateur : confort, nbr de personnes à bord, coffre, …

    De toute manière et dans tous les cas, on est dans un domaine où les performances prennent le pas sur l’usage quotidien, et dans l’optique du plaisir avant tout.

    Bonne route à tous !

  10. Yes elle claque !!! Je préfère le style Kawasaki en vert. Et le plus réussi le tableau de bord avec compte-tours graphique à barrettes et rétro-éclairé ! La classe et jamais fait vu sur une autre moto.

  11. Super article Eric, ça donne envie d’aller essayer une sportive juste comme ça pour le fun 🙂

  12. Ah j’ai testé la ninja 636 donc une bien plus petite cylindrée et elle envoie tellement !!! A proscrire pour une conduite en ville, vous risquez de perdre vite votre permis ou de faire un accident… A chaque accélération, on sent que la moto en redemande !

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