L’implantation des logiciels libres chez les professionnels d’internet n’a jamais été aussi importante.
La part de marché du libre et de l’open source est en croissance constante : la grande majorité des applications web 2.0 sont développées dans un environnement LAMP (Linux Apache MySQL PHP), sans compter les principaux scripts de blogs (Wordpress, Dotclear) ou encore les CMS les plus utilisés (Joomla…).

D’autre part, plus de la moitié des infrastructures serveurs pour l’hébergement web sont sous Apache (même si IIS de Microsoft gagne du terrain aussi dans ce domaine).
Enfin, Firefox, fer de lance du libre, continue sa percée dans le grand public, rognant irrésistiblement des parts de marché à Internet Explorer, sans parler d’OpenOffice, réelle alternative à la suite logicielle bureautique de Microsoft.
Pendant ce temps, Linux en temps que système d’exploitation reste très marginal en nombre de postes installés, que ce soit en entreprise ou chez les particuliers, à tel point qu’il n’apparait parfois pas dans les statistiques, ou alors sous la rubrique "autres", avec des parts de marché qui oscillent entre 0.5% et 1% pour les plus optimistes (3,3% chez les lecteurs de Presse-citron mais ce n’est pas représentatif).
Normal, en dépit de nombreux efforts de simplification et d’accessibilité au grand public, notamment avec des distributions stars comme Ubuntu, Linux, malgré ses atouts, n’est pas et ne sera à mon avis jamais un truc grand public. Linux reste un OS pour geeks (ou pour développeurs, ce qui revient à peu près au même).
Jamais un truc grand public ?
Plus si sûr.
Car l’arrivée imminente de l’ultra-portable Asus EeePC risque de changer un peu la donne, et plusieurs arguments plaident en faveur d’une première réelle percée du libre auprès du grand public.
Deux scénarios sont possibles.

Scénario optimiste :
Asus met en place une vraie politique de marketing grand public avec les moyens correspondants, et le EeePC s’impose rapidement comme la webAsus EEE PC 701 machine, qui vient compléter l’équipement familial en offrant une vraie solution alternative et peu coûteuse en rapport des services rendus.
A domicile, plus besoin de squatter le gros PC pour lire rapidement ses mails, surfer ou chatter (avec webcam), en moins de 20 secondes le EeePC est opérationnel, chacun l’utilise et il trouve sa place dans le salon entre les télécommandes de la télé, la manette de la console de jeux, et Télé7Jours.
Vu sa légèreté et sa maniabilité les particuliers peuvent enfin emporter l’appareil partout avec eux (résidence secondaire, lieu de vacances, week-end à l’hôtel…) et restent connectés sans contraintes de poids ou d’encombrement, et sans avoir à investir plus de 600 Euros dans un "vrai" portable.
Et c’est ainsi que le EeePC devient la deuxième voiture de l’informatique familiale. Avec Linux en prime.
Et sans pour autant, comme on pourrait le craindre, cannibaliser les autres offres d’Asus : la famille qui achèterait un EeePC n’aurait de toute façon jamais acheté un portable, car ce n’est pas le même usage. En cela il y a de fortes chances que le EeePC crée véritablement son propre marché.
Quant aux nomades professionnels, n’en parlons même pas, le EeePC risque bien de changer leur vie…
Grand gagnants, hormis Asus et les distributeurs ? Les éditeurs de logiciels libres pré-installés sur l’appareil, et en premier le système d’exploitation, Xandros, un dérivé de Linux.
D’autres arguments plaident pour ce scénario idyllique :

  • l’offre SFR à 199 Euros liée à un abonnement internet 3G à 29,90 Euros par mois (mais qui passera à 59 Euros à partir du 11 mars prochain)
  • l’ambition affichée de SFR de véritablement démocatiser l’internet mobile et d’écouler 10000 EeePC durant cette première période promotionnelle

Si cet objectif est atteint, ce serait la première fois qu’un PC "grand public" avec Linux pré-installé toucherait autant de monde en aussi peu de temps. 10000 distributions Linux "vendues", ou plutôt diffusées, en un mois et demie, champagne !

Scénario pessimiste :
Asus foire sa campagne de lancement, ce qui ne serait pas si saugrenu au vu des atermoiements de la firme au sujet du EeePC depuis les premières annonces, et le EeePC reste un truc de geeks, non pas une web machine mais une simple Blog machine, que s’approprient les initiés et les bidouilleurs.
Pire, Asus ne prévoit pas les stocks suffisants (c’est souvent le cas au lancement d’une machine très attendue par les technophiles, seul Apple échappe à la règle), et après le rush du premier jour la pénurie est immédiate.
Pourquoi je dis cela ? Parce-que j’en ai parlé récemment avec le responsable informatique d’un grand distributeur, et malgré la puissance de l’enseigne et quelques jours avant sa sortie officielle, il m’indiquait n’être même "pas sûr d’arriver à en avoir 4 ou 5" selon ses propres termes. Encore pire, selon lui, tout son stock serait packagé SFR, si bien qu’il serait impossible d’avoir un EeePC nu hors abonnement. Ce qui bien sûr, si cela se confirmait, serait absolument scandaleux en plus d’être illégal, au regard des dispositions sur la vente liée.
Bien sûr toutes ces informations sont à prendre avec beaucoup de prudence, nous verrons bien mercredi prochain ce qu’il en est.
Enfin, la grande majorité des acheteurs grand public installe d’entrée Windows XP, qui fait partie dont les drivers sont inclus dans le package de base, sur DVD fourni dans la boîte (mais pas dans ceux vendus en pack SFR) : exit Linux et la belle collection de logiciels libres pré-installés. Ce scénario ne serait pas totalement absurde : certains distributeurs proposent déjà une version upgradée à 1Go avec XP préinstallé.

Alors, scénario optimiste ou pessimiste ? Asus a de l’or dans les mains avec l’EeePC, saura-t-il en tirer le profit espéré et au passage faire bénéficier Linux de sa puissance commerciale et de son réseau de distribution ?
Réponse le 23 janvier…