L’important dans la musique, c’est l’emballage
Par Eric, 24 mai 2006 à 00:14 :: Musiques

Le meilleur moment quand on va passer sa première nuit avec une inconnue, c’est quand on monte l’escalier.
(avertissement : ce billet n’est pas pornographique, mais contient des morceaux de nostalgie que nos plus jeunes amis lecteurs pourraient avoir un peu de mal à comprendre)
Acheter sa musique sur internet, télécharger (légalement) du mp3 par wagons, c’est bien, c’est pratique, c’est immédiat, ça coûte théoriquement moins cher qu’acheter ses CD à la Fnac. Ok on est bien d’accord.
Sauf que.
Sauf que je ressens quand même une sorte de vague à mon âme de mélomane devant tant de dématérialisation. Et j’ai enfin trouvé ce qui cause chez moi cette espèce de frustration subliminale : le plaisir d’un bon disque (attention, mot en voie d’extinction) ne se résume pas à la seule musique qu’il contient, au même titre qu’un bon bouquin n’est pas uniquement qu’une suite de mots mis dans le bon sens.
Comme dans la citation en début de cet article, je me demande si le meilleur moment du premier contact avec un nouvel album ne se trouvait pas dans la découverte fébrile de l’objet : on revenait de chez le disquaire avec le disque tant attendu (ou avec une découverte totale dénichée par hasard au détour d’un bac parce-que justement la pochette vous avait fait de l’oeil), on jetait négligemment son manteau et ses pompes sur le parquet à peine arrivé, pour déposer religieusement le morceau de bakélite (ou encore mieux pour ceux qui ont connu ça : le vinyl dans sa pochette) sur la table du salon, on s’énervait un peu sur ce putain de cellophane impossible à ouvrir, et on sortait enfin le disque de son écrin.
On le déshabillait, quoi. Comme la fille (une fois arrivés, pas dans l’escalier).
Puis à peine introduit (oups) dans le lecteur/sur la platine, on ouvrait grand ses oreilles pour la première écoute, mais aussi ses yeux pour la première lecture des notes de pochette.
Les fameuses notes de pochette, Saint Graal du zicos en mal de scoop, ou l’on écarquillait les yeux pour savoir qui jouait quoi, qui produisait (ouah, t’as vu, c’est produit par Phil Spector, j’en étais sûr, ça sonne trop Wall of sound), si le méchant trash-metallo remerciait son Papa et sa Maman qui avaient toujours cru en lui, tout ça…
Sans parler du design. Le design fou des pochettes de la pop-culture des seventies, oeuvres d’art aujourd’hui devenues cultes, sommets de créativité ou de mauvais goût rock’n'roll.

C’était ça, le plaisir d’un bon disque : un flirt avec l’inconnu, un machin presque érotique, la plongée dans un nouvel univers.
Bien sûr c’est encore possible, mais ça n’a plus tout à fait le même goût : les pochettes de CD sont souvent réduites au strict minimum (et ils s’étonnent qu’on pirate leur daube, après), et ce n’est pas en allant acheter le dernier Moby sur iTunes que je vais savoir qui l’a produit, qui est au synthé (je sais, l’exemple est mauvais, c’est Moby qui fait tout) et accessoiremment avoir les paroles des chansons.
Sans oublier un autre aspect non négligeable du téléchargement au format mp3 : le mp3 est un format dégradé de la qualité originale de l’enregistrement, nous avons tendance à tous l’avoir oublié. Nous écoutons tous et tout le temps de la musique qui a perdu une part significative de sa pureté originelle. Même si la différence est imperceptible dans un environnement standard, elle existe, et une oreille exercée reconnaîtra sans coup férir la copie de l’original.
Et si elle était là, la clé du sauvetage des majors et de l’industrie musicale : faites-nous de beaux packagings, avec des bonus, du contenu, des exclus destinées à devenir collector (une pochette dessinée en exclusivité par un Bilal, ça a de la gueule, non ?), les paroles, les tablatures pour les guitaristes, des partoches pour les autres, des reportages sur le making-of, du beau papier cartonné, des couleurs…
Peut-être que là on reviendra chez le disquaire, écouter, palabrer, échanger.
Et accessoirement, acheter…
PS : j’ai souvent pensé que celui qui lancerait un service web permettant de retrouver et éditer ou commander les pochettes originales intégrales (incluant les livrets) sur simple recherche dans une base de données ferait un carton. Je ne sais pas is ça existe maintenant. Vous avez des infos à ce sujet ?

Fuzz it!
Commentaires
1. Le 24 mai 2006 à 0:28, par bAm :: site
2. Le 24 mai 2006 à 1:28, par Rfly :: site
3. Le 24 mai 2006 à 2:06, par Cissou :: site
4. Le 24 mai 2006 à 8:31, par saturnerifo :: site
5. Le 24 mai 2006 à 8:35, par Kéo :: site
6. Le 24 mai 2006 à 9:20, par d33p :: site
7. Le 24 mai 2006 à 9:23, par pierre :: site
8. Le 24 mai 2006 à 9:34, par Eric :: site
9. Le 24 mai 2006 à 14:27, par Iouze :: site
10. Le 24 mai 2006 à 19:21, par Onurb :: site
11. Le 25 mai 2006 à 18:50, par Ramjet :: site
12. Le 28 mai 2006 à 8:50, par hunvreus :: site
13. Le 28 mai 2006 à 10:36, par Eric :: site
14. Le 1 juin 2006 à 19:42, par Compositeur: musiques de films :: site
15. Le 12 avril 2007 à 13:51, par Thibaud :: site
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