Pink Floyd
Le meilleur moment quand on va passer sa première nuit avec une inconnue, c’est quand on monte l’escalier.
(avertissement : ce billet n’est pas pornographique, mais contient des morceaux de nostalgie que nos plus jeunes amis lecteurs pourraient avoir un peu de mal Ă  comprendre)


Acheter sa musique sur internet, tĂ©lĂ©charger (lĂ©galement) du mp3 par wagons, c’est bien, c’est pratique, c’est immĂ©diat, ça coĂ»te thĂ©oriquement moins cher qu’acheter ses CD Ă  la Fnac. Ok on est bien d’accord.
Sauf que.
Sauf que je ressens quand mĂŞme une sorte de vague Ă  mon âme de mĂ©lomane devant tant de dĂ©matĂ©rialisation. Et j’ai enfin trouvĂ© ce qui cause chez moi cette espèce de frustration subliminale : le plaisir d’un bon disque (attention, mot en voie d’extinction) ne se rĂ©sume pas Ă  la seule musique qu’il contient, au mĂŞme titre qu’un bon bouquin n’est pas uniquement qu’une suite de mots mis dans le bon sens.

Comme dans la citation en dĂ©but de cet article, je me demande si le meilleur moment du premier contact avec un nouvel album ne se trouvait pas dans la dĂ©couverte fĂ©brile de l’objet : on revenait de chez le disquaire avec le disque tant attendu (ou avec une dĂ©couverte totale dĂ©nichĂ©e par hasard au dĂ©tour d’un bac parce-que justement la pochette vous avait fait de l’oeil), on jetait nĂ©gligemment son manteau et ses pompes sur le parquet Ă  peine arrivĂ©, pour dĂ©poser religieusement le morceau de bakĂ©lite (ou encore mieux pour ceux qui ont connu ça : le vinyl dans sa pochette) sur la table du salon, on s’Ă©nervait un peu sur ce putain de cellophane impossible Ă  ouvrir, et on sortait enfin le disque de son Ă©crin.

On le dĂ©shabillait, quoi. Comme la fille (une fois arrivĂ©s, pas dans l’escalier).
Puis à peine introduit (oups) dans le lecteur/sur la platine, on ouvrait grand ses oreilles pour la première écoute, mais aussi ses yeux pour la première lecture des notes de pochette.
Les fameuses notes de pochette, Saint Graal du zicos en mal de scoop, ou l’on Ă©carquillait les yeux pour savoir qui jouait quoi, qui produisait (ouah, t’as vu, c’est produit par Phil Spector, j’en Ă©tais sĂ»r, ça sonne trop Wall of sound), si le mĂ©chant trash-metallo remerciait son Papa et sa Maman qui avaient toujours cru en lui, tout ça…
Sans parler du design. Le design fou des pochettes de la pop-culture des seventies, oeuvres d’art aujourd’hui devenues cultes, sommets de crĂ©ativitĂ© ou de mauvais goĂ»t rock’n'roll.
Roxy Music

C’Ă©tait ça, le plaisir d’un bon disque : un flirt avec l’inconnu, un machin presque Ă©rotique, la plongĂ©e dans un nouvel univers.
Bien sĂ»r c’est encore possible, mais ça n’a plus tout Ă  fait le mĂŞme goĂ»t : les pochettes de CD sont souvent rĂ©duites au strict minimum (et ils s’Ă©tonnent qu’on pirate leur daube, après), et ce n’est pas en allant acheter le dernier Moby sur iTunes que je vais savoir qui l’a produit, qui est au synthĂ© (je sais, l’exemple est mauvais, c’est Moby qui fait tout) et accessoiremment avoir les paroles des chansons.

Sans oublier un autre aspect non nĂ©gligeable du tĂ©lĂ©chargement au format mp3 : le mp3 est un format dĂ©gradĂ© de la qualitĂ© originale de l’enregistrement, nous avons tendance Ă  tous l’avoir oubliĂ©. Nous Ă©coutons tous et tout le temps de la musique qui a perdu une part significative de sa puretĂ© originelle. MĂŞme si la diffĂ©rence est imperceptible dans un environnement standard, elle existe, et une oreille exercĂ©e reconnaĂ®tra sans coup fĂ©rir la copie de l’original.
Et si elle Ă©tait lĂ , la clĂ© du sauvetage des majors et de l’industrie musicale : faites-nous de beaux packagings, avec des bonus, du contenu, des exclus destinĂ©es Ă  devenir collector (une pochette dessinĂ©e en exclusivitĂ© par un Bilal, ça a de la gueule, non ?), les paroles, les tablatures pour les guitaristes, des partoches pour les autres, des reportages sur le making-of, du beau papier cartonnĂ©, des couleurs…
Peut-être que là on reviendra chez le disquaire, écouter, palabrer, échanger.
Et accessoirement, acheter…

PS : j’ai souvent pensĂ© que celui qui lancerait un service web permettant de retrouver et Ă©diter ou commander les pochettes originales intĂ©grales (incluant les livrets) sur simple recherche dans une base de donnĂ©es ferait un carton. Je ne sais pas is ça existe maintenant. Vous avez des infos Ă  ce sujet ?