Quand on édite un blog qui atteint une audience "significative", et qu’on n’est pas hostile à l’idée de monétiser celui-ci en louant ses espaces à des annonceurs, on conclut des accords avec des régies publicitaires, et se pose alors rapidement la question des publi-rédactionnels.

Je suis moi-même confronté ces derniers jours à cette problématique et je dois dire qu’une solution raisonnable et acceptable pour tous (annonceurs, éditeur du blog, lecteurs) n’est par forcément facile à trouver.



Pourquoi l’insertion de publi-rédactionnels dans un blog peut-elle poser problème ?

La publicité, même si elle en agace certains – ce que je peux comprendre si elle est trop intrusive – commence à faire son chemin sur les blogs et elle est finalement assez bien admise. D’autre part, ceux qui y sont vraiment hostiles peuvent utiliser des outils pour la bloquer et continuer à naviguer tranquillement.
Il n’en va pas de même pour les publi-rédactionnels : d’une part ils s’invitent dans le flux des articles des blogs et sont par conséquent difficilement "blocables", et d’autre part ils peuvent même venir dans votre agrégateur (même s’il existe aussi des moyens de filtrer ceux-ci).
D’un autre côté, je ne suis pas certain qu’il faille crier au loup pour quelques publi-rédactionnels diffusés par un blog, à condition que ceux-ci soient évidemment clairement identifiés comme tels.

Appât du gain versus "éthique"…

Vaste débat dans lequel j’éviterai soigneusement de rentrer car ce n’est pas l’objet de cette réflexion.
Seulement voilà, les faits sont là et ils sont têtus : quand on passe – comme c’est mon cas – de plus en plus de temps à éditer (je devrais dire gérer) un blog comme celui-ci, qu’on essaie de produire du contenu régulièrement, que cette activité s’impose naturellement comme étant partie intégrante de votre vie professionnelle, et que, accessoirement on touche plusieurs milliers de lecteurs quotidiennement, il arrive un moment où il me parait légitime d’essayer d’en tirer un revenu en adéquation avec le temps passé.
L’équation est simple : si je passe entre 30 et 50% de mon temps professionnel à bloguer, il ne parait pas aberrant que le blog génère entre 30 et 50% de mes revenus totaux (même si on peu pondérer cela dans le fait que le blog sert aussi indirectement mes intérêts en me faisant économiser des démarches commerciales ou de relations publiques, entre autres…).
J’ai clairement fait le choix de la monétisation de Presse-citron, et je ne le regrette pas, car je pense le faire avec une certaine retenue, et le ratio espaces pub/revenus est pour le moment satisfaisant. Je ne vous cache pas que je pourrais gagner beaucoup plus si j’acceptais toutes les sollicitations des annonceurs, mais ce serait à mon avis une politique à court terme, or je ne tiens pas à flinguer en quelques semaines un truc qui a été bâti patiemment en plusieurs années.

Les revenus tirés des publi-rédactionnels en valent-ils la peine ?

Il y a eu en tout et pour tout sur Presse-citron deux (2) publi-rédactionnels plubliés en deux ans et plus de 2000 billets. Il se trouve que les deux ont été publiés à quelques jours d’intervalle, par un pur hasard du calendrier.
Pendant cette même période j’ai reçu 6 sollicitations (en un mois donc) de deux agences différentes, et je n’en n’ai donc acceptées que deux. D’une part parce-que tout ce que l’on me proposait ne correspondait pas forcément aux thématiques couvertes par Presse-citron, mais aussi parce-que je ne souhaite pas publier ce genre d’article trop fréquemment.
Mais croyez-moi, il est difficile de refuser car, pour répondre aux interrogations de certains, ces publi-rédactionnels sont plutôt bien payés. Sans entrer dans les détails, cela va de 350 à 700 euros pour un article, la moyenne fréquente s’établissant aux alentours de 400 Euros. Si j’avais accepté les 6 propositions récentes, j’aurai donc réalisé un chiffre d’affaire de 2 400 Euros en moins d’un mois juste avec les publi-rédactionnels, en plus du CA réalisé mensuellement avec les autres publicités.
Avouez qu’il y a de quoi réfléchir… D’autant que si un chiffre de 6 publi-rédactionnels en un mois peut paraître important, il faut le rapporter au nombre de billets publiés sur la même période, soit en mai 2007, 98 articles exactement. Ce qui aurait donné un ratio de 6.12%.
Pas de quoi fouetter un blogueur, non ?

Une activité en pleine évolution : des règles de bonne conduite à inventer

C’est acquis : tout "travail" méritant salaire, je n’ai aucune gêne à afficher de la pub sur ce blog.
Je suis en revanche, vous l’aurez compris, un peu moins à l’aise quand il s’agit de publi-rédactionnels. Et pourtant je ne devrais pas, car c’est finalement une forme de communication publicitaire courante, à laquelle nous sommes habitués dans d’autres média, à commencer par la presse traditionnelle, et qui apporte à mon avis une solution différente à la monétisation des contenus sur internet.
Je devrais l’être d’autant moins que j’ai été plutôt agréablement surpris par le peu, voire l’absence de réactions négatives qu’ont déclenché les deux publi-rédactionnels publiés dans ces pages, et même par certains commentaires plutôt posés sur le sujet.
Maintenant, le marché de la publicité dans les blogs est encore immature et beaucoup d’approches restent probablement à inventer.
En attendant, il ne parait pas présomptueux de se fixer quelques règles de bonne conduite qui soient en mesure de concilier intérêt des annonceurs et confort des lecteurs.

Voici 5 règles que je propose et que je m’applique déjà à moi-même :

  • annoncer clairement qu’il s’agit d’un publi-rédactionel, dans le titre du billet

  • n’accepter que les propositions pour des articles que nous rédigeons nous-mêmes. C’est le cas pour les deux rédactionnels déjà publiés ici.
  • n’accepter que des articles pour lesquels on a une totale liberté de rédaction (même s’il est clair qu’on ne nous paye pas pour démolir un service). C’est le cas pour les deux rédactionnels déjà publiés ici.
  • ne pas accepter un publi-rédactionnel pour un produit ou un service sans relation avec la thématique de son blog. S’il s’agit d’une opération pour la promotion d’une bière ou d’un parfum par exemple, elle doit être d’abord fondée sur un support web innovant (Web 2.0…). Je ne parlerai d’un produit que s’il s’agit d’un produit high-tech qui puisse rentrer dans une des catégories de ce blog, ou d’un service promu par une approche web intéressante (voir HSBC par exemple).
  • ne pas publier plus d’un publi-rédactionnel par semaine, où respecter un ratio n’excédant pas 5% de la totalité du contenu publié.

D’autre part, je réfléchis à d’autres façons de présenter les publi-rédactionnels, comme par exemple leur déplacement dans un espace dédié de la sidebar (comme pour le Nokia N95 en ce moment, même si dans ce cas ce n’est pas un communiqué mais bien une pub).
Avantage pour le lecteur : aucune intrusion dans le flux des articles. Avantage pour l’annonceur : la possibilité de négocier une durée de parution et donc une visibilité plus importante.

Le débat est ouvert : que pensez-vous de tout cela ?