Suite à ce billet sur la francophonie et le web, et à la variété informative des commentaires qu’il a déclenchés, j’ai eu envie de partir un peu à la découverte du web et des blogs africains, et indirectement, de nous offrir un petit billet pour un voyage virtuel à travers le continent noir. Cet article

Suite à ce billet sur la francophonie et le web, et à la variété informative des commentaires qu’il a déclenchés, j’ai eu envie de partir un peu à la découverte du web et des blogs africains, et indirectement, de nous offrir un petit billet pour un voyage virtuel à travers le continent noir.

Cet article inaugure une série d’interviews et portraits d’acteurs du web et des blogs africains, principalement francophones, que je rangerai plus tard quand je serai grand dans une rubrique plus large web et blogs d’ailleurs que j’ai bien l’intention de développer au fil des mois.

yoro LAfrique, le web et les blogs : Israel Yoroba, journaliste blogueur, Abidjan, Côte dIvoire

Pour ce premier volet, c’est Israel Yoroba, journaliste et blogueur ivoirien qui m’a fait l’amitié de bien vouloir répondre à mes questions d’ignare sur la vie, le web, les blogs et les réseaux sociaux à Abidjan et alentours.

Israel, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Israel Yoroba, j’ai 26 ans, et je suis journaliste et blogueur à Abidjan, Côte d’Ivoire. J’édite Le blog de Yoro, qui est mon blog personnel sur l’actualité de la Côte d’Ivoire en général et d’Abidjan en particulier. Le blog est l’un des plus suivis sur le portail de blogs ivoiriens Ivoire Blog.

Ton blog existe depuis combien de temps ?

J’ai créé ce blog il y a deux ans, à l’époque où on a commencé à parler de blogs en Afrique “Les blogs, ce fut une vraie révélation : liberté de ton, pas de contrainte éditoriale, pas de rédac’chef sur le dos, je pouvais m’exprimer librement et surtout facilement sur le sujets que je choisissais et avec l’angle que je voulais.”francophone, et de « blogosphère africaine ». J’ai découvert les blogs alors que j’exerçais mon métier de journaliste au Quotidien d’Abidjan. Ce fut une vraie révélation : liberté de ton, pas de contrainte éditoriale, pas de rédac’chef sur le dos, je pouvais m’exprimer librement et surtout facilement sur le sujets que je choisissais et avec l’angle que je voulais.

Les blogs sont connus en Côte d’Ivoire ?

Non pas vraiment, mais on sent un vrai démarrage depuis une année environ. Il doit y avoir une centaine de blogs ici, bien sur ce n’est pas énorme mais ça progresse, et on parle d’une blogosphère ivoirienne.

Quand je parcours quelques blogs africains francophones, outre la qualité rédactionnelle et la richesse du contenu qui montrent un vrai souci d’information, je constate que les thématiques sont majoritairement politiques ou sociétales. En fait les blogs africains sont vachement sérieux non ?

C’est vrai. Moi-même sur mon blog je ne parle pas tellement de high tech icon smile LAfrique, le web et les blogs : Israel Yoroba, journaliste blogueur, Abidjan, Côte dIvoire Je préfère me concentrer sur des sujets qui ciblent prioritairement les ivoiriens de Côte d’Ivoire, ceux de l’étranger, ainsi que les personnes comme toi qui ne connaissent pas le pays mais qui s’y intéressent, voire ceux qui préparent un voyage et qui souhaitent en savoir davantage sur la société ivoirienne.

C’est dû à ta formation de journaliste ?

Sûrement, et aussi au fait que je sois titulaire d’une Maîtrise de Sciences Politiques : je m’intéresse naturellement aux aspects citoyens de l’actualité.

Qu’en est-il de l’accès au web chez toi ?

C’est un peu le problème[1] : il n’est pas encore très répandu, et il est très cher. Les gens n’en connaissent pas bien tous les usages et se cantonnent souvent au tchat et aux forums. Je suis équipé d’un accès ADSL à mon domicile mais il est limité à 256 kb/s pour un abonnement mensuel de 20.000 Fr CFA (environ 25 euros).

Et les cybercafés ? Toujours très répandus en Afrique ?

Oui, ici il y en a à tous les coins de rue. Avant je postais mes articles de blog d’un cybercafé mais cela n’était pas très pratique et c’est pour cela que j’ai investi dans un abonnement internet à domicile. Cela me permet beaucoup plus de souplesse et de réactivité.

Tu blogues à plein temps depuis que tu as quitté ton poste de journaliste, ou tu as une autre activité à côté ?

En fait je travaille dans une société qui fait de l’information sur internet et du coup je passe 10 heures par jour devant mon écran, alors j’en profite pour alimenter aussi mon blog et trouver mes sources d’informations.

Concernant la difficulté ou le coût élevé des connexions internet dans ton pays, et le développement rapide des infrastructures mobiles, ne penses-tu pas que le web mobile est encore davantage chez vous l’avenir du web ?

Si, j’aimerais bien ! Je rêve de pouvoir bloguer en direct et en temps réel depuis un mobile, poster des notes, envoyer des photos, faire du blog-reportage vivant. Mais là encore, les Blackberry et autres iPhones, ou tout autre mobile permettant d’accéder au web ne sont pas monnaie courante et coûtent cher.

Tu connais d’autres blogueurs africains ? Vous vous rencontrez, vous utilisez un peu les réseaux sociaux ?

“Je rêve de pouvoir bloguer en direct et en temps réel depuis un mobile, poster des notes, envoyer des photos, faire du blog-reportage vivant.”Pas vraiment, mais il y a un projet qui me tient à coeur, initié par Théophile Kouamouo, un autre blogueur réputé en Côte d’Ivoire,  et qui devrait se réaliser dans les 2 mois qui viennent : un BlogCamp qui réunirait tous les blogueurs qui le souhaitent et qui leur permettraient de se rencontrer et se connaître. Je pense que nous avons un travail d’évangélisation à faire pour faire connaître mieux les blogs auprès de le population et montrer aux gens comment ils peuvent communiquer librement et facilement avec cet outil.

Tu suis les blogs français ?

Oui, j’ai deux blogs de référence que je fréquente régulièrement : Presse-citron et Le Journal d’un avocat.

Merci pour Presse-citron ! Comment organises-tu ton blogging ?

Je cherche des informations en consultant fréquemment les agendas des évènements à venir dans la semaine, puis je traite de l’actualité avec un angle un peu décalé, pas forcément les choses qui font la une des journaux. J’ai par exemple rencontré et interviewé la semaine dernière Angybelle, une styliste réputée. J’ai d’ailleurs lancé un show radio, « Blogs et voix », légèrement inspiré de Paroles de blogs de Presse-citron, dans lequel j’interviewe ou je débats avec des invités.

blog yoro LAfrique, le web et les blogs : Israel Yoroba, journaliste blogueur, Abidjan, Côte dIvoire

Merci pour la référence icon smile LAfrique, le web et les blogs : Israel Yoroba, journaliste blogueur, Abidjan, Côte dIvoire Tu utilises Skype comme nous ?

Non, toujours ces problèmes d’équipement et de bande passante : je possède un dictaphone qui me permet de me rendre sur le lieu du débat et d’enregistrer directement la conversation. Vous pouvez en entendre un exemple ici.

Quid de la liberté d’expression en Côte d’Ivoire ? Tu peux dire tout ce que tu veux sur qui tu veux ?

Oui, absolument. Le président en exercice a toujours dit que « jamais il ne mettrait un journaliste en prison« . Nous avons dans la presse une liberté de ton complète, sans censure, qui confine parfois au libertinage.

Parlons un peu star system : vous suivez de près les exploits d’un Didier Drogba dans le foot européen ou c’est quelque-chose qui ne vous concerne pas tellement ?

Si, Drogba a suscité un enthousiasme énorme chez les ivoiriens, et une nouvelle façon de nous intéresser à ce qui se passe chez vous en Europe, puisque nous suivons assidûment les matches de Chelsea et de Ligue des Champions. Mais personnellement je suis plutôt porté sur la musique que sur le foot, puisque musicien moi-même. Je suis d’ailleurs la Starac icon smile LAfrique, le web et les blogs : Israel Yoroba, journaliste blogueur, Abidjan, Côte dIvoire

Ah ok, je vois que la télé française exporte ce qu’elle a de mieux icon smile LAfrique, le web et les blogs : Israel Yoroba, journaliste blogueur, Abidjan, Côte dIvoire Pour finir, un petit mot sur ton quotidien, tu vis dans le centre d’Abidjan ?

Oui, dans un quartier résidentiel qui s’appelle Cocody (NDLA : tiens, ça me rappelle quelque-chose…). Je voudrais dire que je suis la blogosphère française de près, et que j’espère bien un jour cotoyer Presse-citron dans les hauteurs du classement Wikio !

[1] voir à ce sujet Pourquoi internet est-il si cher en Afrique ?