Sur le web, tout est gratuit. Sauf ce qui est payant, bien sûr. Je ne compte plus le nombre de services, logiciels et applications que j’utilise depuis que je travaille dans ce secteur, pour lesquels je n’ai jamais déboursé le début d’un centime, et qui pourtant constituent les fondations de ce que je suis et

Sur le web, tout est gratuit. Sauf ce qui est payant, bien sûr.

Je ne compte plus le nombre de services, logiciels et applications que j’utilise depuis que je travaille dans ce secteur, pour lesquels je n’ai jamais déboursé le début d’un centime, et qui pourtant constituent les fondations de ce que je suis et de ce de quoi je vis aujourd’hui. A commencer par WordPress, et ses nombreuses extensions. Sers-toi mon frère, c’est cadeau.

chat01 Le bal des profiteurs

Je parle bien évidemment des logiciels gratuits, dont certains libres, qui ont façonné le web tel que nous le connaissons aujourd’hui, mais également les mentalités : si payer pour une prestation (et la payer à son juste prix sans discutailler comme un marchand de tapis) est pour moi une évidence incontestable[1], il semble plus difficile d’ouvrir sa bourse pour un script ou un logiciel open source.

Du coup, je m’aperçois, un peu honteux, que lorsqu’un logiciel « gratuit » dont le principe de diffusion est fondé sur un système de don volontaire propose un bouton Paypal, la force de l’habitude fait que je ne le vois même plus (pas le logiciel, le bouton). Ou que je me suis auto-formaté pour ne pas le voir. La culture du tout gratuit, ça s’appelle. Qui a converti jusqu’à ceux comme moi qui ne sont pas nés avec le web. On prend très vite de mauvaises habitudes, même après 30 ans (ce n’est pas mon âge mais à peu près l’âge auquel j’ai commencé à entendre parler d’internet et à l’utiliser). Surtout quand elles nous arrangent.

Et pourtant j’achète sans hésiter des applications pour iPhone, dont certaines sont tellement futiles que je ne les utilise qu’une fois. A croire que la force du branding l’emporte sur notre pingrerie. Et pourtant je suis le premier à défendre l’idée que toute création, notamment lorsqu’il s’agit d’un logiciel que l’on pourrait qualifier « d’utilité publique », doit être rémunérée, ce qui me vaut d’ailleurs de me faire régulièrement fumer dans les forums remplis de talibans du toutgratuit. Mais le branding ou le packaging sexy ne sont pas le fort des éditeurs de logiciels open source.

Et du coup, quand on n’est pas obligé de payer, ben on ne paie pas. Et on profite. Et on prospère, même, sur la grande et généreuse idée du logiciel libre, ou gratuit, ou les deux. Sans donner grand chose en retour. C’est mal. Ouais c’est mon quart d’heure d’auto-flagellation. Ne cherchez pas, parfois j’aime ça.

Tenez par exemple : essayons un instant d’imaginer ou de transposer dans le monde matériel ou industriel la valeur que représente pour un blogueur ou un éditeur de sites web un logiciel open source gratuit comme WordPress ou Joomla (ou un autre) : en mettant de côté le coût en ressources humaines, quel serait le coût pour une PME industrielle des machines et de l’infrastructure pour atteindre un chiffre d’affaire équivalent à celui d’un TechCrunch.com ? Certainement un peu plus qu’un PC et un WordPress… Le raisonnement vaut également pour une entreprise de services, même si à moindre échelle.

Le logiciel libre repose sur un principe de partage et d’amélioration collective : encore faudrait-il que ceux qui les utilisent aient les compétences pour participer. J’utilise WordPress mais à part quelques lignes de code et une poignée de bouts de scripts PHP que je sais écrire ou modifier, je serais bien incapable d’apporter une quelconque amélioration et contribuer ainsi au développement de la plateforme, et encore moins de créer une extension. Devrais-je pour autant m’interdire de l’utiliser ? (vous aurez compris que je parle à la première personne mais que ceci concerne, euh, beaucoup de monde).

Alors ? Alors, si l’on n’a pas les compétences suffisantes pour coder, on peut essayer de contribuer à sa manière. En proposant des idées d’amélioration, en inventant des plugins que l’on fait développer par d’autres, en participant un peu à l’évangélisation, en donnant son avis sur les forums, en aidant ceux qui rament quand on a la solution.

C’est un peu ce que j’essaie de faire, très modestement à mon petit niveau. A défaut de coder. Ou de payer. Histoire de ne pas trop faire tapisserie dans le grand bal des profiteurs. Mais je vais aussi essayer de penser un peu plus souvent à cliquer sur les boutons Paypal.

Faut savoir s’acheter une conscience, parfois.

[1] je le fais régulièrement avec les partenaires qui interviennent ponctuellement sur ce blog ou d’autres sites

 Le bal des profiteurs
Fondateur et rédacteur en chef de Presse-citron, Éric est blogueur, éditeur de contenus numériques. Par ailleurs il conseille et accompagne occasionnellement quelques entreprises dans leur développement sur internet.