“Lors de la constitution de la sociĂ©tĂ©, un avis est insĂ©rĂ© dans un journal habilitĂ© Ă  recevoir les annonces lĂ©gales dans le dĂ©partement du siège social.
Il doit indiquer la dĂ©nomination, la forme, l’objet, le siège, la durĂ©e, le capital de la sociĂ©tĂ©, la nature des apports, les noms et adresses des dirigeants ainsi que le registre du commerce et des sociĂ©tĂ©s auprès duquel la sociĂ©tĂ© sera immatriculĂ©e.
Le crĂ©ateur peut s’adresser Ă  un journal spĂ©cialisĂ© dans les annonces lĂ©gales ou Ă  un journal non spĂ©cialisĂ© habilitĂ© Ă  publier ce genre d’annonces dans le dĂ©partement considĂ©rĂ©.
Etc etc etc…”

Les formalitĂ©s Ă  accomplir en vue de la crĂ©ation d’une sociĂ©tĂ© en France ont fait l’objet d’un sĂ©rieux toilettage ces dernières annĂ©es et force est de reconnaĂ®tre que les dĂ©marches ont Ă©tĂ© considĂ©rablement simplifiĂ©es et accĂ©lĂ©rĂ©es.

Cependant, toutes les bonnes habitudes ne se sont pas perdues en route. Afin de vous rappeler subtilement que vous ĂŞtes en France et que par consĂ©quent vous ĂŞtes toujours un peu suspect de monter votre boĂ®te (et que vous avez forcĂ©ment de l’argent Ă  jeter par les fenĂŞtres), il subsiste quelques noyaux de rĂ©sistance, ces incomparables obligations d’un autre temps qui font tout le charme poĂ©tique et champĂŞtre du parcours de l’entrepreneur.
Histoire de vous faire encore un peu chier quand même parce-que sinon ça ne serait pas drôle.

Le fameux avis de publication dans un journal d’annonces lĂ©gales fait partie de ces derniers noyaux de rĂ©sistance : toi le futur chef d’entreprise ambitieux au regard farouche et fier et Ă  la mèche rebelle, sache que, entre autres frais dĂ©biles que tu auras Ă  engager de ta poche avant mĂŞme que ta sociĂ©tĂ© ait engrangĂ© le premier euro, tu devras publier un avis dans un journal d’annonces lĂ©gales indiquant que tu viens de crĂ©er ta boĂ®te.

Oui, afin que tout le monde sache. Alors que bien sĂ»r, tout le monde s’en fout plus que royalement.

Mais ce n’est pas tout : sache que cette annonce, obligatoire, devra comporter un certain nombre d’informations, donc de lignes, ce qui bien sĂ»r fera joyeusement monter la note, qui s’Ă©tablira aux alentours de 250 Ă  300 euros, si ce n’est plus. Faut bien faire vivre les copains, l’imprimeur, tout ça.

Le journal d’annonces lĂ©gales : vestige d’un passĂ© encore prĂ©sent oĂą nombre de parasites officiels continuent Ă  prospĂ©rer sans aucune raison valable sur le dos des jeunes entreprises, tout simplement parce-que c’est la loi et que c’est comme ça et pas autrement. Le journal d’annonces lĂ©gales, que seuls lisent les reprĂ©sentants en assurance-vie et en extincteurs, qui vont venir spammer très rapidement votre tĂ©lĂ©phone, puis votre boĂ®te aux lettres, bref venir vous casser les couilles en pleine nĂ©gociation de dĂ©couvert avec votre banquier.

Le journal d’annonces lĂ©gales, qui, Ă  l’image du vĂ©nĂ©rable notaire et son monopole sur les contrats de mariage, encaisse tranquillement vos subsides et se nourrit sur la bĂŞte au nom d’une loi Ă  la con d’un autre temps qui lui garantit un fond de commerce assurĂ© et des lendemains qui chantent. A coups de 250 euros l’annonce, voir plus si affinitĂ©s.
Parfois on dirait que les lois sont faites pour engraisser des machins qui ne servent Ă  rien. Ainsi vont toutes les petites mafias Ă  la française qui rodent autour des chambres de commerce de nos belles provinces…

Vous avez dĂ©jĂ  jetĂ© ne serait-ce qu’un demi-oeil Ă  moitiĂ© fermĂ© sur une de ces feuilles de chou ?
Essayez, vous verrez c’est passionnant.

Et essayez aussi d’imaginer quelle serait votre vie de dirigeant de web agency si par bonheur une loi Ă©tait votĂ©e, faisant obligation Ă  toute nouvelle entreprise de publier une annonce sur une page web Ă  300 euros créée pour l’occasion, et que les prestataires soient dĂ©signĂ©s sur dĂ©cision du prĂ©fet.
Et que, par le plus grand des hasards, vous soyez un peu ami dudit préfet.

Quoi ? Je n’ai rien dit…