Deux informations sont arrivées presque simultanément sur les téléscripteurs cette semaine (oui chez Presse-citron il y une immense salle de presse avec des téléscripteurs) et elles présentent d’étranges similtudes : d’un côté, la cour d’appel de Paris qui confirme la décision marquant la fin du monopole d’Orange pour la vente de l’iPhone, et de l’autre, l’obligation pour Bouygues de démonter une antenne-relais à Tassin la Demi-Lune, dans la périphérie de Lyon.

Concernant Orange :

La Cour d’appel de Paris a donc confirmé la décision du Conseil de la concurrence annulant le monopole d’Orange sur la vente de l’iPhone. Ce n’est pas vraiment une surprise, et même si Orange annonce qu’il se pourvoira en cassation, le combat paraît difficile, tant la logique consumériste l’emporte aujourd’hui fréquemment sur les intérêts des entreprises. Orange risque d’être le grand perdant dans cette affaire et se retrouve bien seul face à plusieurs forces en présence : tout d’abord la Loi, ensuite les consommateurs, pour qui cette décision est évidemment une bonne nouvelle (y compris pour les clients d’Orange, qui ont déjà vu le prix de l’iPhone baisser), puis les autres opérateurs, et parmi eux Bouygues Télécom, qui est à l’origine de la plainte contre Orange, et enfin… Apple, qui n’a pas semblé s’émouvoir outre-mesure de cette décision, et qui va voir s’ouvrir de nombreux autres canaux de distribution pour son iPhone. Autant dire que la partie est loin d’être gagnée pour Orange.

Concernant Bouygues Télécom :

La décision de la Cour d’appel de Versailles condamnant Bouygues Télécom à retirer une antenne-relais située à proximité d’habitations et à verser 7000 euros à chacun des plaignants est une première qui risque de faire jurisprudence puisque cest une décision en appel agravant la sanction prise en première instance.

Cette décision est rassurante et inquiétante à la fois : rassurante car elle démontre qu’un combat bien mené par des particuliers et un bon avocat peut être gagné face à un géant des télécoms, et que nous avons la possibilité de nous protéger par avance contre les effets encore inconnus de « l’amiante virtuelle« . Inquiétante car sur la base d’une plainte fondée sur des craintes dont rien ne prouve qu’elles soient scientifiquement justifiées, un quartier entier va se retrouver du jour au lendemain privé de réseau de téléphone mobile. Les professionnels abonnés à Bouygues Télécom travaillant dans le secteur apprécieront. Si d’autres juges un peu verts sur les bords s’engouffrent dans la brèche ouverte, va-t-on assister au démantèlement de tous les réseaux mobiles ? Et pourquoi pas aussi, après, au démontage des bornes Wi Fi, puis aux appareils Bluetooth, dans un grand mouvement d’autodafé numérique ?

Outre le fait que Bouygues se retrouve un peu dans la peau de l’arroseur arrosé, ces deux affaires sont assez représentatives de l’époque : d’un côté une guerre fratricide entre opérateurs qui se déchirent à qui mieux mieux pour emporter la commercialisation d’un gadget qui fait rêver les foules, preuve une fois de plus qu’Apple a complètement bouleversé le marché et fait tourner les têtes avec son iPhone, de l’autre les mêmes opérateurs qui font front et affichent une solidarité de façade quand leurs intérêts communs sont en jeu. Il suffisait d’entendre ce matin les porte-paroles de Bouygues qui, la main sur le cÅ“ur, devenaient les meilleurs avocats de leurs concurrents.

Moralité : vous avez beau investir des milliards dans les infrastructures du futur et payer des licences à prix d’or, rien ne garantit que vous rentabiliserez un jour vos investissements. Voilà qui risque de refroidir quelque peu les ardeurs de Free en temps que probable quatrième opérateur. A moins que cela n’aiguise au contraire son appétit…