Quand l’interactivitĂ© s’invite au coeur mĂȘme du processus crĂ©atif, ou comment donner les clĂ©s du studio aux auditeurs…

Musinaut, une sociĂ©tĂ© française spĂ©cialisĂ©e dans la recherche et le dĂ©veloppement dĂ©diĂ© Ă  la crĂ©ation musicale entend rĂ©volutionner la façon de produire et d’Ă©couter la musique avec le nouveau format MXP4, qui permet d’obtenir dans un seul fichier diffĂ©rentes versions d’une mĂȘme chanson, mais Ă©galement des informations sur l’artiste.

Le processus liĂ© au MXP4 implique les 2 acteurs de la chaĂźne musicale : le crĂ©ateur (ou son producteur artistique), et l’auditeur. A l’aide du MXP4 Creator (gratuit jusqu’au 31/12/2008) le crĂ©ateur peut, Ă  partir de l’enregistrement de base, produire plusieurs versions d’une mĂȘme chanson, ou plusieurs variations et ambiances. Jusque-lĂ  rien de trĂšs nouveau : une chanson est toujours constituĂ©e de plusieurs pistes (la piste guitare, la piste basse, les pistes batterie, etc…) et c’est le travail de mixage final qui donne Ă  l’ensemble sa tonalitĂ© et l’ambiance gĂ©nĂ©rale. Sans trop rentrer dans les dĂ©tails techniques, il faut savoir que le mixage d’une chanson est peut-ĂȘtre la partie la plus dĂ©licate et parfois la plus longue du processus de production tant les combinaisons sont infinies. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les grands producteurs sont d’abord et avant tout de grands… mixeurs. C’est lors du mixage que la chanson prend sa couleur dĂ©finitive : les 48 pistes (ou plus) sont travaillĂ©es une Ă  une, les effets sont ajoutĂ©s, travaillĂ©s, tel instrument est poussĂ©, tel autre est tirĂ©, etc. Un travail de titan.

C’est juste aprĂšs (ou pendant) cette phase de production que MXP4 Creator entre dans la danse : le crĂ©ateur peut enregistrer plusieurs mix de sa chanson avant sa rĂ©duction en stĂ©rĂ©o et sa sauvegarde au format MXP4. Il aura ainsi la possibilitĂ© de proposer plusieurs versions (mix) diffĂ©rentes contenues dans le mĂȘme fichier, qui, lu avec MXP4 Player, permettra Ă  l’auditeur de choisir la version qu’il souhaite (sans batterie, avec 2 guitares…) en sĂ©lectionnant le tag correspondant, ou mĂȘme d’Ă©couter sans intervention diffĂ©rentes versions de façon alĂ©atoire.

Un peu comme si dans la mĂȘme barquette, le traiteur vous proposait plusieurs variantes du mĂȘme plat (plus ou moins Ă©picĂ©, salĂ©…), accessibles avec un cuiseur spĂ©cifique qui vous permettrait de choisir selon votre goĂ»t.

Musinaut affiche clairement l’ambition de rĂ©volutionner l’Ă©coute de la musique et d’imposer son standard en lieu et place du MP3.

Bien qu’assez enthousiaste face Ă  cette innovation, je reste assez sceptique sur ses chances de s’imposer rĂ©ellement, pour plusieurs raisons, techniques autant qu’artistiques :

  • cotĂ© auditeur, les mĂ©lomanes sont-ils prĂȘts Ă  ce type d’usage ? Y a-t-il rĂ©ellement une demande de la part du consommateur pour cette offre de mix multiples ?
  • cĂŽtĂ© crĂ©ateur, la production de plusieurs versions d’un mĂȘme titre requiert un surcroĂźt non nĂ©glgeable de travail : les producteurs sont-ils prĂȘts Ă  l’assumer, Ă  quel tarif, et qui paiera les heures supplĂ©mentaires, Ă  l’heure de la musique gratuite ?
  • quid du player MXP4 ? Sera-t-il nĂ©cessaire d’installer un nouveau player ? Les players actuels (iTunes, Windows Media) seront-ils compatibles Ă  l’aide d’un plugin Ă  installation automatique ?
  • quelques titres au format MXP4, dont un de Passi, sont proposĂ©s en dĂ©mo : le poids d’une seule chanson dĂ©passe les 40 Mo, contre moins de 5 Mo pour la mĂȘme chanson au format mp3…
  • Enfin, l’oeuvre artistique est le travail d’un homme, d’une Ă©quipe, et le fruit d’une crĂ©ation unique. Et elle doit ĂȘtre dĂ©livrĂ©e comme telle au public : un produit fini et inaltĂ©rable. Je n’adhĂšre pas forcĂ©ment Ă  l’idĂ©e du MGU (mix gĂ©nĂ©rĂ© par l’utilisateur).

Picasso aurait-il Ă©tĂ© Picasso s’il nous avait refilĂ© ses pinceaux, ou donnĂ© le choix entre 5 versions diffĂ©rentes de Guernica ?