"J’ai monté ce site pour m’amuser, sur une idée toute simple : diffuser sur le web les dizaines de vidéos et liens que je recevais chaque jour comme tout le monde dans ma boîte mail. Youtube et Dailymotion n’existaient pas encore…"
Tremblez, blogueurs, les mastodontes du trafic ont sonné l’heure de la révolte, et ça va saigner.

"J’ai monté ce site pour m’amuser, sur une idée toute simple : diffuser sur le web les dizaines de vidéos et liens que je recevais chaque jour comme tout le monde dans ma boîte mail. Youtube et Dailymotion n’existaient pas encore…"
Tremblez, blogueurs, les mastodontes du trafic ont sonné l’heure de la révolte, et ça va saigner.

 

Des blogs à part…

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais l’effet de mode autour des blogueurs "influents" est devenu tellement important ces derniers mois que l’on a un peu tendance à méconnaître, voire à ignorer une autre face du web : celle qui est peuplée de cette catégorie un peu à part de blogs ou de sites personnels dont les auteurs sont inconnus, ne fréquentent aucun club ni cercle de blogueurs, et ont pour ligne de conduite la préservation méticuleuse de leur anonymat.
Bref, des blogueurs qui ne ressemblent pas à des blogueurs.

Des audiences phénoménales

En arpentant un peu la toile à la recherche de représentants de cette caste un peu à part, j’ai découvert des blogs (ou assimilés, nous y reviendons) qui ne figurent dans aucun classement Wikio, Alianzo ou autres (et dont les auteurs en général se contrefoutent), et qui ont pourtant une audience sans commune mesure avec celle des blogs occupant les premières places desdits classements.
Et quand je dis sans commune mesure, je parle de sites dont l’audience culmine à des sommets… 5 à 10 fois supérieurs à des Loïc Le Meur, Techcrunch ou… Presse-citron !
Comme ça, tranquilles, sans faire de vagues.

Quand on regarde d’un peu plus près on remarque dans ces blogs d’autres caractéristiques frappantes comme par exemple le ratio nombre de visiteurs uniques (énorme)/nombre d’abonnés au flux RSS (faible) ou encore un nombre de backlinks, et parfois de commentaires étonnament faibles.

Décryptage

Voyant tout cela, j’ai donc décidé de prendre mon baluchon et de partir à la rencontre de ces blogueurs de l’ombre afin de tenter d’en savoir un peu plus sur ces succès phénoménaux, et éventuellement percer le mystère des blogbusters.
Cette série sera probablement courte, car les blogueurs entrant dans cette catégorie sont quand même assez peu nombreux dans le web francophone.
Afin que nous soyons bien d’accord sur ce dont nous parlons, je ne retiens que les blogs répondant aux simples critères suivants :

  • ils sont des vrais sites unipersonnels, créés et gérés par une personne à leur propre initiative (pas des blogs pro ou de marque ou adossés à un réseau quelconque)
  • ils répondent aux trois critères de base d’un blog, à savoir :
    • des billets présentés par ordre rétrochronologique
    • des commentaires
    • au moins un flux RSS

A tout seigneur tout honneur, le premier site de cette série, Koreus.com, est aussi le premier en audience, et de loin, puisque celui-ci attire chaque jour entre… 80 000 et 100 000 visiteurs uniques (oui vous avez bien lu, soit à peu près 10 fois plus que Presse-citron et probablement 4 à 5 fois plus que Loïc Le Meur). C’est assez désespérant d’ailleurs, car dans les rares endroits ou il est inscrit (régies pub…), Koreus pulvérise toute la concurrence et s’attribue de facto la plus grosse part du gâteau à lui tout seul icon wink Le mystère des blogbusters   Episode 1 : Koreus.com

koreus screen Le mystère des blogbusters   Episode 1 : Koreus.com

Koreus.com a été créé en 2002 par Jérôme Body, un ingénieur informatique parisien de 33 ans qui s’ennuyait un peu dans son job d’informatique de gestion.
Au départ Koreus était un simple site perso dans lequel Jérôme publiait tout ce que chacun d’entre nous reçoit quotidiennement dans sa boîte mail, avec un focus déjà sur la vidéo. Le contenu éditorial et l’audience n’étaient pas le souci premier de Jérôme, qui se contentait de poster des articles insolites ou décalés sur son site avec pour seule ambition d’en faire profiter son entourage sans polluer les boîtes mail.
"Au début je recevais une visite par jour, puis un peu plus, mais le site a longtemps plafonné à quelques dizaines de visiteurs et j’étais déjà très content comme ça".


Google est ton ami, encore faut-il penser à l’inviter

Puis en 2004 Jérôme entend parler de référencement et d’optimisation du positionnement dans Google. C’est alors une sorte de révélation. Constatant que le script sur lequel est monté son "blog" (Xoops, dont certains puristes diront que ce n’est pas un moteur de blog) n’est pas vraiment optimisé pour les moteurs de recherche, il entreprend de l’améliorer avec différents modules, dont l’incontournable réécriture des URL, puis de consacrer un peu de temps à s’auto-former sur les meilleures techniques de référencement. Son approche est celle d’un novice et encore aujourd’hui Jérôme affirme qu’il continue à apprendre chaque jour.
Bref il n’était et n’est toujours pas un cador du SEO, son approche de la choses est plutôt modeste et pragmatique, mais l’application de quelques règles de base permettent alors à son blog de progresser fortement en termes de trafic.
Puis de s’envoler : "…de quelques centaines de visiteurs par jour, Koreus a rapidement atteint le millier, ce dont j’étais déjà très fier, et la courbe n’a cessé de progresser, de façon exponentielle, pour toucher rapidement plusieurs milliers de visiteurs/jour, et ce n’était que le début".


Et le trafic arriva. Massif.

Mais quelles sont les recettes de ce succès phénoménal ? s’interroge le lecteur ébahi…
En fait il n’y a pas une recette en particulier, mais comme souvent un ensemble d’éléments qui juxtaposés ont largement contribué à l’envolée de Koreus. Tout d’abord, comme indiqué en introduction, Jérôme a été l’un des premiers à diffuser régulièrement de la vidéo au format Flash sur son site, 3 ans avant Youtube et Dailymotion. Le pouvoir de viralité de la vidéo était déjà là, mais il était renforcé par une méthode que Koreus utilise toujours aujourd’hui : les vidéos diffusées sur le site ne sont pas encapsulées dans un lecteur externe ni hébergées ailleurs (ce qui conduit souvent les visiteurs à quitter votre site pour se retrouver sur Youtube). Elles sont visibles dans un lecteur maison exclusivement. Par conséquent, si vous voulez voir une vidéo sur Koreus, il faut non seulement aller sur Koreus, mais rester sur Koreus.
Bien sûr il faut une infrastructure serveurs solide et de la bande passante (les frais d’hébergement de Koreus s’élèvent à 1000 Euros par mois) et du temps pour monter et insérer les vidéos, mais c’est à ce prix que l’on fidélise une audience.
"A la sortie du clip de Kamini, on a entendu dire partout qu’il avait été visionné un million de fois sur Youtube, mais ce que personne n’a dit c’est qu’il a été visionné aussi plus d’un million de fois sur Koreus…" s’amuse Jérôme.
Bien joué.
D’autres éléments – finalement assez classiques – viennent contribuer à la réussite de Koreus, comme l’installation d’un forum et d’un chat, et la possibilité pour les membres du forum de proposer leurs propres articles afin qu’ils soient publiés dans le flux de Koreus.
A ce sujet le forum, très vivant, constitue certainement une part importante du trafic de Koreus.

Profession : blogueur.

"Fin 2005, après avoir installé mes premières bannières Google Adsense quelques mois auparavant, et constatant que Koreus me prenait de plus en plus de temps et commençait à générer des revenus significatifs, et que je passais mes journées au travail à m’en occuper plutôt que bosser pour mon patron, j’ai décidé de franchir le pas : j’ai démissionné de mon emploi et j’ai monté une société pour gérer les revenus de Koreus et m’y consacrer à plein temps."
Le sujet est d’une actualité brûlante ces derniers temps, mais ne cherchez plus : le premier blogueur français à avoir quitté son job pour vivre de son blog existe, je l’ai rencontré, et il s’appelle Jérôme Body. Et je peux vous dire que non seulement il en vit, mais il en vit très confortablement. Jérôme ne souhaite pas communiquer de chiffres, mais je vous garantis ceux qu’il m’a indiqués sont absolument phénoménaux pour un blog francophone.
Jérôme consacre aujourd’hui l’équivalent d’un job à plein temps pour gérer son blog : "La recherche et la sélection de vidéos inédites ou insolites prend énormément de temps".

Bien sûr, les esprits grincheux opposeront que Koreus n’est pas vraiment un blog, qu’il n’y a pas de contenu, qu’on a vu mieux du point de vue design et ergonomie. Jérôme est conscient de tout cela et prévoit de revoir prochainement la charte graphique de son site.
Mais encore une fois son approche est pragmatique : "les blogs et le web 2.0 font l’objet d’un buzz important mais au final qui s’y intéresse à part une bulle constituée principalement de sociologues, de marketeux et… de pros du web, qui en général sont déjà tous des gens ayant dépassé la trentaine ? L’audience de Koreus est principalement constituée de 15-25 ans et ce sont eux qui apportent le trafic massif, pas les esthètes du Web 2.0. Voir ce qui se passe avec les Skyblogs…"

Un succès fracassant qui contraste avec son auteur, un garçon charmant, d’une discrétion et d’une modestie telles que vous ne pourrez même pas voir à quoi il ressemble, puisqu’il n’a pas souhaité que je publie sa photo.

Un seul indice, jérôme habite maintenant Lyon, qui décidément à ce rythme va finir par s’imposer comme la capitale des blogs…