L’utilisation quasi-permanente des écrans serait un véritable danger pour notre cher, et vital, sommeil. Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme.

Si l’on veut comprendre le problème que représente l’omniprésence des écrans pour notre sommeil, il faut en fait remonter à l’invention de l’éclairage électrique. Selon le professeur Michel Jouvet, spécialiste du sommeil, il semblerait que les troubles du sommeil soient apparus – il n’en existait pas ou très peu avant – avec l’invention de l’éclairage électrique et sa popularisation. C’est en effet une révolution qui a permis aux êtres humains de ne plus être dépendants des cycles du soleil et de pouvoir envisager de vraies activités de nuit, bouleversant ainsi les rythmes de sommeil.

C’est précisément à cette lumière nocturne que s’intéresse le docteur Charles A. Czeisler, spécialiste des rouages du sommeil. Il déclare « la lumière nocturne qui affecte nos rythmes circadiens est bien plus puissante que n’importe quelle drogue« . Le rythme circadien est le rythme biologique de l’être humain, basé sur 24 heures. Selon Czeisler, cette lumière diffusée entre le crépuscule et l’aube et qui provient notamment des téléphones, tablettes ou encore des écrans d’ordinateurs, joue un rôle extrêmement important dans la perturbation du sommeil. Ce « facteur lumière » serait pire que le stress, une mauvaise alimentation ou même la caféine.

Ecrans Les écrans, les ennemis du sommeil

Le problème, c’est qu’on connait aujourd’hui encore très peu les conséquences d’un mauvais sommeil car on ne dispose pas d’un recul suffisant. Car, comme dit précédemment, le phénomène n’est pas si vieux : aux États-Unis, 30% des adultes salariés et 44% des travailleurs de nuit dorment moins de six heures toutes les vingt-quatre heures soit des proportions dix fois plus élevées qu’il y a cinquante ans. Les pistes évoquées concernant le manque de sommeil sont notamment des prises de poids et une vulnérabilité accrue aux maladies cardiovasculaires, au diabète et à la dépression.

Les interactions entre notre cerveau, notre œil et la lumière sont assez complexes. Pour résumer, on peut dire que cette lumière va d’un côté envoyer un message aux neurones responsables du sommeil pour leur dire de ne pas s’activer et de l’autre stimuler d’autres trajets neuronaux qui jouent un rôle dans l’éveil. La lumière artificielle perturbe également la création de la mélatonine, une hormone impliquée dans le processus de sommeil. Les écrans vont donc persuader notre cerveau de ne pas dormir et vont stimuler notre envie d’être éveillé pour repousser l’instant où l’on va dormir le plus possible.

Il semblerait néanmoins exister des solutions, des pistes, pour essayer d’endiguer un peu ce phénomène qui pourrait se révéler dangereux sur la durée (quand on connaitra réellement les effets du manque de sommeil). Czeiler pense qu’en modifiant l’intensité et les couleurs des diodes présentes dans nos écrans, nous pourrions moins souffrir de ce phénomène. « Les effets néfastes de la lumière nocturne sur le sommeil et les rythmes circadiens peuvent être réduits en remplaçant la lumière bleue enrichie par une lumière blanche-rouge ou orange après le coucher du soleil. »

Ces scientifiques ne sont pas les premiers à se pencher sur des problématiques mêlant sommeil et écrans. Une étude avait déjà démontré l’influence de la tablette sur la durée du sommeil ou encore un projet du Rensselaer Polytechnic Institute avait mis en avant l’effet négatif de la ‘lumière bleue’ sur la production de mélatonine.

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