Les relations avec les marques sont à la fois passionnantes et ambigües, et parfois difficiles. L’enjeu étant bien sûr pour un blogueur la préservation de son indépendance et le respect de sa ligne éditoriale. Encore faut-il savoir de quelles marques nous parlons, et quelles sont ces fameuses « relations ».

Le sujet est à la mode en ce moment, et je lis tellement de bêtises que je pense que cela mérite quelques précisions.

Sachez tout d’abord que je décline la grande majorité des sollicitations que je reçois (ne serait-ce que pour des raisons pratiques : tout se passe à Paris et je vis à Lyon). Or tous les blogueurs un peu en vue savent que nous en recevons beaucoup. Comme de surcroît je ne suis pas très mondain, on ne me voit pas dans les soirées blogueurs, champagne et petits fours parisiennes. Beaucoup moins qu’on ne voit certains blogueurs en tout cas. Et quand j’en accepte, je sais pourquoi je le fais, en termes de contenu et de valeur pour le blog, et donc pour les lecteurs. En bref, il faut vraiment que cela soit intéressant. Dans ce cas, sauf exception (si j’ai déjà un déplacement prévu à Paris par exemple), la marque qui invite prend souvent en charge les frais de déplacement jusqu’à Paris pour ceux qui résident en province. Voici pour certains esprits un peu retors le premier signe de corruption du blogueur par une marque : se faire payer un billet de TGV en deuxième classe pour honorer une invitation. Si c’est cela être vendu aux marques, alors oui je suis vendu aux marques.

Comme d’autres blogueurs, j’ai voyagé pour des opérations spéciales avec Sony, Symantec, Philips ou encore LG. Cela s’appelle des voyages de presse, ou, quand l’opération est ciblée sur les blogs, des Bloggers Workshops. Un truc qui existe depuis que la presse existe et qui n’a jamais soulevé le moindre débat avant que les blogueurs n’y soient conviés. Les « gros » blogs sont plus souvent sollicités, mais je connais également des blogs très confidentiels attirant seulement quelques centaines de visiteurs quotidiens qui sont invités à de très belles opérations. Que ceux qui fantasment sur la corruption des blogueurs soient sérieux cinq minutes et évitent les amalgames. Qu’ils prennent le temps de compter le nombre de billets dans Presse-citron concernant ces firmes, et qu’ils me disent en quoi ils infléchissent la ligne éditoriale générale du blog. Une chose est sûre en tout cas : comme dans tout métier il y a des moments de plaisir et de satisfaction (heureusement), et les bloggers workshops en font partie. N’ayant pas fait tout ce travail sur ce blog depuis cinq ans pour vivre comme un moine trappiste, je continuerai à participer à ces opérations tant que j’y serai invité, si le rapport plaisir/intérêt pour le blog est équilibré et que le thème rentre dans la ligne éditoriale de Presse-citron. Il y a peu de chances en revanche pour que vous me voyiez un jour participer à une opération pour une mousse à raser ou une marque de boisson énergisante. Focus.

Je sélectionne les opérations auxquelles je participe avec beaucoup de parcimonie et personne ne pourra jamais m’accuser ni même me soupçonner de faire allégeance à qui que ce soit. D’ailleurs cela serait absurde vu la variété des partenaires de Presse-citron, qui sont souvent des concurrents directs entre eux (Sony, Samsung et LG par exemple), ce qui garantit une indépendance de fait. J’ai toujours eu la même approche et je l’ai déjà expliquée ici : soit un service, un produit ou un site me plait et j’en parle, soit ça ne me plait pas et je n’en parle pas. Il arrive aussi qu’un produit me plaise et que je n’en parle pas. Par conséquent – à part un coup de gueule occasionnel – vous ne me verrez jamais descendre une marque pour le plaisir, pas plus que vous ne me verrez l’encenser artificiellement non plus. Ceux qui pensent cela prennent mes lecteurs pour des cons, ou alors ils ont une grille de lecture qui leur est très personnelle.

Maintenant je parle pour moi et ce que j’explique ici ne concerne que Presse-citron. Peut-être que d’autres blogueurs pratiquent différemment. Peut-être que certains sont vraiment liés avec certaines marques, sans éthique et sans discernement, au point d’avoir perdu leur indépendance. C’est leur problème, je ne les juge pas et je m’en fous. Mais ce n’est pas mon cas, et ceux qui me connaissent un peu le savent très bien.

En synthèse, faire prendre en charge ses frais de déplacement, participer à des voyages de presse, ne pas descendre une marque sous prétexte d’afficher son indépendance comme un étendard, c’est peut-être cette attitude que certains appellent « être vendu aux marques ».  Si c’est de cette façon que l’on est corrompu alors je suis corrompu et j’en suis plutôt fier.