Les soirées musicales se suivent mais ne se ressemblent pas.
Après l’excellent showcase de vendredi soir, j’ai échoué mollement tel une patate de canapé hier devant ma télé, l’oeil vaguement attiré par ce truc qu’on appelle bizarrement Les Victoires de la musique, et qui ressembleraient plutôt (et de plus en plus) à une défaite.

Les Valiums de la musique


Bon d’accord j’ai peut-être quelques préjugés (sinon ça ne serait pas drôle), mais ce que j’ai vu hier soir, en plus de m’avoir mis dans un état de somnolence que même le plus puissant des Valiums n’aurait pas pu provoquer, m’a profondément affligé.
Et ce ne sont pas les efforts louables mais désespérés d’un pauvre Nagui en petite forme, qui plus est aphone et unijambiste, qui risquaient de changer quelque-chose au désastre : c’était lent et mou, les pseudo-sketches de transition (probablement écrits par un stagiaire recyclé de chez Lagaff) étaient d’une niaiserie très symptomatique d’un certain service public (cucul et vaguement paternaliste).
Ca c’était pour la forme.
Sur le fond, c’était pire. Entre une Zazie toujours jolie mais qui n’a qu’une chanson à son répertoire (la guerre c’est mal, la pluie ça mouille, les fascistes sont méchants, je suis une fille trop cooool), un Vincent Delerm inaudible (mais c’est pas grave, il y a des chanteurs qu’il vaut mieux ne pas entendre), un Etienne Daho qui n’est plus que l’ombre gominée de lui-même (et pourtant qu’est-ce que je l’ai vénéré, lui, à une époque), une Vanessa Paradis qui après 20 ans de carrière n’a toujours pas appris à chanter, et un Solaar très élégant mais qui confirme son créneau (le rap pour maisons de retraites), nous avions là un digne échantillon de la chanson française contemporaine.
Tout fut à l’avenant : mou du bide, plat et sans inspiration. Seules étincelles dans cette médiocrité ambiante, Keren Ann et… Diam’s (et pourtant on ne peut pas de me soupçonner d’être fan de cette dernière :-) ), qui ont apporté l’une son talent et sa classe d’auteur compositeur, l’autre sa fraicheur hip-hop revigorante et finalement assez sincère.
Je crains malheureusement que ces Victoires n’aient été à l’image de ce qu’est la proverbiale variété française, quelque soit son époque : une espèce de soupe sans âme et sans flamme, des textes qui se veulent intelligents mais qui sont en fait les cache-misère d’un un vide sidéral, et surtout un manque flagrant de souffle et d’inspiration dans la production musicale.
Autre constat étonnant : quand il les introduisait, Nagui n’a cessé de marteler des chiffres de ventes impressionnants pour la plupart des artistes cités, à grands coups de plusieurs centaines de milliers d’albums vendus pour chacun (en gros aux alentours de 500000).
J’avoue que j’ai du mal à comprendre : ces chiffres sont ceux que réalisaient les plus gros vendeurs… avant l’émergence du web et du téléchargement. Je croyais que la profession était en crise et les ventes de CD en dégringolade vertigineuse.
Alors qu’en est-il exactement ? Gros coup de bluff ? Chiffre réels ?
Toujours est-il que ce n’est pas ce que j’ai vu et entendu hier soir qui va me donner envie de retrouver le chemin de mon disquaire.
Qui de toute façon n’existe plus.