C’est assurément le buzz de la semaine, et c’est plutôt un bad buzz : le Lipdub des jeunes de l’UMP se prend une volée de bois vert sur le net mais aussi dans les autres médias, au point que même d’anciens ministres de droite, comme Luc Ferry, le jugent « dégoulinant de bêtise ».

Ayant été fort occupé ces derniers jours, je n’ai découvert la fameuse vidéo que ce matin, impatient, curieux et par avance amusé de voir ce qui avait déclenché des réactions aussi outrées chez les internautes.

lipdub ump Lipdub UMP : le chant des si raides

Et j’ai vu… un Lipdub. Un bon gros Lipdub bien cucul comme il y en a eu déjà des dizaines au cours de ces dernières années. Ni plus ni moins ridicule que tous les Lipdubs. Car dans le Lipdub voyez-vous, le problème n’est pas le sujet, mais l’idée du Lipdub elle-même. Tous les Lipdubs sont grotesques. Tellement grotesques que je n’ai jamais pu en regarder en jusqu’à la fin, et que vous ne trouverez pas trace de ce genre d’ânerie virale sur Presse-citron (disons stop aux virus !).

Mais revenons aux origines, et expliquons aux lecteurs les moins au fait des choses du web ce qu’est un Lipdub. Pour cela, rien de tel qu’une définition extraite de ce bon vieux Wikipedia, Tome IV, page 25963 :

« Un lip dub (anglicisme) ou clip promo chantant est une vidéo réalisée en plan-séquence et en playback par des collaborateurs au sein du milieu professionnel et généralement destinée à une diffusion sur Internet ou autres réseaux.

Venu du monde anglo-saxon, le lip dub a pris son essor en 2007 avec celui élaboré par Connected Ventures, une agence média américaine. Réalisées plus particulièrement dans le milieu de la communication, ces vidéos cherchent généralement à témoigner de la créativité et de la bonne humeur qui règnent dans une équipe ou une entreprise. Elles peuvent être associées à une volonté de créer du buzz afin de bénéficier d’une promotion gratuite grâce à l’engouement actuel de la vidéo sur Internet ou à une volonté de créer des liens entre les participants. »

En résumé, un Lipdub est un clip corporate « amateur » tourné par des professionnels : la spontanéité que vous voyez à l’écran, rendue par l’apparente absence de montage et le plan séquence unique est évidemment bidon. Car il faut du temps et des moyens pour réaliser un Lipdub. Bref, la plupart du temps, un clip promotionnel destiné à (re)motiver les troupes au sein d’une entreprise tout en montrant au monde comment c’est cool de travailler ici. Joie, bonne humeur et sourires béats. Le jour où quelqu’un nous sortira un Lipdub sur un son de Joy Division ou Apocalyptica (ou Throbbing Gristle) on verra.

En fait le Lipdub, pur produit du web, est issu du croisement entre quatre tendances nées au cours de la dernière décennie : le chant choral (issu lui-même des innombrables clips à vocation humanitaire qui ont déferlé après We Are The World), le besoin de montrer « des vrais gens » dans leur état le plus naturel devant une caméra (tendance née avec la télé-réalité), l’émergence des start-ups ou il fait bon vivre et où apparemment tout le monde nage dans un bonheur cool (jusqu’au prochain plan social) et enfin les communautés, dans lesquelles, c’est bien connu, chacun est l’ami de l’autre, et vice-versa. Bref, la grande partouze sociale.

C’est cela que montre le Lipdub. A partir de là, vous aurez compris que le ridicule n’est jamais très loin : débarquez dans une entreprise (de préférence une boîte de com ou de web, mais ça doit marcher aussi avec la boucherie Sansos), prenez une brochette de gens comme vous et moi, beaux ou moches, bien ou mal fringués, bien ou mal lunés, installez une poignée de caméras, ouvrez deux trois bouteilles de champagne (avant le tournage), distribuez le story-board, éventuellement les paroles de la chanson (tout le monde n’est pas obligé de connaître les Å“uvres complètes de Luc Plamondon sur le bout des doigts), dites « Moteur » et laissez la magie opérer. Vous obtenez alors un vrai bon Lipdub, à savoir un clip merdique avec des mauvais comédiens, des mauvais danseurs (ah Christine Lagarde, la finance et le groove ne seront jamais amis), une mauvaise synchronisation avec les paroles et au final une drôle de sensation que vous connaissez depuis l’école : celle d’avoir un peu honte pour eux. Ne riez pas, j’en aurais des tonnes à vous montrer, j’ai les noms.

Qu’à cela ne tienne : l’objectif est atteint ! Ca fait amateur, donc spontané (important la spontanéité dans le monde du marketing ou tout est au contraire calculé au quart de poil) et ça buzze. L’industrie du clip, de la pub (et même du cinéma) a dépensé beaucoup d’énergie et d’argent ces dernières années à donner une patine « amateur » à ses productions : caméra à l’épaule, vrais gens dans les réclames (et même les salariés de l’entreprise dans une pub TV pour une marque de voiture), qualité d’image dégradée, cadrages foireux…

Il y a un peu tout cela dans le Lipdub de l’UMP : ni pire ni meilleur qu’un autre, juste aussi ridicule. Mais un sentiment de ridicule probablement renforcé par notre vision des institutions politiques et des partis, pas très rock’n'roll dans l’ensemble. Ridicule, donc, mais rafraîchissant aussi (cf le clin d’Å“il, évidemment humoristique, de Gilbert Montagné au volant d’une voiture) : même si le clip fait l’unanimité contre lui aujourd’hui, je ne suis pas certain qu’à moyen terme il n’aura pas un peu infléchi favorablement l’image que le grand public aura de l’UMP.

Et après on viendra nous dire que les politiciens sont de grands comédiens.