Microsoft est forcé de renommer SkyDrive

Microsoft accepte de se plier à la décision de la Cour de justice et va renommer son service Skydrive dans un avenir proche.

C’est ce que l’on appelle dans le mĂ©tier un « manque de chance Ă©vident ». En effet, aprĂšs avoir dĂ» abandonner la nomination « Metro » pour son interface Windows 8, voilĂ  que le service de cloud SkyDrive suit les mĂȘmes traces.

A nouveau, ce sont des questions de violation de droits d’une marque dĂ©posĂ©e qui poussent Microsoft Ă  effectuer ce changement.

Cette fois, c’est le British Sky Broadcasting Group qui avait saisi la justice en 2011, pointant la concurrence dĂ©loyale de Microsoft alors que le groupe BSkyB proposait un service de stockage nommĂ© « Sky Store & Share ».

Ce groupe, dirigĂ© par Rupert Murdoch et son fils James, est Ă  l’origine de toute une galaxie de variantes autour du mot anglais « Ciel » avec notamment Sky News, Sky Sports, Sky+, etc.

Microsoft accepte d’abandonner le nom SkyDrive

Deux annĂ©es plus tard, Microsoft et l’opĂ©rateur TV britannique sont arrivĂ©s Ă  un accord. BSkyB a en effet annoncĂ© que Microsoft ne ferait pas appel de la dĂ©cision de la Cour et que le service SkyDrive serait renommĂ© prochainement.

Bon prince, BSkyB autorise Microsoft Ă  utiliser cette marque « pour une durĂ©e raisonnable, le temps de lui permettre de rĂ©aliser correctement la transition vers une nouvelle marque ».

L’accord passĂ© entre les deux sociĂ©tĂ©s est plus complexe que cela (avec notamment une compensation financiĂšre), mais aucun dĂ©tail ne sera dĂ©voilĂ©.

Dommage, je commençais tout juste à me faire à ce nom de SkyDrive.

Notons tout de mĂȘme que le fameux service « Sky Store & Share » a Ă©tĂ© fermĂ© en DĂ©cembre 2011. Du coup, qui pense que ces poursuites judiciaires Ă©taient beaucoup de vent pour pas grand chose ?

(source)


6 commentaires

  1. Bon ça risque de coĂ»ter cher tout ça Ă  Microsoft mais quelque part je pourrais penser que cette dĂ©cision peut leur rendre service dans la bataille du cloud et la poursuite de leur stratĂ©gie de conquĂȘte du marchĂ© et de la dĂ©matĂ©rialisation des services !

  2. Bonjour Valentin, merci pour cette news.

    Je me permets d’apporter trois prĂ©cisions :

    1) La dĂ©cision a Ă©tĂ© rendue par la HIGH COURT OF JUSTICE qui est l’Ă©quivalente de notre Tribunal de Grande Instance. En d’autres termes, il s’agit d’une dĂ©cision de premiĂšre instance. La dĂ©nomination « Cour de Justice », en français, est habituellement employĂ©e pour dĂ©signer la Cour de Justice de l’Union EuropĂ©enne (anciennement Cour de justice des CommunautĂ©s europĂ©ennes (CJCE)).

    2) De mon point de vue, il ne s’agit certainement pas d’un manque de chance de Microsoft mais, au choix, d’une mauvaise prise de risque OU d’un problĂšme de dĂ©sorganisation interne. Je m’explique : avant de procĂ©der Ă  un dĂ©pĂŽt, les entreprises (surtout de la taille de Microsoft) effectuent systĂ©matiquement ce que l’on appelle « une recherche d’antĂ©rioritĂ©s ». Cette recherche a prĂ©cisĂ©ment pour but d »identifier d’Ă©ventuelles marques susceptibles de poser problĂšme au dĂ©pĂŽt d’une nouvelle marque. Les registres de marques Ă©tant encombrĂ©s, il est toutefois frĂ©quent que les entreprises « prennent » le risque de dĂ©poser une marque similaire Ă  une marque dĂ©jĂ  enregistrĂ©e. Parfois ça passe, parfois ça casse. Cela m’Ă©tonnerait fortement ici que Microsoft n’ait pas Ă©tĂ© mis au courant de l’existence de la marque SKY. Je pense donc que cet Ă©chec est la consĂ©quence d’une mauvaise dĂ©cision marketing.

    Il est Ă©galement possible (ce qui arrive plus souvent qu’on ne peut le croire) que Microsoft souffre d’une mauvaise communication entre ses opĂ©rationnels (ceux chargĂ©s de trouver un nom de marque) et son service juridique (ceux chargĂ©s de « valider » le choix). Le juridique a certainement identifiĂ© la marque antĂ©rieure mais son avis n’a pas Ă©tĂ© transmis, ou pas Ă©tĂ© pris en compte, par les dĂ©cisionnaires.

    3) Autre prĂ©cision concernant la dĂ©cision ; le cƓur des dĂ©bats et la dĂ©cision du Juge ASPLIN ne reposent pas sur le service « Sky Store & Share » mais sur la contrefaçon de la marque antĂ©rieure SKY de la sociĂ©tĂ© BRITISH SKY BROADCASTING GROUP PLC.

    Cette marque n’a jamais cessĂ© d’ĂȘtre exploitĂ©e. La question centrale Ă©tait donc de dĂ©terminer si la marque SKY DRIVE de Microsoft Ă©tait susceptible de gĂ©nĂ©rer un risque de confusion auprĂšs du consommateur avec la marque antĂ©rieure SKY de la sociĂ©tĂ© BSBG (c’est ainsi que l’on dĂ©termine la contrefaçon).

    J’abrĂšge le propos, mais en gros, la juge a considĂ©rĂ© que le terme DRIVE Ă©tait descriptif du service proposĂ© et que l’Ă©lĂ©ment primordial Ă  prendre en compte dans l’apprĂ©ciation du risque de confusion Ă©tait donc le terme SKY (au sein d’une marque, c’est ce que l’on appelle l’Ă©lĂ©ment dominant. Celui qui retiendra rĂ©ellement l’attention du consommateur. Sa reprise dans une marque postĂ©rieure est donc susceptible de gĂ©nĂ©rer un risque de confusion entre les deux marques. Elle peut Ă©galement gĂ©nĂ©rer un risque d’association, ie un risque pour le consommateur de croire que la marque SKY DRIVE est une dĂ©clinaison de la marque SKY).

    J’espĂšre que ces prĂ©cisions (trĂšs juridiques j’en ai conscience) apportent un petit Ă©clairage supplĂ©mentaire.

  3. Valentin-Pringuay on

    Bonjour @salvia :
    Merci infiniment pour cet Ă©clairage trĂšs intĂ©ressant sur l’histoire. En effet, mes connaissances juridiques sont limitĂ©es et cet apport permet de mieux comprendre l’affaire Sky.
    En effet, c’est probablement un mauvais choix pour Microsoft… mĂȘme si je suis toujours surpris/atterrĂ© devant l’impossibilitĂ© d’utiliser un mot commun comme le « ciel » Ă  cause de cette antĂ©rioritĂ©.
    En tout cas je vous remercie d’avoir pris le temps de complĂ©ter largement cet article.

  4. Pas de souci, je suis content que vous trouviez cet apport constructif.

    Je rebondis une derniĂšre fois sur ce que vous venez de dire puisque c’est prĂ©cisĂ©ment ce qu’a tentĂ© d’opposer Microsoft.

    DĂ©poser une marque, c’est dĂ©poser un signe qui permet aux consommateur d’identifier l’origine d’un produit ou d’un service. Le rĂŽle d’une marque est donc de garantir cette origine. Pour remplir ce rĂŽle, la marque doit ĂȘtre « distinctive ». En d’autres termes, elle ne doit pas avoir de « lien » avec les produits et services qu’elle dĂ©signe, elle ne doit pas ĂȘtre descriptive de ces produits et services. Par exemple, ORANGE pour des services de tĂ©lĂ©phonie est fortement distinctif.

    Lorsqu’une marque est faiblement distinctive, la portĂ©e de sa protection est moindre. Son titulaire ne peut donc pas empĂȘcher d’autres acteurs du marchĂ© d’utiliser une marque similaire, construite autour d’un terme Ă©vocateur.

    C’est ce qu’a tentĂ© de plaider Microsoft en soutenant que le terme « Drive » Ă©tait descriptif (disques dur oĂč sont stockĂ©es les donnĂ©es) et qu’il en Ă©tait de mĂȘme de Sky.

    Or, le terme SKY n’est pas descriptif du service de cloud computing. Il est, tout au plus, Ă©vocateur (puisque proche du terme Cloud). La marque antĂ©rieure SKY bĂ©nĂ©ficie donc d’une protection Ă©tendue, lui permettant de s’opposer Ă  toute marques trop proches. C’est le cas ici puisque la marque de Microsoft Ă©tait composĂ©e de ce terme + un terme descriptif, donc sans portĂ©e. Cela explique pourquoi vous ne pourriez pas dĂ©poser une marque composĂ©e de SKY + un terme descriptif pour des services de cloud computing.

  5. @Valentin-Pringuay
    « je suis toujours surpris/atterrĂ© devant l’impossibilitĂ© d’utiliser un mot commun comme le « ciel » Ă  cause de cette antĂ©rioritĂ©. »
    Les grandes entreprises se servent beaucoup de ce genre de mĂ©canismes pour se faire du pognon supplĂ©mentaire il me semble. Google a rĂ©cemment acquis le mot « Glass » qui est trĂšs commun lui aussi et bloque(ra ?) beaucoup de projets similaires au Google Glass Ă  priori, ici un premier exemple.
    http://www.tropgeek.com/news/G.....+prototype
    Dans le mĂȘme style, il me semble qu’Apple avait eu des soucis de cet ordre mais impossible de trouver le lien.

  6. @Marc Je sais que beaucoup de personne pense comme vous, mais non, il ne s’agit pas de se faire du « pognon supplĂ©mentaire » en monopolisant des termes communs. Le droit des marques ne le permet de toute maniĂšre pas. Il s’agit de protĂ©ger la dĂ©nomination qui servira Ă  dĂ©signer votre produit ou votre service. Je vous invite Ă  lire mes deux (trĂšs) long commentaires au dessus. Pour revenir au sujet de l’article. Microsoft aura trĂšs bien pu dĂ©poser une marque SKY + un autre terme distinctif (donc non Ă©vocateur). Ou Sky associĂ© Ă  un Ă©lĂ©ment figuratif fort. Ou Sky seul pour dĂ©signer autre chose que du cloud computing.

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