Microsoft : l’inéluctable mutation

Le Microsoft de 2020 ne sera plus celui que nous connaissons aujourd’hui. La conférence WPC organisée par le géant du logiciel à Washington cette semaine donne quelques indices sur cette transformation.

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Cette semaine se tient à la Verizon Arena de Washington DC la plus importante mais plus méconnue conférence de Microsoft : la WPC, ou Worldwide Partner Conference. Une conférence dédiée aux partenaires de Microsoft, c’est à dire à toutes entreprises qui revendent, distribuent et vivent des services et produits Microsoft.

Et je peux vous dire que cela représente un peu de monde : si la conférence annuelle « classique » d’un géant du numérique (y compris les autres conférence de Microsoft) réunit généralement entre 2000 et 3000 personnes, la WPC attire chaque année environ 16.000 participants venus de 140 pays, qui vont assister à 8000 réunions professionnelles et accessoirement occuper 45 hôtels dans le district de Washington.

Un écosystème d’entreprises, ou « channel » dans le jargon Microsoft, de la TPE de 5 personnes à la multinationale, qui démontre à quel point Microsoft est aussi (et peut-être avant tout) une entreprise orientée B to B autant qu’un géant auprès du grand public.

91 milliards dans le nuage

Autant dire que les sujets abordés, souvent très techniques et orientés entreprises, ne comptent vraiment pas parmi ceux que nous traitons le plus fréquemment sur Presse-citron mais assister à ce type de conférence est une façon intéressante de voir Microsoft par l’autre bout de la lorgnette. Ici on côtoie très peu de développeurs, on ne voit pratiquement aucun gadget, et l’ambiance, quoique bon enfant, et très business. On sent que le secteur brasse du pognon, et qu’il est avant tout question de rentabilité, de productivité et d’expansion. Allez un chiffre, au hasard, pour vous donner une idée du marché sur lequel se positionne Microsoft. Un chiffre martelé par Kevin Turner, le très énergique Vice-Président de Microsoft (un personnage à la Steve Ballmer, une certaine bonhommie en moins) : en 2020 le cloud représentera un marché de 91 milliards de dollars.

Et oui, ne plus vendre de logiciels mais des services, cela peut aussi rapporter très gros, et peut-être encore plus gros. C’est juste un changement de culture, autant pour un géant comme Microsoft, plus habitué à vendre des licences « au coup par coup » que des abonnements, que pour les clients. Mais il en va de l’informatique comme du reste : à quoi bon être propriétaire d’un truc qui devient rapidement obsolète et immobiliser de la trésorerie quand on peut avoir les mêmes prestations sans investissement de départ et avec des logiciels en mode SaaS donc toujours à jour ?

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Nouveaux métiers, nouveau style

Une mutation qui passe également par un changement de direction, et donc de style. Là où Steve Ballmer était une sorte de super VRP toujours chaud pour prendre le premier micro venu et haranguer les foules, en l’occurrence les « partners » avec le style si particulier qui était le sien, Satya Nadella, le nouveau PDG de Microsoft est certainement davantage dans la nuance, ce qui devrait finalement être cohérent avec le tournant qu’est entrain de prendre la firme de Redmond. Une réserve qui lui avait été quelque peu reprochée : lors de sa première keynote en tant que PDG de Microsoft, les observateurs avaient noté qu’il n’avait prononcé le mot « partenaires » que deux fois, et certains s’inquiétaient d’un certain manque de clarté sur le sujet.

Sa prise de parole prévue mercredi matin devrait dissiper les doutes, et il se pourrait même que cette édition de la WPC soit l’une des plus importantes de la décennie écoulée, tant par le nombre d’annonces que par l’engagement qu’elles montrent vis-à-vis de l’écosystème. Autant dire que, sans préjuger de ce qu’annoncera Satya Nadella mercredi, le Microsoft des prochaines années risque de ressembler très peu à celui que nous avons connu, ou que nous connaissons encore.

Côté annonces justement, si l’on met de côté les plus techniques ou spécifiques à des métiers, on retiendra quelques faits marquants pour les partenaires :

  • Le CRM Microsoft Dynamics CRM sera disponible via le programme Microsoft Open Licensing « prochainement dans l’année fiscale » (qui démarre ce mois pour Microsoft mais sans précision de date).  Open Licensing permet aux partenaires de prendre le contrôle de la facturation des services de Microsoft qu’ils vendent aux clients. Dans le cadre du programme, les partenaires sont en mesure d’acheter des licences pour les produits Microsoft pour le compte de leurs clients, et de les facturer directement. Il permet également de regrouper les services partenaires de Microsoft avec leurs propres offres tout en ne fournissant aux clients qu’une seule facture.
  • Lancement de Windows Apportals, une technologie de création de portails personnalisés utilisant Windows 8 et 8.1, qui permet de créer des vues desktop spécifiques au sein des organisations en utilisant in conglomérat de liens, d’apps du Windows Store, d’apps Windows 7 et de web apps encapsulées.
  • Microsoft Azure StorSimple, une solution de stockage hybride dans le cloud, sera disponible le 1er août et intégrée dans les services Azure.
  • Azure Machine Learning est disponible pour les partenaires et les clients à compter de ce jour.

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De leader à challenger

L’avenir de Microsoft se joue évidemment aussi sur le mobile. Même si la devise de cette édition de la WPC, répétée comme un mantra, est « Mobile first, Cloud first », nous n’avons pour le moment pas grand chose à nous mettre sous la dent, si ce n’est des démos d’Office 365 sur iPad (téléchargé à 27 millions d’exemplaires, mais ce n’est pas une nouveauté du jour) et la volonté affirmée de Microsoft de déployer des services compatibles d’un clic sur tous les terminaux Windows, du smartphone au grand écran en passant par les tablettes et les laptops, et des annonces de nouveaux devices avec d’autres partenaires que Nokia, sur lesquelles je reviendrai ultérieurement. Cependant, Kevin Turner montre qu’il ne craint ni les challenges, ni les remises en question, en expliquant que dans « l’ancien monde », Microsoft dictait sa loi en détenant plus de 90% de parts de marché. Alors que dans le monde « mobile et cloud » actuel, Microsoft est devenu un challenger, avec seulement 14% du marché des terminaux informatiques : « Quand vous avez plus de 90% du marché, vous protégez et préservez. A 14%, vous vous battez. C’est un nouvel état d’esprit. Un état d’esprit de challenger ». Et apparemment; la bagarre c’est un peu son truc, à Kevin Turner.

Un challenge relevé avec des décisions concrètes et parfois « douloureuses » comme celle qui consiste à distribuer Windows gratuitement sans aucun frais de licence pour tous les appareils dont la taille de l’écran est inférieure à 9 pouces, et un Office « cross-platform », à savoir compatible sur d’autres OS que Windows, comme iOS par exemple. Quelques chiffres sur la progression de Windows Phone :

  • 91% de progression sur l’année écoulée
  • l’OS mobile n°2 dans 14 pays (et la France en tête de la progression, notamment grâce à des accords particuliers avec Orange)
  • 10% de parts de marché dans 8 pays
  • 12 millions de Nokia Lumia 520 vendus

Quelques nouveaux produits estampillés Windows ont été entraperçus le temps d’une slide, sans annonce officielle : le Fujitsu LIFEBOOK T904, le HP Elitebook 1040 G1, un Acer Iconia W4 821, un Dell XPS 13, un Acer Aspire Switch 10, un Lenovo ThinkCentre M93p Tiny, un Toshiba Encore 2 10″, un Lenovo ThinkPad Yoga, un HP Beats 23 Special Edition AIO, un ASUS UX303, Dell Venue 11 Pro, le Samsung ATIV Book 9. Un autre device a été présenté un peu plus officiellement, il s’agit du HP Stream, un laptop qui sera vendu au prix extrêmement compétitif de 199 dollars dans les prochaines semaines.

(à suivre…)


Un commentaire

  1. Ca passe aussi visiblement par la suppression probable de 10% des effectifs, soit 12.000 emplois…

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