L’Union Européenne, jamais à court de combats d’arrière-garde, vient d’infliger une nouvelle amende de 561 millions d’euros à Microsoft pour ne pas avoir respecté ses engagements… sur le choix des navigateurs dans Windows. Ubuesque.

Comment se remplir les poches facilement quand on n’a pas d’idées et qu’on est incapable de produire de la richesse et des emplois ? Demandez à l’Union Européenne et à ses zélés commissaires, champions du monde des règlementations ridicules, généralement ils en connaissent un rayon : il suffit de se servir dans les poches des autres en inventant des amendes bidon, et en les appliquant de façon totalement arbitraire.

C’est exactement ce qui vient de se produire – une nouvelle fois – hier, quand l’Union Européenne, par la voix de son délégué à la concurrence Joaquin Almunia, a jugé super intelligent d’infliger une pénalité de 558 millions d’euros (732 millions de dollars) à Microsoft au motif de non-respect de ses engagements.

browser011 Pénalités : lUnion Européenne se paie une nouvelle fois Microsoft avec une amende pour non respect de ses engagements

De quels engagements s’agit-il ? Rappelez-vous, en juillet 2009, l’Union Européenne, toute éprise d’équité et n’ayant sûrement pas de question plus urgente et importante à traiter, avait imposé à Microsoft de proposer un écran permettant aux utilisateurs de Windows de choisir leur navigateur internet, ceci afin de briser le monopole pourtant déjà très mal en point d’Internet Explorer, et d’offrir les principales alternatives.

Microsoft s’était exécuté en bon élève, et proposait rapidement le fameux « ballot screen » (que l’on évitera de traduire par « écran pour les ballots ») affichant dès l’installation de Windows le choix entre les principaux navigateurs du marché, à savoir Google Chrome, Firefox, Safari, Opera et… Internet Explorer.

Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes de bisounours, d’autant que cette mesurette ne concernait évidemment que les pays de l’Union Européenne, où l’on préfère s’emberlificoter dans des textes ubuesques plutôt que s’occuper de choses plus productives.

Oui mais voilà : Microsoft a failli, et a omis d’intégrer ce fameux écran multichoix pendant plus d’un an, à l’occasion d’une mise à jour via un service Pack Windows, cette page de choix ayant disparu des écrans entre mai 2011 et juillet 2012.

Ire des commissaires européens concernés par le dossier, qui n’ont pas tardé à réagir devant « l’extrême gravité » (LOL) de la situation, s’empressant donc d’infliger la fameuse amende au géant de Redmond, car on n’a certainement pas l’occasion tous les jours de prendre 558 millions comme ça d’un simple mouvement de menton. Microsoft, qui ne veut pas se fâcher avec l’UE, a accepté la sanction sans protester, allant même jusqu’à reconnaitre que c’était sa très grande faute, que l’amende était justifiée, et qu’on ne l’y rependrait plus.

Bon. 558 briques ça fait beaucoup pour une amende, et chez nous cela financerait au moins deux jours de carence de fonctionnaire sur une année, ou le parc automobile d’un Prince du Qatar après qu’il eut payé les primes de Zlatan. Mais il faut rapporter cela au trésor de guerre de Microsoft, qui a en caisse quelque-chose comme 54 milliards de dollars de cash (41 milliards d’euros) . L’amende représente donc si je ne m’abuse un trou béant d’environ 1,4% de la trésorerie du géant de l’informatique. On comprend qu’à ce prix-là il paie rubis sur ongle, et laisse la monnaie pour le petit personnel.

Des principes à géométrie variable

Mais là n’est pas question. L’UE fait de ces questions de monopoles une affaire de principe, avec la propension qui la caractérise à se draper des habits du Chevalier Blanc (ou de Don Quichotte, selon) et à sodomiser vigoureusement tout drosophile passant à portée. Et on ne rigole pas avec les principes. On imagine bien une réunion de commissaires un peu replets et désœuvrés au retour de la cantine de Bruxelles où ils ont déjeuné d’une bonne assiette de moules-frites, se demander qui ils vont emmerder pour se faire bien voir par les peuples. Si possible une bonne grosse boîte américaine un peu grassouillette, pas trop populaire et pas trop bégueule. C’est une fois de plus tombé sur Microsoft, une proie facile et peu encline à se rebeller, comme cela avait été le cas déjà en 2004 avec cette amende grotesque pour non-respect des règles de la concurrence, qui avait conduit à contraindre Microsoft à proposer une version de Windows… sans Windows Media Player. C’était déjà stupide à l’époque, mais avec neuf ans de recul, le côté pitoyable de la chose ressort de façon encore plus obscène. Qui se souvient que sa vie a été changée par cette décision ? Au mieux, on se rappellera juste de deux choses : Microsoft proposa donc deux versions de Windows, l’une sans Windows Media Player, l’autre avec, au même tarif. Qu’ont fait les consommateurs à votre avis, pour le même prix ?

Je ne défends pas Microsoft, chez qui je n’ai ni actions ni intérêts, je défends une certaine idée de la liberté pour une entreprise de proposer ce qu’elle souhaite à l’intérieur de SES produits. En l’occurrence, il me semble que Microsoft ou toute autre compagnie devrait encore avoir la liberté de monter les offres qu’elle veut, et de packager ce qu’elle veut dans ses logiciels. Au pire on pourrait comprendre la décision de l’UE si Microsoft rendait impossible l’installation d’un autre navigateur, ou si la manipulation était trop compliquée. Mais ce n’est pas le cas : installer Chrome ou Firefox ou un autre est une opération à la portée d’un enfant de 7 ans, et il n’y a aucune barrière pour le faire. Mieux : vous pouvez même récupérer tous les réglages d’Internet Explorer dans votre nouveau navigateur et en faire votre navigateur par défaut. Comme « monopole » on a vu pire, hein.

Pas d’accord ? Ok, alors messieurs les commissaires européens, j’ai un petit peu de boulot pour vous, et avec un peu de chance vous allez encore pouvoir vous mettre facilement quelques centaines de millions de plus dans les poches :

  • imposez un ballot screen à Apple, sur Mac, iPad, iPhone et iPod Touch. Car jusqu’à nouvel ordre, sur ces quatre machines c’est Safari et Safari seul qui est installé. Pire : sur iOS il a longtemps été impossible d’installer un autre navigateur.
  • imposez un ballot screen à Firefox OS, qui ne va proposer que le navigateur Firefox par défaut
  • imposez à Google un écran de choix sur Android

On va un peu plus loin dans le ridicule ? Allez, soyons fou, j’ai cinq minutes :

  • imposez un écran de choix qui s’affiche par défaut dès la mise en route sur les téléviseurs, car encore aujourd’hui ils s’allument toujours sur la chaine 1
  • imposez un écran de choix de l’auto-radio, ou du GPS, ou du moteur dans les voitures. C’est vrai, pourquoi quand j’achète une Renault je n’aurais pas le droit d’installer un moteur Peugeot après tout ? Ou un GPS Garmin à la place du TomTom d’origine qui m’est « imposé » au nom d’accord commerciaux qui ne me concernent pas ?
  • imposez que l’on puisse choisir son morceau de cheval dans les lasagnes. Ah non pardon, je m’égare.

Vous voyez, cela en fait des opportunités de racler quelques millions. Et quelques assiettes de moules-frites. Mais vous savez, chez Microsoft et chez les autres on est pragmatique, et même à 1,4% de trésorerie près, on sait compter : ce sont autant de millions qui ne seront pas investis ailleurs. En Europe, par exemple.

Au fait, pour accéder au ballot screen Windows, suivez le guide. Attention : votre vie va changer.

Edit du 08/03 : Je pense que la discussion a un peu dévié. Si vous lisez bien cet article, vous verrez que je ne conteste pas vraiment la légitimité de l’amende par rapport aux engagements non tenus de Microsoft. Je dis juste que le fondement même de la règlementation sur laquelle elle repose est stupide. Et rien ne me fera changer d’avis.
Je dis que c’est stupide car c’est arbitraire, et que si l’UE était cohérente avec ses propres règles, le champ d’application de cette pénalité devrait être bien plus large que seulement les navigateurs et seulement Microsoft. Quid par exemple du monopole de fait de Google sur les moteurs de recherche ? J’attends que l’UE impose un ballot screen dans tous les navigateurs, qui permette de choisir son moteur de recherche (sur Firefox et Chrome, soit 70% du marché des navigateurs c’est Google (90% du marché des moteurs de recherche) qui est « imposé » par défaut). En cherchant un peu on peut trouver des dizaines d’exemples, alors pourquoi se focaliser exclusivement sur une entreprise ? On ne m’enlèvera pas de l’idée qu’il y a beaucoup de démagogie là-derrière. En s’en prenant à Microsoft, l’UE attaque un symbole facile, celui d’une forme d’impérialisme et d’arrogance américaine, une démarche toujours payante dans la vieille Europe… Ok, les ricains ne font probablement pas mieux de leur côté (cf procès Apple Samsung) mais est-ce une raison ?

Ah, et un dernier truc : je crois que certains n’ont pas saisi l’ironie de l’article, et le fait que, forcément j’ai un peu forcé le trait. Je ferai plus politiquement correct pour ne heurter aucune âme sensible la prochaine fois, promis, et je change le titre de l’article icon smile Pénalités : lUnion Européenne se paie une nouvelle fois Microsoft avec une amende pour non respect de ses engagements