Avant internet les choses étaient simples : pour lire la presse vous n’aviez qu’une possibilité, acheter vos journaux au kiosque. Un seul canal de distribution, un seul support de lecture. Il était alors aisé pour les éditeurs de tenir leur ligne éditoriale dans une maquette et une mise en page figée qui n’évoluait que très peu en fonction de l’actualité.

nytimes Presse en ligne : la multiplication des terminaux influence t elle la ligne éditoriale ?

Puis est arrivé le web, et les ennuis ont commencé : fallait-il reproduire en ligne la maquette de l’édition papier, proposer quelque-chose de radicalement différent, adapté à la lecture sur écran, ou les deux ? Bref, pour un métier assez peu enclin à prendre en marche le train de la métamorphose, les choses se sont légèrement compliquées.

Et cela ne va pas en s’arrangeant. Je regardais hier (et je lisais, aussi) la une du New York Times, véritable institution dans le patrimoine de la presse écrite, et j’ai fait ce constat : il n’y a plus de « une », il y en a plusieurs, et elles sont différentes. Et pourtant on sait à quel point la une d’un quotidien est importante pour son image, sa diffusion, et… sa ligne éditoriale puisqu’elle est censée en être à la fois la vitrine et la porte d’entrée. On sait aussi la fièvre qui s’empare des rédactions au moment du bouclage et les luttes internes pour justement composer cette une, chaque rédacteur défendant âprement son papier pour un bout d’espace en plus. La composition de la une est le résultat d’un compromis visant à proposer un équilibre entre une multitude d’informations, hiérarchisées en fonction de leur importance.

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Entre zapping et analyse

Avec la multiplication des terminaux, qui sont autant de supports de lecture, la ligne éditoriale d’un quotidien se brouille un peu : on ne lit pas le même Monde selon qu’on l’achète au kiosque, qu’on le lit sur le web ou qu’on en parcourt l’essentiel sur son application iPhone. Essayez, vous verrez. Habitué à lire quotidiennement le vénérable journal français via son excellente application iPhone, ce qui prend en moyenne une bonne vingtaine de minutes, j’ai eu l’occasion récemment lors d’un long voyage en avion de lire l’édition papier, ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps : la lecture intégrale de cette édition m’a occupé pendant plus de deux heures. C’est normal, Le Monde réserve encore à ceux qui achètent l’édition papier le meilleur et l’intégralité de son contenu, et notamment les signatures et les analyses des éditorialistes. Mais au-delà de cette différence de densité le plus important est que j’avais l’impression de ne pas lire le même journal que celui que je lis sur l’application iPhone.

De plus en plus de terminaux, de moins en moins de lecteurs ?

Bien sûr cet exemple est un peu caricatural puisqu’il compare deux éditions d’un même média qui sont chacune à une extrémité de l’échelle, mais revenons à notre bon vieux New York Times, et prenons l’édition du jour. Celle-ci est disponible en six versions : l’édition papier, le site web, le Times Reader (application Adobe Air à installer), Le Times Skimmer (une édition spéciale optimisée et qui se feuillète comme un eBook), la version mobile du site et enfin l’application iPhone. Pas facile dans ce cas de proposer la même une sur tous les supports, ne serait-ce que par les contraintes techniques de taille et d’ergonomie propres à chacun d’entre eux. Si l’on retrouve à peu près sur toutes les versions les trois titres principaux du jour (His Health Bill Stalled, Obama Juggles an Altered Agenda, Administration Considers Moving Site of 9/11 Trial et l’éditorial Of Teen Angst and an Author’s Alienation), ils n’occupent pas la même place, et n’ont donc pas la même importance selon qu’on les lit sur iPhone, BlackBerry, sur le site web ou encore sur le Times Reader. Pour le reste, les infos poussées en une sont très différentes d’une édition à l’autre. Par conséquent, forcément, la perception que l’on a de le lecture d’un journal selon le support utilisé est altérée, un peu comme si on ne lisait pas le même.

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Les rédactions tiennent-elles compte de ces différentes contraintes au moment du bouclage de la une, ou ceci est-il seulement géré en aval par la technique du système de gestion de contenu et les différentes cellules (web, mobile…) ?

C’est en tout cas un challenge supplémentaire pour les éditeurs de presse, qui, quand ils font des efforts d’adaptation et tentent de réinventer leur média dans l’ère numérique, doivent composer avec la nouvelle donne des terminaux multiples sans pour autant perdre le fil, ni leur âme, tout en faisant en sorte de ne pas brouiller leur image auprès de leur lectorat dans une époque difficile ou la presse traverse une crise sans précédent et perd chaque jours lecteurs et annonceurs.