Ceux qui lisent rĂ©guliĂšrement Presse-citron connaissent mon intĂ©rĂȘt pour les mĂ©dias traditionnels en gĂ©nĂ©ral, la presse Ă©crite en particulier, et tout le respect que j’ai pour la profession de journaliste, quand ces derniers lui font honneur. Vous savez Ă©galement que je me suis toujours tenu Ă  l’Ă©cart du dĂ©bat journaliste-blogueur, et des querelles inhĂ©rentes, qui n’ont pas tellement de sens Ă  mon avis.

Par consĂ©quent l’anecdote que je m’en vais vous conter ci-aprĂšs est Ă  prendre comme telle : une histoire Ă©nervante mais sans grande importance, qui aurait tout aussi bien pu se produire avec un blogueur ou tout autre Ă©diteur de contenu.

Mais il se trouve qu’elle provient d’un journaliste du Monde, et forcĂ©ment, c’est plus gĂȘnant. Surtout pour lui, et pour Le Monde.

Le Monde a publiĂ© hier un dossier intitulĂ© Profession blogueur, signĂ© Yves Eudes. L’article en question traite du sujet - trĂšs en vogue actuellement dans les mĂ©dias, y compris dans les blogs - des blogueurs “professionnels” ou de ceux qui essaient de tirer des revenus substantiels de leur blog. Plusieurs exemples sont citĂ©s. Parmi eux, Stagueve, Anh Phanh, Romain Libeau ou encore Deedee.

Jusque-lĂ  tout va bien, sauf que… monsieur Eudes m’avait Ă©galement contactĂ© en juillet dernier pour participer Ă  ce dossier, m’indiquant mĂȘme que c’Ă©tait ma dĂ©cision de passer blogueur Ă  plein temps qui avait contribuĂ© Ă  imaginer ce dossier. J’avais acceptĂ© avec plaisir cet entretien. Nous Ă©tions donc convenus d’un rendez-vous tĂ©lĂ©phonique pour une interview fouillĂ©e qui dura pas loin de deux heures.

L’Ă©tĂ© passe, et monsieur Eudes me rappelle en septembre pour obtenir “quelques prĂ©cisions et complĂ©ments d’information” au sujet de l’interview de juillet, censĂ©e ĂȘtre publiĂ©e Ă  la rentrĂ©e dans Le Monde. Nous passons de nouveau du temps au tĂ©lĂ©phone, jusqu’Ă  ce que je m’aperçoive que le gars recommence l’interview de juillet, en me reposant les mĂȘmes questions. Étant trĂšs occupĂ©, je lui signale simplement que nous avons dĂ©jĂ  abordĂ© ces sujets, et qu’il m’a dĂ©jĂ  posĂ© les mĂȘmes questions deux mois plus tĂŽt. En guise de seule et unique rĂ©ponse, monsieur Eudes, visiblement vexĂ© dans son orgueil (qui semble trĂšs grand car il faut quand mĂȘme prĂ©ciser que ce monsieur est plutĂŽt du genre pĂ©dant, en tout cas au tĂ©lĂ©phone) me raccroche tout simplement au nez sans autre forme de procĂšs, alors que je n’ai mĂȘme pas terminĂ© ma phrase. La classe.

J’ai lu son article hier et comme par hasard, ma contribution n’a pas Ă©tĂ© retenue. Je m’en fous, lĂ  n’est pas le sujet, j’ai dĂ©jĂ  eu l’occasion d’expliquer qu’une citation dans un grand mĂ©dia n’apporte que trĂšs peu de visibilitĂ© supplĂ©mentaire aux petits blogueurs que nous sommes, et mĂȘme s’il aurait Ă©tĂ© plaisant d’y figurer, je n’ai pas besoin du Monde (dont je lis la version web quotidiennement) pour faire mon petit business.

Mais, mĂȘme si je me garderai bien d’en faire une gĂ©nĂ©ralitĂ©, ce genre d’attitude, provenant qui plus est d’un journaliste professionnel officiant dans un grand quotidien national, est tout simplement lamentable : elle dĂ©montre une forme de mĂ©pris pour le sujet traitĂ© (sans parler du fait de m’avoir fait perdre prĂšs de 3 heures pour rien), et surtout une Ă©thique Ă  gĂ©omĂ©trie variable, puisque dans ce cas le journaliste n’hĂ©site pas Ă  faire passer ses Ă©tats d’Ăąme et son orgueil personnel avant l’objectivitĂ© du dossier.

Bref, j’ai Ă©tĂ© puni par Monsieur Eudes pour ne pas lui avoir fait allĂ©geance. MĂȘme si ce n’Ă©tait pas le cas (et alors il faudrait m’en expliquer les raisons objectives), ceci ressemble fort Ă  une sanction. Ou Ă  de la censure, ou du parti-pris, appelez ça comme vous voulez. Bouh, au piquet vilain blogueur.

Cela Ă©tant, cette anecdote regrettable ne m’empĂȘchera pas de continuer Ă  lire Le Monde, y compris les articles de Yves Eudes si par aventure je tombe dessus.