La confidentialité des données personnelles sur Facebook, et l’usage qui peut en être fait sont à l’origine du mouvement de rébellion qui conduit de nombreux internautes (mais en fait surtout des blogueurs, influenceurs et leaders d’opinion) à envisager de fermer leur compte aujourd’hui : c’est le Quit Facebook Day.

quit facebook Quit Facebook Day : Facebook tu laimes ou tu le quittes. Aujourdhui.

En fait si l’on regarde un peu les raisons de cette défiance, l’élément déclencheur est principalement constitué par l’apparition du fameux petit bouton « Like » qui laisserait des traces partout dès que l’on décide de cliquer dessus. Ce qui permettrait ensuite d’être suivi par plein de méchants annonceurs qui établiraient un profilage de nos goûts à l’insu de notre plein gré et pourraient ainsi afficher des publicités correspondant à notre mode de vie.

L’autre grief fait à Facebook réside dans la complexité grandissante des réglages de confidentialité de nos données personnelles. Si vous voulez tester les vôtres je vous rappelle qu’il existe quelques outils, comme ceux décrits ici par exemple : Voir exactement les informations publiques de votre profil Facebook avec Profile Watch et Confidentialité sur Facebook : scannez et corrigez facilement vos paramètres avec ReclaimPrivacy

En fait ce débat est à rapprocher de la polémique née de la proposition de loi du sénateur Jean-Louis Masson visant à aligner le régime applicable aux blogueurs sur celui des professionnels de l’information en ce qui concerne l’identification, donc à abolir ou « interdire » l’anonymat des blogueurs : ce débat c’est celui de la liberté de circuler à sa guise sur le net sans être fliqué, que l’on soit producteur de contenu ou simple internaute. C’est donc aussi celui de la neutralité du net.

Longtemps ressenti comme arrogant et peu soucieux de l’avis de ses membres, Facebook a pourtant cette fois réagi par la voix de son boss Mark Zuckerberg, qui a annoncé la semaine dernière que les paramètres de confidentialité seront largement simplifiés dans les prochains jours, d’autant que d’autres réseaux sociaux alternatifs voient le jour, promettant les mêmes fonctionnalités que Facebook (qui n’a pas que des défauts non plus), mais sans son côté sombre, et avec une garantie promise sur la confidentialité des données. Reste à savoir si ces nouveaux services ne seront pas à Facebook ce que le bio est à l’alimentation traditionnelle : un succédané marginal et sans réel apport sanitaire prouvé.

Dis-moi ce que tu lis je te dirai qui tu es

Mais revenons un peu au « Like », pierre angulaire de l’édifice du graphe social de Facebook, et de ses conséquences sur notre profilage. En fait j’ai un peu l’impression que ce qui constituait l’essence du Web 2.0 des années 2004-2008, à savoir le partage et une certaine transparence, sont complètement remis en question avec la méfiance qu’inspire Facebook. Car il n’est pas besoin d’aller chercher très loin pour retrouver d’autres exemples de sites sur lesquels vos préférences sont affichées au grand jour. Regardez simplement Digg, certes beaucoup moins important en termes d’inscrits, mais qui permet à n’importe-qui d’en savoir beaucoup sur le parcours d’un autre membre, ses préférences, les news pour lesquelles il a voté, son activité récente et encore de nombreux autres critères, et cela sans même être inscrit ni loggé. Plus près de nous (si l’on peut dire), combien de membres de Twitter savent que lorsqu’ils enregistrent un tweet dans leurs favoris, tout le monde y a accès par défaut, y compris les internautes qui ne sont pas membres du site, et que ces favoris ne peuvent pas être édités ou « confidentialisés » mais seulement effacés ? Et que – à ma connaissance – le seul moyen de rendre ceux-ci privés est de passer en statut « tweets protégés » ? Or qu’y a-t-il de plus personnel qu’un favori, mmmh ? Un clic sur un bouton « Like » peut-être ? Pas si sûr… Voilà à mon sens une belle brèche dans la confidentialité de ses actions personnelles, et ce n’est pas sur Facebook que ça se passe.

Bref, sans défendre Facebook – que j’utilise peu et principalement à des fins promotionnelles et de veille pour mon compte et celui de certains clients – je pense que le débat actuel autour du réseau social numéro uno ne porte que sur la partie émergée d’un iceberg qui mériterait un peu que l’on l’observe de plus près : pendant que Facebook focalise l’attention, d’autres sites se gavent avec vos données personnelles, et d’autres processus de ciblage comportemental (Wunderloop, au hasard) savent parfaitement vous tracer sur le web pour analyser vos faits et gestes[1] Et je ne vous parle pas de la géolocalisation, tellement en vogue actuellement. Bref, il faudrait aussi un peu savoir ce que l’on veut : partager sa vie (et en accepter les conséquences) ou pas ?

Quant au Quit Facebook Day, même si on ne peut nier un certain succès médiatique qui est davantage de l’ordre du symbolique (comme souvent avec les pétitions), j’avoue que je crois très peu à son impact. Pendant que quelques dizaines de milliers d’internautes afficheront publiquement leur intention de détruire leur compte (combien le feront réellement ?), quelques centaines de milliers d’autres s’inscriront. Et Facebook va tranquillement atteindre le demi-milliard de membres. Si ce n’est déjà fait.

[1] Alain Sanjaume, Directeur Général France de Wunderloop précise que « les systèmes sont les seuls a être totalement anonymes. Ceci est vérifié par l’organisme certificateur Europrise, reconnu par la commission européenne et la CNIL. »