Rencontre avec Romain Serman, Directeur Bpifrance USA à San Francisco

Pousser les entreprises françaises à conquérir le marché américain et devenir mondial, c’est la mission de Romain Serman, à la tête de Bpifrance USA depuis un an et que nous avons rencontré à San Francisco. Interview.

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Romain Serman, Directeur Bpifrance USA

Dans cette interview, il nous livre sa précieuse analyse sur le marché américain, ses conseils pour les start-up françaises et quelques bons plans sur la ville.

C’est le nom qui revient dans toutes les discussions quand on débarque à San Francisco et que l’on discute avec les entrepreneurs de la Valley. Ce diplomate au look cool, passionné par l’entrepreneuriat et les nouvelles technologies remplit à merveille son rôle de “connecteur” entre Français et Américains. Cela valait bien une interview Presse-Citron.

En quoi consiste votre mission au sein de la BPI?

Pousser nos entrepreneurs à devenir globaux. Ils ont du talent en France, ils doivent l’exprimer à l’échelle mondiale. Pour cela ils doivent, après avoir monté leur entreprise dans l’hexagone, conquérir le marché américain qui représente la moitié du monde. On est donc là pour les aider à marcher sur 2 jambes, une en France et l’autre aux US. C’est à l’image du modèle Israélien, ils commencent en Israël mais partent à la conquête du marche américain car ils n’ont pas le choix. C’est exactement la même chose pour la France et c’est la mission de BPI de les aider en créant un pont entre la France et les US pour que nos entrepreneurs soient Français mais surtout mondiaux.

Comment les sociétés de Venture Capital Américains perçoivent la mission d’une banque publique d’investissement ?

Très bien. Très bien parce que c’est un modèle qu’ils comprennent et qu’ils approuvent. Les entrepreneurs comme les talents sont partout le monde, il se trouve qu’il y en a beaucoup en France et ce que les Venture Capital américains veulent voir, ce sont des talents qu’ils pourront faire grossir et donc leur faire gagner de l’argent. Il y n’a donc aucune raison pour qu’ils n’acceptent pas ces talents, d’où qu’ils viennent d’ailleurs. Surtout quand on sait qu’un entrepreneur sur deux de la Silicon Valley est immigré ou fils d’immigré.

“Mon conseil aux start-up françaises : Allez-les gars, on est là, on est avec vous !”

Quels conseils donneriez-vous à une start-up Française qui souhaite s’implanter aux Etats-Unis ?

Premièrement de bien connaître le marché américain. C’est en étant sur place qu’ils découvriront la vraie concurrence. Deuxièmement d’être bien financé, la vie est terriblement chère ici. Troisièmement, de venir pour les bonnes raisons. Ne surtout pas venir pour lever de l’argent. On vient d’abord pour chercher de la croissance, son marché, ses clients et ses revenus. Les investisseurs Américains veulent voir des entreprises qui ont déjà prouvé que sur le marché américain, qui n’est pas le même qu’ailleurs, le produit de l’entreprise a trouvé son marché. Il faut donc des métriques avant d’aller voir les investisseurs.
Enfin je leur conseille de ne pas du tout avoir peur, on est très bon, il y a de plus en plus de success stories françaises aux Etats-Unis. Allez-les gars, on est là, on est avec vous !

 Quelles qualités faut-il avoir pour réussir ici ?

Focus, focus focus. Surtout ne pas se disperser. Les américains savent éliminer les autres priorités pour n’en garder qu’une et devenir leader mondial sur celle-ci. Hyper focus donc !
Deuxième qualité fondamentale, la vitesse. Ici (dans la silicon valley), ça va dix fois plus vite qu’ailleurs, sans faire de comparaison avec la France, ça va aussi dix fois plus qu’au Nevada. La vitesse est incroyable. Le processus de décision ne se compte pas en mois ni en semaines mais en jours. Une entreprise américaine peut prendre une décision majeur, changer de produit ou pivoter en 2 jours. Pas en 6 mois de réflexion. 6 mois c’est une éternité, c’est la mort.

“Ici (dans la silicon valley), ça va dix fois plus vite qu’ailleurs.”

Avez-vous des exemples de Start-ups françaises qui ont particulièrement bien réussi leur intégration sur le marché américain ?

Énormément. Et je m’excuse déjà envers celles que je vais oublier. Scality, un des fleurons de BPI France, Algolia, parcours exceptionnel. Front, Wit. ai.
Il y a des dizaines de start-up françaises qui commencent à bien réussir et avec ce que je vois arriver, je vous assure que ce n’est qu’un début.

Quel image les Américains ont des Français qui travaillent ici ?

L’ingénieur Français a la côte. Les Américains ont une excellente image des ingénieurs français et c’est la raison pour laquelle on retrouve autant de Français dans le Top Executive des géants américains de la tech : Tesla (Dir de la production), Square (COO), Apple (ancien président des logiciels), Amazon (Dir monde des opérations), Paypal (CFO).

 Quelles sont les villes aux US ou il fait bon s’implanter et dans quel domaine ?

En ce qui concerne la publicité, la banque et la finance, New York. Si c’est un produit à forte valeur technologique, San Francisco. S’il s’agit des deux, il faudra choisir en fonction des clients et de la concurrence. Il faut aussi garder à l’esprit que SF a neuf heures de décalage horaire avec l’Europe alors que NY seulement six. La ville montante, c’est Los Angeles, très intéressant lorsqu’on est dans l’entertainment et les médias. A noter également que la vie y est beaucoup moins chère.

“La ville montante, c’est Los Angeles.”

L’investissement dans la Silicon Valley n’a jamais été aussi important depuis les années 2000 avec des valorisations record et des licornes de plus en plus nombreuses (134). Doit-on craindre un phénomène de bulle ?

Il y a des avis divergents dans la vallée. A titre personnel, je ne suis pas trop alarmiste car la situation n’est pas la même que dans les années 2000. Aujourd’hui les entreprises gagnent (souvent) de l’argent et reposent sur des modèles monétisables, ce qui n’était pas le cas il y a 10 ans.
Deuxièmement, le digital bouffe toute l’économie. Toutes les industries ont désormais recours au digital (automobile, finance, voyage, food) ce qui représente des marchés gigantesques. Il est donc justifié que ces entreprises aient des valorisations de ce niveau.
Le vrai souci à mes yeux se concentre davantage sur le taux de “burn”. C’est à dire qu’on donne de plus en plus d’argent à des entreprises qui sont valorisés de plus en plus chères, mais dépensent-elles correctement cet argent ? Ne pourraient-elles pas dépenser moins pour faire autant voir mieux ? Les questions de “burn” et “cost efficiency” méritent donc d’être posés car à ce niveau je crois que ça délire.

“Toutes les industries ont désormais recours au digital, ce qui représente des marchés gigantesques.”

Parce qu’il n’y a pas que le business dans la vie et que Romain semble être un bon vivant, on lui a également demandé ses conseils sur la ville !

Qu’est-ce qu’on fait le week-end à SF ?

On bosse ! Mais si on ne veut pas bosser, on s’évade dans la nature qui est à 15 min seulement. On va à la plage, on voit ses amis, on fait des pic-nics et le fameux barbecue américain ! C’est une ambiance très provincial et très agréable.
On peut aussi faire du kite-surf ou aller boire du vin à Napa Valley.

Quartier préféré ?

Cole street, Noe Valley (un peu plus reculé mais avec de très bons restaurants) et enfin Duboce triangle.

Un resto coup de cœur ?

Foreign Cinema. Un restaurant ou l’on peut voir un vrai film comme au cinéma.

Ce qui vous manque de France ?

La pierre. La belle pierre et tout ce qui va avec.
Le pain ! Le pain qu’on mange sur une terrasse avec un bon café et une cigarette !

Prochain challenge après la BPI?

Aucune projection dans l’avenir. Je veux juste que les talents français qui le méritent explosent sur le marché américain

Frogs

A droite à la guitare, Romain avec son band “Five Frogs and a Matador”


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