"Le jour où Netvibes met de la publicité partout je crée mon propre "Netvibes", enfin ma page perso en dehors de Netvibes (…)"
"en cas d’arrivée de la pub dans ce type de service, je pars directement sur l’alternative si elle propose des fonctionnalités équivalentes (…)"

La décision de Pierre Chappaz de quitter Netvibes et certains commentaires qu’elle suscite m’inspirent quelques réflexions :

  • Netvibes est un outil, on ne surfe pas sur Netvibes, on ne visite pas Netvibes, on utilise Netvibes, on se l’approprie jusqu’à le rendre indispensable à sa vie d’internaute 2.0
  • Netvibes a bâti son succès et obtenu l’adhésion puis la fidélité de ses utilisateurs sur une promesse fondamentale : un service impeccablement codé et réalisé proposant une interface minimaliste et vierge de toute publicité
  • Les utilisateurs de Netvibes ont tellement intégré ce dernier dans leur vie quotidienne, tellement personnalisé "leur page" qu’ils finissent par oublier qu’ils n’en sont pas propriétaires, et que derrière ladite page il y a des centaines d’heures de travail accomplies par des dizaines de personnes, passées à élaborer et sans cesse améliorer une application, un logiciel
  • Le concept même de Netvibes est peut-être en train de devenir son pire ennemi : pas facile de sortir de ce modèle et de trouver des voies pour une possible monétisation

C’est pourquoi j’ai du mal à comprendre l’attitude systématiquement hostile de certains quand on évoque l’éventualité que Netvibes puisse monétiser son ou ses services (univers…) avec de la publicité.
Il est peut-être temps de cesser cette forme d’hypocrisie et de redescendre un peu sur le plancher des vaches : à ma connaissance beaucoup de services web 2.0 (la plupart ?) ne gagnent pour le moment pas un radis (même les plus fameux), et au contraire continuent à brûler quotidiennement le cash apporté par les investisseurs.
Tout cela va bien s’arrêter un jour, quand les actionnaires auront décidé de siffler la fin de la récré.
Demain, ou après-demain, je l’ignore, mais ça va s’arrêter, c’est sûr.
Que se passera-t-il alors ? Netvibes et les autres, en panne de modèle économique, devront-ils mettre la clé sous la porte ?
Ou alors se résoudre à passer à un modèle payant ? Pas évident… : autant j’ai du mal à comprendre que l’on puisse s’opposer à toute forme de monétisation par la publicité, autant je peux comprendre que l’on n’ait pas envie de payer pour un service jusque là gratuit.

Il reste donc la pub, ou d’autres modèles de même type (sponsors ?)
Laisserions-nous s’écrouler et disparaître des pans entiers du web au nom de cette espèce d’idéologie anti-pub qui ne coûte rien à ceux qui la pratiquent ?

Utiliser quotidiennement Netvibes (ou d’autres services dans la sphère 2.0 à forte valeur ajoutée), profiter de ses évolutions, réclamer des améliorations, mais refuser obstinément d’y voir de la publicité est à mon sens la marque d’un manque de respect pour ceux qui y bossent. C’est dire en substance: allez-y les gars, cassez-vous le cul à nous fournir le meilleur service, c’est cooool, mais venez pas réclamer votre salaire en fin de mois, ou je me tire illico pour me faire ma petite page perso chez Gougole.

Parce-que, au cas où on l’aurait oublié, chez Netvibes comme chez Wikio ou ailleurs, on n’est plus tellement dans le modèle du machin monté par deux geeks faméliques qui bossent bénévolement au fond d’une cave en échange de quelques pizzas-bières voyez-vous (ça ça serait plutôt le modèle Fuzz icon wink Sauvons le Web 2.0 ! ).
Dans les start-ups de cette envergure, il y a aussi cette chose que l’on appelle "salariés" : des gens comme vous et moi, qui ont un loyer à payer, une famille à nourrir, des clopes à acheter, enfin toutes ces considérations un peu bizarres.
Tout cela nécessitant éventuellement ce qu’on appelle un chiffre d’affaires…

Où alors c’est admettre que Netvibes, Digg et autres Twitter sont des trucs finalement pas aussi indispensables que cela.
Et reconnaître de façon induite la futilité de nos occupations quotidiennes, quitte à regarder s’effondrer sans broncher tout l’édifice.
Et par là même, admettre que ce qui ne coûte rien ne vaut rien, comme je l’ai lu récemment dans un commentaire.

C’est tout le problème de l’immatérialité des services, et à fortiori des services web.
Faciles, gratuits, ingénieux, incontournables, disponibles 24/24.
Sauf qu’ils ne nourrissent encore personne.

Et pourtant, un petit bloc dédié à la réclame dans votre page Netvibes vous dérangerait-il tant que ça, si d’un autre côté vous aviez la garantie que ce dernier constituait une source de revenus solide et garantissant la pérennité de votre service favori, et accessoirement le confort et la sécurité financière de ses salariés  ?
Personnellement non.
Mais je suis sûr que vous vous en doutiez un peu…