« Si vous saviez ce que je sais sur les emails : vous ne les utiliseriez pas non plus »

Ladar Levison, fondateur de Lavabit, invite les médias à découvrir les agissements illégaux du gouvernement américain.

Ladar Levison est dans une posture pour le moins particuliĂšre. A 32 ans, il vient de tuer le service qu’il a mis 10 annĂ©es de sa vie Ă  construire. Toute sa vie d’adulte a Ă©tĂ© dĂ©diĂ©e Ă  la crĂ©ation d’un service de mails et de stockage encryptĂ©s. Un service qui a rĂ©cemment Ă©tĂ© mis sous le feu des projecteurs pour avoir Ă©tĂ© utilisĂ© par Edward Snowden, l’analyste renĂ©gat de la NSA. Le service a connu son heure de gloire, avant que son fondateur ne reçoive la visite d’agents du gouvernement.

Il s’est vu proposĂ© un choix assez cynique : collaborer avec la NSA ou faire face Ă  d’importantes poursuites judiciaires. Ladar Levison a prĂ©fĂ©rĂ© mettre fin au service plutĂŽt que de compromettre les informations de ses clients. Il va comparer cette dĂ©cision Ă  celle de mettre fin Ă  la vie d’un animal aimĂ©.

Ladar Levison : un discours en pointillé

Aucune rĂ©vĂ©lation tonitruante n’est Ă  attendre de la part du fondateur de Lavabit. Et pour cause, il ne peut tout simplement pas s’exprimer librement sur la situation. Dans une apparition tĂ©lĂ©visĂ©e pour l’Ă©mission « Democracy Now » il se montrera accompagnĂ© de son avocat. Ce dernier va plusieurs fois intervenir pour empĂȘcher Levison d’aborder certains sujets. En rĂ©alitĂ© il expliquera qu’il y a une frontiĂšre mince qui le sĂ©pare de sujets qui pourraient lui valoir de longues annĂ©es d’emprisonnement. En effet, aprĂšs avoir mis fin Ă  son service, il n’est aujourd’hui pas autorisĂ© Ă  divulguer les demandes qu’il a reçu du gouvernement.

« Il y a des informations que je ne peux mĂȘme pas partager avec mon avocat, expliquera-t-il. Donc encore moins avec les citoyens amĂ©ricains. Si nous devons parler de secret, vous savez, je pense que c’est poussĂ© Ă  l’extrĂȘme par l’administration actuelle pour couvrir des mĂ©thodes dont ils ne sont pas fiers. »

Une invitation Ă  fouiner

Ladar Levison n’en dira pas davantage donc, cĂ©dant Ă  la menace d’annĂ©es d’emprisonnement. Son discours sera pourtant d’encourager la presse Ă  trouver la vĂ©ritĂ© sans lui :

« Je ne peux malheureusement pas en parler. Je le voudrais, croyez-moi. Je pense que si les amĂ©ricains savaient ce que fait le gouvernement, celui-ci ne serait plus autorisĂ© Ă  le faire. J’espĂšre que les mĂ©dias pourront dĂ©couvrir ce qui se passe sans mon aide. »

Nous ne pouvons donc que suspecter le fait que le gouvernement souhaitait expressĂ©ment avoir accĂšs aux informations hĂ©bergĂ©es sur le cloud de Lavabit. Une requĂȘte qui leur aurait donnĂ© accĂšs Ă  l’ensemble des conversations des utilisateurs du service, et a fortiori Ă  tous les Ă©changes d’Edward Snowden.

Que reste-t-il Ă  Levison ?

Dans les faits, Ladar Levison pourrait dĂ©cider de faire revivre Lavabit en partant Ă  l’Ă©tranger, vers une terre plus clĂ©mente. Il n’est pourtant pas prĂšs Ă  franchir le pas et Ă  quitter les Etats-Unis. Il se montrera d’ailleurs admiratif du sacrifice de Snowden qui a abandonnĂ© sa vie entiĂšre pour gagner la libertĂ© d’expression qu’il n’avait plus aux Etats-Unis. Levison a donc dĂ©cidĂ© de renoncer au salaire annuel de 50.000 Ă  100.000$ que lui apportait Lavabit, sans aucun plan particulier pour un avenir proche… si ce n’est se taire.

En attendant, il a décidé de faire une pause concernant les mails.

« Si vous saviez ce que je sais sur les emails, dira-t-il Ă  Forbes. Vous ne les utiliseriez pas non plus ».

(Source 1 ; 2)


21 commentaires

  1. « Je pense que si les amĂ©ricains savaient ce que fait le gouvernement, ils ne seraient plus autorisĂ©s Ă  le faire ».

    J’ai pas compris qu’est ce que les amĂ©ricains ne seraient plus autorisĂ©s Ă  faire ?

  2. La traduction a due ĂȘtre mal faite.. ça doit ĂȘtre :
    « Je pense que si les amĂ©ricains savaient ce que fait le gouvernement, il ne serait plus autorisĂ© Ă  le faire » (NDR : le gouvernement)

  3. Valentin-Pringuay on

    @Dodutils : j’ai reformulĂ© la phrase qui n’Ă©tait pas bien comprĂ©hensible en effet. C’est le gouvernement qui ne serait plus autorisĂ© Ă  utiliser ces mĂ©thodes.

  4. DĂ©cidĂ©ment, on aime bien le franglais chez presse-citron (‘encrypter’ n’existe pas)
    Sinon pour en revenir au sujet, faut espĂ©rer que leur message ouvrira les yeux de certains …

  5. Question : ne suffirait-il pas Ă  Levison de choper une carte de presse pour dĂ©voiler ce qu’il sait ? Il ne peut pas divulguer les infos Ă  la presse car il risque gros si le gouvernement l’apprend, mais s’il Ă©tait journaliste il pourrait divulguer ce qu’il veut (si tant est qu’un mĂ©dia accepte de diffuser ses informations, sans cĂ©der Ă  la menace et en s’exposant aux reprĂ©sailles du gouvernement, mais un journaliste peut divulguer des choses mais sans le soutien d’un mĂ©dia, internet Ă©tant Ă  lui seul un mĂ©dia), sans ĂȘtre inquiĂ©tĂ©, non ?

  6. Valentin-Pringuay on

    @Bigoo : j’avais vu ton prĂ©cĂ©dent commentaire sur ce mot et j’ai donc vĂ©rifiĂ©… « encrypter » est dans le dictionnaire Larousse : http://www.larousse.fr/diction.....r/10909958
    et s’il provient bien de l’anglais Ă  l’origine, il est maintenant entrĂ© dans la langue 😉

  7. Si les amĂ©ricains savaient ce que faisaient les pirates, les voleurs ou les terroristes par internet, sĂ»rement ils ne seraient pas content les amĂ©ricains et demanderaient Ă  ce qu’ils soient davantage surveillĂ©s. Tout est une question de point de vue.

  8. Valentin-Pringuay on

    @MichaĂ«l : Si j’Ă©tais Ă  sa place, je ne prendrais pas le risque 😉
    Je pense que pour le coup, il est foutu mĂȘme s’il devenait journaliste 😉

  9. @herbedeprovence si les amĂ©ricains savaient que leur impĂŽts sert Ă  fournir en arme les terroristes, notamment en Syrie, ils comprendraient que le terrorisme n’est qu’un moyen bien pratique pour rĂ©duire leur libertĂ© et leur vie privĂ©e.

  10. Ce qui est surtout flippant, c’est le fait de finir en prison juste pour dĂ©voiler des pratiques scandaleuses. Les criminels utilisent dĂ©jĂ  des systĂšmes cryptĂ©s. C’est donc un moyen de rĂ©cupĂ©rer des informations liĂ©es aux « gens normaux », ceux de tous les jours.
    C’est toujours rassurant pour un gouvernement de savoir se que pense la populace …

  11. C’est pas les AmĂ©ricains Ă  mettre en cause, mais les secouĂ©s du bocal qui sont Ă  la tĂȘte de la NSA.
    Michael Hayden et Keith Brian Alexander (un log de plus dans leurs bases de donnĂ©es lol) veulent coller en prison un journaliste, Glenn Greenwald, dans un pays ou la libertĂ© de la presse fait partie de la constitution, premier amendement de la Constitution des États-Unis, pour dire le niveau des mecs vis Ă  vis de leur propre pays.

  12. Franchement, il faut arrĂȘter de croire qu’en utilisant un service en ligne, mĂȘme si les transactions sont chiffrĂ©es et protĂ©gĂ©es, personne ne les lit ! Il faut sortir la tĂȘte du sable. La plupart des services de renseignements essayent de le faire. Certains y arrivent mieux.

  13. Franchement je ne connaissais pas le service Lavabit mais je compatie avec Mr levison c’est difficile de quitter un si travail rentable a ce que vous dite, j’ai vu sur son site web qu’il a mis un message s’excusant de ces client en se basant sur la sĂ©curitĂ© des Etat Unis et ouvert un compte de soutient
    Bref de la pure fiction Hollywoodienne .

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