L’annonce probable du lancement de la tablette Apple ce soir à 19h heure de Paris provoque un buzz et un tsunami de conjectures que nous n’avions pas connu depuis le fameux 9 janvier 2007 (déjà trois ans !), jour où Steve Jobs a annoncé au vaste monde la naissance de l’iPhone.

apple campus Tablette Apple : que fait Steve Jobs en ce moment ?

Au passage, notez à quel point ce qui n’était à l’origine qu’un « simple » carton d’invitation assez énigmatique adressé à une sélection de rédactions triées sur le volet (apparemment les blogueurs français sentent le pâté) au sujet duquel les premières réactions furent très prudentes et mesurées, est devenu en deux semaines une certitude absolue : Apple va dévoiler sa tablette ce soir. Officiellement rien ne filtre, et rien n’indique qu’il s’agit de cela, mais le monde entier est unanime : il ne peut s’agir d’autre chose ! A tel point que certains – sûrement un peu mieux renseignés que les employés d’Apple eux-mêmes – n’hésitent pas à en dévoiler déjà les principales caractéristiques techniques.

Bref, le tintamarre habituel, excitant, passionnant, mais aussi parfois un peu lassant à la longue.

Une autre chose en revanche me fascine, ou fascine l’amateur de petites histoires qui est en moi : essayer d’imaginer la journée de Steve Jobs et de son cercle rapproché de collaborateurs aujourd’hui. Si elle existe réellement, lui et certainement une poignée de personnes ont déjà la tablette en main et en utilisent probablement quotidiennement un prototype depuis plusieurs semaines. Un prototype protégé et gardé comme les joyaux de la couronne, voire davantage. Eux, ils savent. ILS SAVENT, BORDEL !

Alors imaginons. Imaginons le gars Jobs qui rentre chez lui hier soir après une dernière journée de réunions et briefs un peu tendue. Seul. Enfin seul. Il est tard, il allume machinalement la télé, s’affale dans le canapé M.I.S.S. by Philippe Starck, se sert un Celestial Seasonings Black Cherry Berry (je sais pas, je ne l’imagine pas se servir un Bourbon), quitte ses New Balance négligemment en les poussant avec ses pieds et sort une énième fois l’iSlate de sa pochette, elle-même enfouie dans une mallette informe et parfaitement anonyme. Et il teste, il teste et il re-teste encore, à la recherche de l’ultime détail, du bug caché, de l’idée de génie qui va peut-être encore surgir cette nuit et qui promet à une poignée d’ingénieurs et de développeurs un réveil difficile après une très courte nuit de sommeil.

La keynote c’est ce matin. Ce matin ! C’est le moment des dernier réglages (fignolage du discours, choix de la couleur du t-shirt noir, un coup de blanc sur les New Balance, soigner ce fameux anti-look de gourou qui fait de lui une rock star aux airs de moine trappiste…). Lancer encore une fois la tablette flanquée de la fameuse pomme (multicolore cette fois), effacer les traces de doigts de la veille, vérifier que tout fonctionne, encore et encore, jusqu’à l’obsession. Un petit tour sur le web pour lire, sourire de maître du monde au coin des lèvres, les dernières rumeurs sur l’objet qu’il est le seul à avoir entre les mains maintenant. Ranger soigneusement tout le bazar. Après une douche, savourer rapidement un bagel poppy seed au saumon, avaler ces foutues pilules anti-rejet pour le foie, et enfin sauter dans la Benz AMG pour se rendre au One Infinite Loop, Cupertino, California, USA.

Saluer sa garde rapprochée puis s’enfermer dans un bunker du siège où seuls quelques sandwiches et un distributeur de café Starbucks sont invités à partager l’intimité de la task force (penser à vérifier qu’il n’y a pas une caméra espion planquée dans le « a » de Starbucks). Discussion vive mais détendue, éclats de rire, le D Day est là et on ne change plus rien. Le temps se fige. Le temps s’arrête. Mais curieusement le temps s’accélère. Place à l’histoire. Ce soir les gars on va encore une fois révolutionner ce putain de monde de l’informatique (et le monde tout court) en inventant un truc que tout le monde croit connaître mais qui n’existe pas.  Vous êtes avec moi ? VOUS ÊTES AVEC MOI ?

Puis rallier San Francisco (jet privé ? voiture ? limousine ? van ?) et laisser la bonne sensation du stress positif qui vous envahit avant un show unique et mondial s’emparer de vous (le syndrome rock star, encore) et attendre son heure, là, dans les coulisses du Yerba Buena Center for the Arts Theater, dans cette bonne ville de San Francisco, pas loin de là où tout a commencé. Attendre son heure. En tapotant machinalement sur l’un des derniers prototypes de l’iSlate.

Ainsi s’écrit peut-être la petite histoire des nouvelles technologies. Ou pas. On a fait un roman sur la création de Facebook. La journée qui précède une keynote mériterait bien un film, non ?