La prospective Ă©tant un art difficile, pour se projeter dans le futur et tenter d’imaginer de possibles scĂ©narios d’Ă©volutions sur un thème donnĂ©, le meilleur moyen consiste souvent Ă  se pencher sur le passĂ©.
Ensuite il vaut mieux dĂ©terminer un champ d’investigations et se limiter Ă  une pĂ©riode dĂ©finie : quand on parle de futur, qu’entend-on par lĂ  ? 5 ans ou 50 ans ?
Ainsi l’article publiĂ© rĂ©cemment dans TechCrunch sur le Bureau de demain m’a-t-il interpellĂ©, et pas seulement parce-que je suis en pleine rĂ©flexion sur le sujet, mais parce-que je le trouve passionnant, mĂŞme si la plupart des rĂ©ponses me paraissent un peu fumeuses et davantage le rĂ©sultat d’un exercice de style politiquement correct devant la machine Ă  cafĂ© que d’une vraie vision.

Pour imaginer le bureau de demain, il faut donc regarder Ă  quoi ressemble celui d’aujourd’hui, mais aussi et surtout celui d’hier, comparer, et mesurer l’Ă©volution.
Or, que voyons-nous ? Rien, ou pas grand chose. Le bureau des annĂ©es 50 ressemble furieusement Ă  celui d’aujourd’hui, et il n’y a pas tellement de raisons que cela change : tant que l’homme ne se sera pas muĂ© en pieuvre Ă  3 tĂŞtes, il lui faudra toujours une chaise pour s’asseoir (on travaille rarement debout dans un bureau), une table pour poser ses documents, son PC, ses coudes (et sa pizza), un ordinateur, un tĂ©lĂ©phone et une corbeille Ă  papier. Oui, Ă  papier, c’est dingue mais c’est comme ça : le rĂŞve de zĂ©ro papier approche mais ce n’est Ă  mon avis pas encore exactement pour demain matin.

Et je suis convaincu que cet ensemble a encore de belles années devant lui, pour plusieurs raisons :

  • mĂŞme si l’homme moderne est un grand nomade (ou pas), il aura toujours besoin d’un point d’ancrage, d’un port d’attache, que ce soit au sein de son entreprise ou Ă  son domicile. Le bureau 100% nomade c’est bien, mais je n’y crois pas, ne serait-ce que pour des raisons pratiques, et mĂŞme juridiques : que vous soyez freelance, et activitĂ© en nom propre, Ă  la Maison des Artistes ou en sociĂ©tĂ©, vous devez fournir une adresse physique pour domicilier votre activitĂ©. C’est la base, et c’est gĂ©nĂ©ralement lĂ  que vous allez vous poser. Et que la paperasse va envahir vos placards.
  • selon l’activitĂ© que l’on exerce (en l’occurrence ici nous parlons de mĂ©tiers dans l’environnement Tech et web), et sous rĂ©serve qu’elle ne soit pas 100% en ligne et unipersonnelle (tiens, la dĂ©finition d’un blogueur Ă  plein temps ;-)) on a besoin d’un point fixe pour recevoir les gens avec qui on travaille (clients, partenaires, investisseurs…)
  • le bureau est aussi un signe de statut social, et, sous rĂ©serve que vous ayez la possibilitĂ©, l’envie et les moyens de le personnaliser, un rĂ©vĂ©lateur de votre personnalitĂ© et du message que vous souhaitez envoyer Ă  vos visiteurs

Il y a eu par le passĂ© quelques tentatives visant Ă  rĂ©inventer le bureau et l’espace de travail, notamment celle d’Andersen Consulting (devenu Accenture) en… 1996, puis IBM un peu plus tard. Pour intĂ©ressantes qu’elles Ă©taient, ces expĂ©riences un peu extrĂŞmes de nomadisme forcĂ© oĂą plus personne n’avait de bureau et devait rĂ©server son espace de travail Ă  l’avance comme une chambre d’hĂ´tel ont tournĂ© court. Preuve qu’il n’est pas si aisĂ© d’imaginer le bureau de demain, et que celui-ci, tel que nous le connaissons, ne disparaĂ®tra pas de sitĂ´t.

Les usages, en revanche, changent. Au-delĂ  d’une quĂŞte de la meilleure ergonomie, bien expliquĂ©e par Ouriel, d’autres pratiques ont Ă©mergĂ©, comme celle en vigueur chez Wikio, dont la trentaine de salariĂ©s, rĂ©partis dans plusieurs pays, travaillent tous Ă  distance et Ă  domicile, y compris le boss, Pierre Chappaz, qui travaille chez lui, Ă  l’aide de son iMac et de son… iPhone. Vous pensiez que Wiikio Ă©tait de ces start-ups flamboyantes qui investissent la moitiĂ© de leur première levĂ©e de fonds dans de somptueux locaux high tech avec jacuzzi, jeux vidĂ©os et tables de massage Ă  tous les Ă©tages ? DĂ©solĂ© de vous dĂ©cevoir… Pas de bureau, donc, mais des espaces de travail que chacun amĂ©nage comme il l’entend, et selon son rythme de vie, puisque c’est chez lui.

Mon bureau de demain ? Je l’imagine comme celui d’aujourd’hui, en plus dĂ©pouillĂ© : une table, une chaise, un PC et un tĂ©lĂ©phone. Seuls les outils qui le composent auront Ă©voluĂ©, ainsi que les logiciels, et notamment les applications en ligne, qui, elles rĂ©volutionnent vraiment (et sans que nous ne nous en apercevions rĂ©ellement) notre façon de travailler.