Traduction de contenus pour le Web : évitez les pièges… et les idées reçues

Traduire des contenus Web pour se développer à l’international est une tâche plus subtile et ardue qu’il n’y parait. État des lieux, idées reçues, pièges à éviter et bons conseils, par une professionnelle de la question.

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Aurélie Duclos
Article rédigé par Aurélie Duclos, traductrice Anglais Français et Copywriter chez iTranslate.
Cet article s’inscrit dans notre rubrique « Paroles de Pros » dans laquelle des acteurs réputés du numérique prennent la parole sur des sujets liés à l’impact d’internet et des nouvelles technologies sur nos modes de vie.
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A l’ère du tout numérique, lorsque l’on vend en ligne, c’est à 99% par l’écrit. Suite à de nombreuses sessions de brainstorming, votre nom, votre slogan, vos contenus ont donc été soigneusement choisis et mis en forme pour attirer l’internaute et lui donner confiance en vos produits et services.

Si vous visez une audience internationale, le moment est venu de faire le grand saut et de traduire votre site dans d’autres langues. Mais pour dépenser votre argent judicieusement, il faut d’abord comprendre comment ça marche.

A la fin de cet article, vous saurez exactement ce que vous achetez, comment vous organiser et quel est le budget à prévoir.

Les idées reçues sur la traduction

La traduction c’est quoi exactement ? On pourrait penser qu’il s’agit d’enfiler des mots comme des perles, mais dans ce cas un bon dictionnaire pourrait faire le job (ou un robot, mais j’y reviendrai). La traduction c’est en réalité comprendre le sens (ou les différents sens) d’un texte et le retranscrire par un texte équivalent qui va générer la même compréhension. Cela veut dire comprendre les jeux de mots, les références culturelles, le vocabulaire technique, les effets de style, les ambiguïtés, et savoir bien écrire pour sa cible.

Faisons un tour d’horizon des concepts de base, en commençant par quelques idées reçues.

« Une personne bilingue peut faire une bonne traduction »

Alors « bilingue » est en soi une première difficulté car les vrais bilingues sont très rares. Ce sont des gens qui ont grandi dans une double culture, et ont un niveau de maîtrise équivalent dans deux langues. Cela nécessite notamment d’avoir étudié ou travaillé dans les deux pays concernés au moins 10 ans et posséder la même finesse de langage. Ce type de profil est peu courant, et même s’il existe, cela n’en fait pas forcément un bon traducteur – on peut parler deux langues et mal traduire, de même que l’on peut avoir 10 doigts et être un mauvais pianiste. Un bon traducteur, c’est (a minima) une personne qui en a fait son métier et a de la pratique.

« Un traducteur anglais-français peut traduire dans les deux langues »

Alors à l’exception des vrais traducteurs bilingues susmentionnés, malheureusement non. C’est en revanche ce que fait l’interprète et c’est probablement de là que vient cette méprise. Traducteur et interprète sont deux métiers différents, souvent confondus alors que simples à distinguer : le traducteur écrit, l’interprète parle. C’est tout. Certains profils sont traducteurs-interprètes mais les compétences nécessaires à ces deux activités sont assez différentes. L’interprète jongle mentalement avec les deux langues et passe facilement de l’une à l’autre : il est là pour faire le lien entre des interlocuteurs donc il paraît assez normal qu’il utilise les deux. Le traducteur lui, est là pour retranscrire avec le plus de précision possible le texte d’origine, en partant du principe que chaque mot a été soigneusement choisi et a son importance. La traduction devra montrer le même niveau de maîtrise que l’original, d’où le fait de traduire vers sa langue maternelle uniquement.

« Un bon traducteur peut tout traduire »

Ça serait merveilleux mais malheureusement non. C’est un peu comme si on demandait à un médecin d’écrire une newsletter ou à un pro du marketing de rédiger la notice technique de son PC. Ou si je vous demandais là tout de suite d’écrire un contrat. Un bon traducteur c’est une personne qui connaît le secteur et le métier de son client, qui sait parler d’égal à égal avec des professionnels et comprend ce qu’il lit jusque dans les moindres détails. Sans cette maîtrise, sa traduction sera juste une suite de mots mis bout à bout.

La localisation : qu’est-ce que c’est ?

Ce terme est en fait un concept qui englobe la traduction et se positionne à un plus haut niveau : il s’agit d’adapter un contenu dans son ensemble pour un pays cible. Cela comprend la langue (dans sa variante locale) et donc les textes eux-mêmes, mais aussi tout ce qui vient autour : la charte graphique, les modes de paiement, les unités de mesure, etc. C’est un concept très fréquemment utilisé dans le logiciel et le e-commerce où ces éléments ont une importance capitale sur la bonne utilisation de l’outil ou du site concerné.

Et la traduction automatique dans tout ça ?

Les progrès des robots de traduction sont indéniables : il y a encore 5 ans, Google Translate était assez peu fiable alors qu’à présent les résultats sont plutôt décents. Les systèmes de traduction automatique sont soit des moteurs linguistiques (ils se basent sur des règles multiples), soit des moteurs statistiques (ils exploitent des corpus massifs), soit des moteurs hybrides. Pour qu’un système de traduction automatique soit efficace il faut qu’il ait « ingéré » énormément de contenus de qualité, donc il faut déjà lui fournir de nombreux contenus multilingues traduits manuellement pour l’entraîner. C’est rentable à très long terme pour des millions de mots, mais pas trop pour un site de taille moyenne qui par ailleurs démarre de zéro. Il faut aussi voir que la traduction automatique se prête plutôt bien aux contenus techniques et répétitifs car l’apprentissage du moteur est facilité, mais en ce qui concerne les contenus marketing et créatifs je pense qu’on a encore le temps avant que Google arrive à traduire un calembour ou un slogan !

L’art subtil et complexe de la traduction de site web

Identifier sa cible

Maintenant que les choses sont un peu clarifiées, passons à votre site web. Vous avez compris qu’il ne suffit pas de choisir une langue, mais qu’il faut choisir un (ou plusieurs) pays cibles, pour les questions de localisation mentionnées plus haut. À ce titre, l’exemple de l’anglais est le plus parlant : au risque de décevoir les lecteurs, il n’existe pas « d’anglais international ». Il existe l’anglais britannique et l’anglais américain, et il faut faire un choix. Les règles de grammaire diffèrent, le vocabulaire aussi, mais aussi le système de mesure (impérial pour les États-Unis, métrique pour le reste du monde), les formats de date (le 11/04/2016 est le 11 avril en Europe et le 4 novembre aux US), etc. D’où à nouveau la nécessité de faire appel à un natif ! (je crois que je l’ai déjà dit).

Identifier les contenus à traduire

Tout le monde pense aux textes « bruts » à traduire (de type pages statiques et catalogue produits). Mais avez-vous aussi pensé aux images qui contiennent du texte ? Aux fichiers sur le serveur que vous proposez en téléchargement ? Aux vidéos qui ont besoin de sous-titres ? A votre blog ? Aux emails transactionnels ou promotionnels ? Faites une liste exhaustive et ne soyez pas trop ambitieux si votre budget est faible : il vaut mieux bien traduire une partie du site ou en faire une version « light » que de vouloir tout traiter à bas coût (votre contenu c’est votre contrat de confiance avec vos lecteurs, les fautes créent une inquiétude qui peut se traduire par une perte directe de chiffre d’affaires – comme a pu le constater un e-commerçant anglais)

Choisir le format pour la traduction

Cette étape découle de la sélection des contenus à traduire. Il y a plusieurs choses à considérer :

  • êtes-vous dans l’urgence ? il peut être envisageable de faire travailler les traducteurs directement sur votre CMS afin de gagner du temps sur l’intégration, mais attention aux problèmes d’homogénéité et au coût de gestion de projet si la mission est confiée à X traducteurs ;
  • avez-vous du contenu très répétitif (du type catalogue produits) ? dans ce cas il faut absolument exporter les fichiers et les traduire dans un logiciel de TAO qui permettra de traiter les répétitions de manière extrêmement rapide, et donc à moindre coût ;

Une approche mixte est parfois la meilleure solution ; consultez plusieurs prestataires pour avoir des devis précis où ces questions sont évoquées.

Choisir son prestataire

C’est là souvent que l’exercice est périlleux, mais il suffit en fait de considérer quelques points :

Y a-t-il plus de 3 langues ? Non Oui Indifférent
Avez-vous le temps et l’expertise pour gérer le projet ? Oui Non Oui
Souhaitez-vous un contact direct avec votre (vos) traducteur(s) ? Oui Non Non
Souhaitez-vous un traducteur professionnel et qualifié ? Oui Oui Non
Souhaitez-vous un chef de projet et une équipe de traduction dédiée ? Non Oui Non
Choisissez : Traducteur(s) freelance Agence de traduction Plateforme de traduction

Combien ça coûte de faire traduire son site web ?

Sujet sensible s’il en est : les tarifs de traduction. Voici comment estimer la qualité de ce vous allez obtenir (qui est quand même liée au tarif) : un traducteur compétent pourra traiter 2000 mots par jour en moyenne pour un travail de qualité sur un sujet pas trop complexe et un format standard. La traduction est une prestation qui se calcule en coût par mot source, donc si vous achetez ceci à 0.03€ du mot, la rémunération – brute bien sûr – du traducteur sera de 60€ par jour soit7,5€ de l’heure. Évidemment, à ce prix (couramment proposé aux traducteurs inscrits sur les plateformes de traduction automatisées) vous n’aurez rien de grandiose. Mais si votre contenu n’a pas vocation à être très qualitatif (ex : descriptions produit) pourquoi ne pas l’envisager, et le combiner avec une approche plus qualitative pour des contenus à plus fort enjeu. Dans ce cas les tarifs pour une traduction qualitative français-anglais se situent davantage autour de 0.15€ du mot source (donc dans les 300€ par jour à la louche, ce qui correspond à la moyenne des travailleurs du web). L’important est de bien avoir identifié le niveau de qualité que vous attendez !


Un commentaire

  1. Adrien Legoff on

    Bonjour,

    Merci pour cet article ! C’est vrai qu’aujourd’hui, faire traduire son site est devenu incontournable pour quiconque souhaite gagner en visibilité à l’international. En revanche, même si l’on est convaincu de la nécessité de faire traduire son site, encore faut-il connaître les options dont on dispose, en terme de coût, de choix de prestataire, et d’organisation. Pour faire bénéficier aux lecteurs d’un complément d’information, je voudrais partager une autre source que nous venons de publier, sur la traduction d’un site web, son coût et le choix des prestataires : http://www.lafabriquedunet.fr/.....-web-cout/

    Encore merci et à bientôt,

    Adrien.

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